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N° 283
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Cerise Maréchaud

La semaine.

Assaâd Bouab
(DR)

Cinéma. Assaâd se pose

Sur grand écran, on a laissé Assaâd Bouab en uniforme, mort au champ d’honneur mais oublié de l’Histoire, pleuré par son “grand frère” Samy Naceri dans Indigènes. Dans quel prochain rôle retrouvera-t-on le plus vite son charisme ? Dans la peau de Zak, bel Egyptien aimé d’une blonde danseuse new-yorkaise, mais attiré par les sirènes conservatrices de son pays dans Whatever Lola wants ? Ou, fidèle au théâtre (il a récemment souhaité reprendre un spectacle de clowns), sous les traits d’un hlayqi de Marrakech, introduisant l’intrigant récit de Aïcha Kandisha ? Cet été, ces deux grands projets à venir sont au
coude à coude. Pour le prochain film de Jérome Cohen-Olivar, où Assaâd joue aux côtés de Amira Casar (La Vérité si je mens), Hiam Abbas (Paradise Now) et David Carradine (Kill Bill), l’heure est au montage. Quant au très attendu troisième long de Nabil Ayouch, il devrait entrer en mixage. Son doublage en français, prévu du 11 au 23 juin, ayant été repoussé à septembre, notre acteur s’offre actuellement quelques vacances au pays, après avoir enchaîné sur le tournage, entre Casablanca, Skhirat et Ouarzazate, d’Une famille formidable, cocasse téléfilm français vieux de quinze ans dont l’équipe, Annie Duperey et Bernard le Coq en tête, est partie, le temps d’un énième épisode, en “vacances au Maroc”. Prénominé, avec Morjana Alaoui et Mathieu Boujenah, dans la catégorie Meilleur espoir des Césars 2007 pour Marock, Assaâd Bouab garde bien sûr l’œil sur des rôles près de chez nous… mais chut, c’est (encore) un secret.


Sortie. Contrat minimum

Ray Keene (John Cusack) part camper en pleine nature avec son fils. Il a le malheur de repêcher deux hommes dans la rivière : un flic mourant, menotté à un tueur à gages, Frank Carden (Morgan Freeman). Avant de décéder, le premier charge Ray de ramener le second aux autorités pour être jugé. Sauf que les hommes de Carden sont à leurs trousses et n’entendent pas laisser leur patron se faire embastiller. Voilà pour le pitch du Contrat, une série B efficace et sans prétention, formatée en thriller hollywoodien de seconde zone : intrigue pas trop compliquée, dialogues sans sophistication, personnages unidimensionnels, tout plein de violence et pas de sexe… On a quand même droit à la petite amourette qui tombe à pic pour assurer l’inévitable happy end. Pas de quoi se fouler la rétine, mais un simple divertissement sans histoires, dans lequel Bruce Beresford remplit son contrat : assurer une narration fluide, sortir des rebondissements minutés, entretenir le suspense. L’interprétation ? Cusack et Freeman avaient visiblement besoin d’argent…

Le Contrat, au Mégarama.



Rawafid. Binatkoum à Laâyoune

Cela fait des années qu’ils l’attendaient, et c’est Rawafid qui l’a fait ! Nés à Agadir, installés à Paris, les frères Defouad et leur groupe Bin-o-Bin poseront pour la première fois leurs amplis sur le sol marocain, à Laâyoune, le 29 juillet en clôture du Festival délocalisé de Rabat au Sahara. Après Dakhla en mars, nouvelle incursion musicale en terrain politique, puisque le Festival des créateurs marocains à l’étranger se tiendra désormais dans la capitale des Provinces du sud. Les Bin-o-Bin arrivent forts d’un disque réalisé par le claviériste congolais Ray Lema… Un peu cliché, mais vraiment ensoleillé. Avec aussi El Hadj Doudou N’Diaye Rose, Malek, Marock’in Brassband, Madrass, Samir Essahbi & Band, Kadéro...

Du 20 au 29 juillet à Laâyoune.



Rap. Rumeur tenace

Cinq ans après la plainte pour diffamation déposée par Sarkozy, ex-patron de l’Intérieur, contre Mohamed Bourokba, Aka Hamé, la Cour de cassation française vient d’annuler la double relaxe dont avait, depuis, bénéficié le rappeur de La Rumeur. Dans un fanzine accompagnant la sortie de leur premier album, L’Ombre sur la mesure, Hamé avait qualifié les policiers d’“assassins”. Renvoyé devant la Cour d’appel de Versailles, La Rumeur entend en faire “des états généraux d’une histoire trop souvent rejetée dans le silence”, plaide leur avocat, qui interroge : “La justice reconnaîtra-t-elle les pages sombres de la police française ?”. Car Hamé n’a pas écrit que celle-ci a tué des centaines de jeunes de banlieues, mais dénonce “une longue histoire”, celle de la répression de manifestants algériens en 1961 et des massacres de Charonne en 1962, puis du tabassage à mort de Malik Oussekine par des flics en 1986. Du cœur à l’outrage, troisième opus, laisse croire que La Rumeur, qui court depuis dix ans, n’est pas près de ployer sous ce procès.


