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Par Cerise Maréchaud
Festival de Casa.
Rap Palestinien. Au pied du Mur
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De g. à d. Mahmoud Jreri,
Tamer et Suhell Nafar.
(STEVE SABELLA)
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Mots pour maux, le rap de DAM, né dans une ville-ghetto à un jet de pierre de Jérusalem, incarne la nouvelle poésie de la résistance palestinienne.
Aujourdhui encore, ils ne savent pas qui la fait. Mais peu importe. Cest la meilleure chose qui nous soit arrivée, lance Tamer Nafar, sans rancune pour linconnu qui, il y a une dizaine dannées, dérobait son PC et diffusait sur le Web la poignée de chansons enfouies dans le disque dur. Les premières de DAM, sobre acronyme pour Da Arabian MCs, actuelle autorité palestinienne du rap, que Tamer venait alors de fonder avec son frère Souhell et Mahmoud Jreri.
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Il ne pouvait en être autrement. En effet, depuis leur enfance, les trois ont foulé la même poussière. Celle de Lid, vieille ville plantée à vingt kilomètres de Jérusalem. Avec DAM, ils veulent raconter ce quils voient par la fenêtre : la réalité dun ghetto écartelé, dernier bastion arraché par Tsahal à la Cisjordanie en 1948, où cohabitent douloureusement juifs et arabes. Comme pour le million trois cent mille Palestiniens restés dans lEtat juif, bouts de familles dispersés entre Gaza et Ramallah, Jénine et la Jordanie, lexpression arabes israéliens est pour DAM une coquille vide qui les enferme. Cela nous sépare de nos proches, explique Mahmoud.
Un poste de police dans lécole
Blanc, gris, noir. À Lid même, les quartiers portent des noms de couleurs séparant les juifs européens des Falachas dEthiopie, les arabes des juifs du Maghreb, du Yémen ou dIrak, explique Mahmoud. Dans leur quartier noir, entre les ruines des maisons détruites, un poste de police a remplacé la bibliothèque de lécole. Nous sommes les blacks du Moyen-Orient, poursuit Tamer, barbe très fine dessinant sa mâchoire serrée. Sidentifiant à la political school du rap américain de 2Pac et Public Enemy, il décide, il y a dix ans, de se lancer, en anglais, et vend sa voiture achetée avec de maigres économies pour bidouiller un premier album solo. Intitulé Stop selling drugs (1998), le CD accueille Suhell en featuring sur deux morceaux. Cest finalement Mahmoud, bluffé par cette courageuse prise de parole surgie du parpaing de Lid, qui aborde les deux frères pour fonder le trio.
Mots pour maux, DAM lance ses rimes colériques contre les clichés plaqués sur le Moyen-Orient, la dictature déguisée de la politique sioniste, la misère sociale qui lentoure. Leitmotiv : briser le silence, dans la foulée de leurs prédécesseurs algérois MBS, avec qui DAM co-signera le titre Boomerang. Morceau après morceau, lordinateur, avant de se volatiliser, salourdit de cette révolution de salon. Premiers concerts confidentiels : lanniversaire de Souhell, celui de Tamer
puis une première scène digne de ce nom à Nazareth. Il y avait deux mille personnes qui chantaient en choeur nos chansons, se rappellent-t-ils encore.
Entre-temps, la playlist dérobée sétait répandue comme une traînée de poudre sur le Web : un million de téléchargements du titre Min Irhabi sur arabrap.net, trois ans avant la sortie de lalbum !, précise Mahmoud. Le texte, où le groupe tutoie un sioniste imaginaire pour montrer que le terroriste nest pas toujours celui quon croit, devient slogans de manifs et sujets détudes dans des universités étrangères, fascinées par les héritiers urbains de Mahmoud Darwish et Tawfiq Ziad.
Tandis que le magazine français Rolling Stone distribue gratuitement leur album, quils figurent sur une compil aux côtés de Manu Chao, Zebda et Noir Désir, quils posent pour le photographe David Alan Harvey (Magnum et National Geographic) dans une série sur les rappeurs dans le monde, le moindre petit concert à Gaza leur reste inaccessible, passeport israélien de DAM oblige. Ramallah, cest interdit aussi, mais on arrive à y aller par des petites routes de campagne, raconte Tamer. À défaut de passer les checkpoints, le groupe passe à la radio et joue au Swedish Palestinian Center, au théâtre Al Qasaba, dans quelques clubs et même près du Mur, la scène parfaite selon Tamer.
