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Par Youssef Ziraoui
Hip Hop.
Sami Yusuf. Le crooner halal
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Sami Yusuf
(BRAHIM TAOUGAR)
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Le chanteur anglais dorigine azérie, Sami Yusuf, a fait le déplacement la semaine dernière dans le cadre de sa participation à la troisième édition du festival Casa Music. Récit dun concert islamiquement correct de bout en bout. Une rareté.
Jeudi 19 juillet, ils sont environ 100 000 spectateurs, agglutinés autour de la scène installée Place Rachidi, à Casablanca, à attendre larrivée du très médiatisé Sami Yusuf. Celui que la presse britannique a promptement qualifié de rock-star musulmane a fait le déplacement au |
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Maroc cette semaine, dans le cadre de sa participation à la troisième édition du Festival de Casablanca. Au programme : quelques extraits de ses deux albums, Al Muallim et My Ummah, sortis respectivement en 2003 et 2005. Un condensé de chants religieux- sortes de Amdahs à la gloire dAllah et de son prophète-psalmodiés en musique, tantôt orientalisante, tantôt aux sonorités franchement pop.
Alors quon sattendait à une déferlante de qamiss barbus et de jellabas voilées, leur proportion parmi le public ne semble guère supérieure à la moyenne des autres spectacles. On note même la présence de nombreuses fans, groupies débridées et quasi hystériques, guettant larrivée de leur icône, qui semble se faire désirer.
Pour faire patienter la foule, un présentateur survolté, qui devait en être à son quinzième Red Bull, scande des Nayda et des Hayha à qui voulait bien lentendre. Réponse tiède de lassistance. Lexplosion des feux dartifice vient à point nommé sauver lanimateur dun grand moment de solitude. La dernière gerbe éteinte, le présentateur se lance dans un exercice dimprovisation
et demande aux Wydadis de se manifester, avant de rendre la politesse aux Rajaouis. Les intéressés, toujours prompts à se faire remarquer, ne se font pas prier et profitent de loccasion pour allumer des fumigènes et scander, dans la foulée, lhymne de leur club respectif. La Place Rachidi prend alors des allures de Magana, le fameux virage du Stade Mohammed V.
We love you, Sami !
22 heures 30 passées, lincantateur version new wave débarque enfin sur scène, avec plus dune demi-heure de retard. Il est précédé par sa troupe, composée des churs, dun batteur, dun guitariste et dun percussionniste armé de sa Derbouka appellation dorigine non contrôlée. Sami Yusuf met rapidement le public dans sa poche en lançant un labass de circonstance, auquel les spectateurs répondent dune même voix.
Au premier rang, pressées contre les barrières métalliques, quelques groupies dans la force de lâge sortent leurs pancartes improvisées, estampillées We love you Sami (Nous taimons, Sami) ou encore Thank you for coming to Morocco (Merci dêtre venu au Maroc). Précision : comme tout artiste qui sest produit au Festival casablancais, Yusuf a bien évidemment été rétribué. Interrogée, lorganisation a cependant préféré garder la discrétion sur le montant du cachet.
Le show peut commencer. Dès la première chanson, les adeptes venus en nombre scandent des Allah et des Mohammed à chaque fois que Yusuf leur tend le micro. Car en plus de sa triple casquette dauteur, compositeur et interprète, Sami Yusuf, en véritable showman, sait sattirer les faveurs du public. Et lambiance est loin dêtre au recueillement : la prestation du crooner tient plus du concert rock à laméricaine que de la séance dincantation. Même si pour le coup de hanche, façon Elvis, il faudra repasser.
Pourtant, la programmation du chanteur britannique au Festival Casa Music navait pas manqué de soulever la polémique. Pour beaucoup, sa présence navait dautre but que de ménager les susceptibilités des élus islamistes. Faux, rétorque Hicham Abkari, directeur artistique du Festival. Sami Yusuf nest pas un imam. Cest un artiste qui a un grand public au Maroc. Ses CD sont en vente à Derb Ghallef et ses clips passent en boucle sur Rotana, pas sur Iqraa. Et de préciser : Certes, il chante le prophète, mais cela se passe dans une ambiance festive. Et de toute manière, ce nest pas parce quon est barbu quon ne peut pas faire la fête.
Moi, prêcheur ?
Musulman pratiquant, dévoué autant à sa religion quà son art, lintéressé met tout le monde daccord, rappelant à loccasion quil ne sest jamais proclamé représentant des musulmans. À len croire, ces derniers ne seraient finalement que son fonds de commerce, un marché cible de 1,2 milliard dâmes. Je chante pour la quiétude de lesprit, et non pour prêcher la bonne parole. Je suis contre le prosélytisme à la chrétienne, a répété Yusuf lors de sa conférence de presse casaouie. Cest que derrière son physique de jeune premier, pas rebelle pour un sou, Sami Yusuf se méfie de létiquetage. Dailleurs, les chants religieux de Yusuf sont pour la plupart en anglais ou en langue étrangère, ce qui les rend inintelligibles pour la majorité des spectateurs marocains. Ceci ne les empêche ni de danser ni de chanter, note ce membre de léquipe dorganisation.
Lhomme ne croit pas si bien dire. En milieu de soirée, Yusuf décide de dédier une chanson aux victimes de Beslan, (en anglais dans le texte). Aucune réaction dans le public qui, visiblement, na pas saisi un traître mot de la déclaration émue de leur idôle.
Au bout dune heure de concert, le public scande des Yusuf, Yusuf hou hou. Celui-ci, ému, lance quelques mots en arabe. Pendant ce temps-là, un journaliste dun quotidien de sensibilité islamiste, sortant du carré VIP, tente tant bien que mal de se frayer un chemin dans la foule pour sapprocher du chanteur. Arrivé à la hauteur de Yusuf, le respectable personnage se transforme, le temps dun cliché, en ado boutonneux, demandant au photographe dimmortaliser linstant. Cheese ! |
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