Meda Films Development. Job d’été

La chaleur fait bouillir les idées ! C’est ce qu’on souhaite aux dix tandems scénaristes / producteurs méditerranéens du cru MFD 2007, initiative de Ali N’ Production financée par l’UE et le CCM, qui les accompagnent pour développer un projet de long-métrage de fiction. Du 23 au 30 juillet, les vingt sont réunis à Marrakech pour la deuxième session (sur trois) du workshop, afin de se roder aux affres réglementaires et juridiques qui parsèment le chemin de toute aventure filmique (production, co-distribution, droits d’auteur…). Pour inspirer les “élèves” et renforcer leurs liens avec des professionnels, des experts sont de la partie, comme le géant de la distribution Fortissimo Films, ainsi que le monteur et designer sonore Larry Sider et le compositeur Gabriel Yared. Cette année, deux équipes féminines représentent le 7e art national : Selma Bargach - Rachida Saâdi pour La Cinquième corde, et Salima Benmoumen - Nezha Drissi pour Une place pour les pieds d’Atlas.


Festival de Casa. Touré du monde

Pour les agiles qui auront saisi cet agenda tout frais en kiosque, il est encore temps de succomber à notre coup de cœur du samedi soir : à 21 heures, Daby Touré, ex-môme itinérant et autodidacte de Mauritanie, fera escale à Casa Music, amarres jetées sur la scène de la place Rachidi. Belle occasion de découvrir la poésie nomade et la sérénité acoustique de ce folk racé et aérien, mûri à la chaleur des notes de variété zaïroise ou de Bambeya jazz guinéen comme des accords de Dire Straits ou de Bob Marley. Daby lui-même brûle de vous rencontrer : après l’éclat médiatique de son premier album Diam, le poulain de Peter Gabriel, dont le label l’a signé pour trois opus, tient avec son second, Stéréo Spirit, à ressourcer sa légitimité auprès du public exigeant des régions de son enfance. Bien sûr, le choix est rude, puisqu’à la même heure explosera à El Hank le rap afrocubain de Orishas…


Festival. Bidon sans bidonville

C’est l’art rattrapé par la réalité. Du 19 juillet au 12 août, un bled de l’Ardèche accueille les premières rencontres Afrikabidon, dynamique brassage de musiciens et griots, sculpteurs et paysans, peintres et maçons, experts et passionnés d’Afrique. Un cogito collectif sur les enjeux du continent, au fil de rencontres artisanales et gastronomiques, contes et films, expos photo, débats autour du nomadisme, des migrations et du tourisme solidaire, et concerts vitaminés – Watcha Clan, Désert Rebel, Ismaël Lo, Daby Touré, Tiken Jah Fakoly… Mais, privé de visa, le petit peuple sénégalais invité n’en verra rien : “Ces gens sont à la limite de l’indigence. Quant à vos artistes, leur talent n’égale pas celui d’enfants de quatre ans en France”, a-t-on justifié, selon un organisateur d’Afrikabidon, au consulat de l’Hexagone à Dakar. Douce France…


Littérature. Étoile de papier

Feuille après feuille, on peut y lire Abdellah Taïa ou des dessins de Mohamed Mrabet, le jeune musicien tangérois Souhaïl Afilal ou le critique de Télérama Joshka Schidlow : Nejma est une nouvelle revue littéraire, née en janvier 2007 dans la ville du Détroit. Artisanale (le premier numéro a été relié à la main), multilingue, paraissant trois fois par an (le n°2 est sorti en mars), accessible (environ 40 DH) et ouverte à quiconque aime écrire et le Maroc, Nejma est distribuée à Tanger, Casablanca, Rabat mais aussi à Paris, Lyon, Nantes et Marseille. Son initiateur, le libraire Simon-Pierre Hamelin, y associerait bien des sons de Tanger, sur CD, comme “une vieille interview de Choukri, des paroles de Mrabet, ou des accords de guitare de musiciens du coin”. Tous les soutiens sont bienvenus.