Intifada des platines
Sorti en 2006 et distribué par le label britannique indépendant Red Circle, leur premier album international, Ihda, sonne comme une promesse. Un must hear, dixit le réalisateur palestinien Hany Abu Assad, le réalisateur de Paradise Now, qui avait déjà choisi DAM pour illustrer la BO de son Ford Transit (2002). Beats urbains et flow saccadé, assouplis de mélopées orientales, Gamal Abdul Nasser samplé dans lintro, Ihda parle de mur et de racisme, dimpasse politique et damours contrariées, de droits des femmes Al Hurriye Unta avec la rappeuse Safa Hathoot du groupe Arapeyat et de génération sacrifiée. En contre-pied du Mur des Pink Floyd(The Wall), les enfants qui chantent en chur le refrain de Nghayer Bukra réclament de léducation pour changer demain. Dans Inkilab résonne aussi lécho des Songs of Freedom de Bob Marley. Il sont porteurs dun douloureux réalisme, certes, mais DAM cest aussi cette pure vibe festive et cet egotrip propre au hip hop, salue Nikkfurie de La Caution, coupable dun hypnotique featuring sur Ihda (Mes Endroits).
Entre radicalisme excédé et pacifisme constructif, DAM séduit un peu partout en Europe, voire aux Etats-Unis
mais moins en Israël, bien quils chantent aussi en hébreu. En arabe, on prêche des convaincus, reconnaît Tamer, nous voulons aussi nous adresser à lennemi. Les médias israéliens suivent moins quau début. Nos textes ont gagné en profondeur et en maturité, ça intéresse moins, remarque Mahmoud. Ironie de leur identité malmenée, DAM est interdit en Arabie Saoudite et au Koweït. Pour autant, le trio refuse toute récupération politique, préférant se fier à sa propre sensibilité : On nest ni pour ni contre le Hamas, mais le peuple la choisi, il faut respecter ça, tranche Mahmoud, soulignant que dans un ghetto, on finit toujours par sentretuer
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Mais tout juif nest pas sioniste, insiste DAM. On sait bien quen Israël, il y a des gens de droite, du centre et de gauche. Actuellement, ce sont les premiers qui sont au pouvoir, clarifient ceux qui apportent souvent leur contribution à des regards constructifs sur le conflit. Le trio a ainsi fait une apparition dans Local Angels (2002), documentaire du réalisateur et militant progressiste Udi Aloni, comme dans son film Le Pardon (2006), sélectionné au Festival de Berlin. Aux platines et au son, dans lalbum comme sur scène, DAM sen remet à Ori Shochat, producteur, MC et DJ réputé être le meilleur dIsraël.
Une preuve que co-existence sous le parapluie du hip hop est possible, malgré lamer souvenir du documentaire Channels of rage, primé au festival de Jérusalem. De 2000 à 2003, sa réalisatrice Anat Halachmi a suivi Tamer et Kobi Shimoni, alias Subliminal, leader du hip hop israélien et sioniste convaincu. À mesure que pourrissent leurs relations, malgré les scènes partagées sous la bannière du hip hop, cest tout limpossible dialogue entre les deux peuples qui ressurgit. Pour tout commentaire, Tamer serre la mâchoire. Et dresse son mur... de silence. |
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Documentaire. Résistance alternative
Artiste multimédia et réalisatrice américano-palestinienne installée à New-York, Jackie Salloum aime démonter les clichés médiatiques, comme dans Planet of Arabs, présenté au Festival de Sundance en 2005. Sling Shot Hip Hop, actuellement en postproduction, va à la rencontre des rappeurs palestiniens encouragés par lavant-gardisme de DAM : P.R à Gaza, Arapeyat et ZilZal à Akka, We7 à Nazareth, Rami à Jénine, R.U à Ramallah
Tour à tour, la caméra accompagne la tension émue dun premier concert, capture le contrôle didentité dun rappeur dans les rues de Tel Aviv parce quil parle arabe, suit le trio de Da Arabian MCs au pied du Mur, le long dun chemin aride dans le camp de réfugiés de Aïda. Il y avait des oliviers partout, ils ont tout détruit, sinsurge Suhell Nafar, tandis que Mahmoud Jreri prophétise : Tout mur dans le monde est tombé, celui-là aussi, un jour. Si Jackie Salloum explore le rôle que revêt le hip hop dans la vie sociale, politique et personnelle des jeunes groupes palestiniens, Tamer nuance : On na pas de pays, comment peut-on parler de mouvement ?. |
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