Cinéma. Au court de l’été

Projections d’une quarantaine de courts et longs-métrages, hommages aux acteurs Fatima Chabchoub et Mohamed Khalfi, ateliers de formation à l’écriture de scénario et aux animations 3D, colloque réunissant Moulay Driss Jaïdi, Ahmed Araïb et Benkhada Gaouihir sont au menu des 9e Estivales du court-métrage d’Azrou. La Maison des jeunes sera l’hôte d’une soixantaine de réalisateurs et comédiens, venus défendre ou découvrir Le Rêve marocain de Jamal Belmajdoub, Chaos de Driss Roukhe ou encore Couleur du sacrifice de Mourad Boussif, en plus de surprises belgo-marocaines telles Dernier verre ou Jamal Disco. Une brassée de professionnels donc, mais au final, un seul juge sacrera le meilleur film : le public. Du 26 au 29 juillet à Azrou.


Le livre.

Perrine est professeur de littérature dans un lycée. De nature conciliante et très optimiste, elle n’est nullement découragée quand son premier roman est rejeté par plusieurs éditeurs. Mais en découvrant une troublante similitude entre son manuscrit et le roman de Pierre Mérand, auteur encore méconnu, elle est saisie d’un inexplicable malaise. Après le deuxième roman qu’elle retrouve dans les librairies avant même de l’envoyer aux éditeurs, elle échafaude plusieurs théories illogiques et rocambolesques de vol et d’espionnage. Mais après le troisième, elle finit par croire à un phénomène paranormal, des connexions télépathiques entre Mérand et elle. Démarrant lentement, le roman de Véronique Beucler embarque néanmoins le lecteur dans une série d’intrigues accrocheuses, qui débouchent sur une fin inattendue.

La Berlue, Véronique Beucler Albin Michel.




Humeur.
Festival à bosses

Hassan Hamdani
h.hamdani@telquel.info

Plus une seule ville ou un douar sans son festival. Et en la matière, la thématique s’élargit au point d’inclure des héros inattendus. Dernier cas en date, la Semaine du dromadaire de Guelmim où doit se produire, entre autres, Faudel. On a disséqué le communiqué annonciateur de cet évènement, avant de le retourner dans tous les sens, puis le relire à l’endroit. Echec sur toute la ligne, nous n’étions pas plus avancés d’un iota. Mais quel rapport y a-t-il entre le vaisseau du désert et le chanteur de raï ? Leur Q.I ? Leur sourire ultra-brite ? Tous les deux blatèrent ? Fort heureusement, un journaliste culturel, ayant roulé sa bosse dans tous les festivals à 3,50 dirhams, est venu éclairer notre lanterne. Explication de l’intéressé : “Les ingrédients pour créer un festival dans un trou paumé sont toujours les mêmes. Tu prends un produit local. Puis tu invites des spécialistes pour débattre de la mission économique, sociale et patrimoniale du bidule. Et, surtout, tu n’oublies pas de saupoudrer de chanteurs à succès pour éviter le bide.” Il n’y a pas à dire, les gens savants ont réponse à tout. Son explication était simplissime, mais nous a plutôt inquiétés quant à l’avenir de la culture marocaine. Cette recette, appliquée à tous les animaux domestiques du royaume, risque de devenir vite indigeste. C’est inévitable, un élu local aura un jour l’idée du siècle. Organiser une Semaine de la poule…



Dates fourrées
Cet été, dégustez Mazagan le 28 juillet à Agadir, le 4 août à Témara, le 9 à Saïdia, le 10 à Oued Laou, le 11 à Martil, le 12 à Safi et le 20 à Essaouira. Savourez Hoba les 24/25 juillet à Nyon, les 26/28 à Boechut et le 4 août à Cissac-Médoc. Et dévorez Darga le 22 juillet à Laâyoune, le 4 août à Témara, le 18 à Saïdia et le 29 à Montanchez.


Le choix de l’arabe
Pour la rentrée 2007, Morceaux de choix (2003), premier roman de Mohamed Nedali auréolé du Grand Prix de l’Atlas 2005, s’offre une traduction en arabe signée Mohamed Ennaji et Hassan Bourquia, chez les Editions Le Fennec. Après Grâce à Jean de la Fontaine (2004), l’auteur couve en secret un troisième récit. À suivre…


Long nez, belles jambes
Un an après Cabaret, Sofia Essaïdi est l’élue du chorégraphe Kamel Ouali pour camper Cléopâtre dans sa comédie musicale éponyme (septembre 2008). Un beau sacre pour celle qui en a bavé à la dure école de danse de Latifa Hajjaj, puis s’est fait évincer à la Star Ac’ par une blonde peu magnétique. Rendons à César…

 
 
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