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Zakia Tahiri. Cinéaste multicartes
Portrait. Notre dame des ondes
N° 284
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Mélanie Favreau

Portrait.
Zakia Tahiri. Cinéaste multicartes


(KARIM RAMZI)

Petit-fils du cinéaste Mohammed Osfour, c’est pourtant la musique que Jalal choisit, dans une forme pour le moins originale : du rock metal 100% darija. Rencontre.


“Mon Number one, je l’ai cherché, découvert et apprivoisé. Je l’ai détesté et je lui ai pardonné… Il m’a fait peur, rire et pleurer”, lance poétiquement Zakia Tahiri. C’est dans les rues grouillantes de Casablanca, en août prochain, qu’elle va donner vie à Aziz, le héros de son premier film en tant que réalisatrice solo, dans un pays qu’elle a quitté depuis plus de 20 ans. Une comédie décalée sur un Maroc entre
réalité, tradition et transition, qui parle des femmes à travers un personnage d’homme, joué par le revenant Saâdallah Aziz, entouré (forcément) de Khadija Assad, Driss Roukh et Abderrahim Bargach. Le pitch ? Un machiste pur jus coule des jours heureux, dans un Maroc où la Moudawana n’est qu’une loi, jusqu’au jour où, ensorcelé par son épouse, il se transforme en féministe malgré lui… “J’ai envie de faire de cette fable un vrai film de divertissement, à la fois drôle et émouvant”, explique Zakia Tahiri, donnant le ton de cette comédie populaire, évitant par la farce tout discours moralisateur : “Les Marocains n’ont pas besoin de leçons, je veux seulement pointer les maladresses et les incohérences”, ajoute-t-elle.

Casquettes multiples
Le “petit soldat”, comme l’a surnommée sa mère, pour sa combativité, naît en 1963 à Lille, d’un père marocain et d’une mère française. Très vite, Zakia sait qu’elle veut devenir comédienne. “Je pense que mes parents m’ont dotée d’un fort caractère et de certaines valeurs essentielles. Heureusement, car dans ce métier, il faut savoir s’imposer !”. Après une adolescence casablancaise sans histoires, elle apprend le métier à Paris, successivement sur les bancs du Cours Florent, du Cours Simon et à la Rue Blanche. En parallèle, elle s’installe définitivement en France avec sa famille, ne rentrant au Maroc que pour les vacances.

Amoureuse précoce de cinéma, Zakia y a porté presque toutes les casquettes. Souheïl Ben Barka est le premier à lui donner sa chance, lorsqu’elle débute à 18 ans, en tant qu’assistante-réalisateur stagiaire pour Amok, avant d’enchaîner dans la même fonction sur, entre autres, Edith et Marcel de Claude Lelouch en 1982. Elle franchit un nouveau palier en devenant directrice de casting (pour le Maroc) dans cinq films, dont Un thé au Sahara de Bertolucci en 1990 et La nuit sacrée de Nicolas Klotz en 1992. Elle passera même par le poste de directrice de production en 1995 sur des vidéoclips et autres films publicitaires.

En parallèle, l’hyperactive Zakia mène une carrière d’actrice. Pour son premier rôle, elle a pour partenaires Gérard Depardieu et Catherine Deneuve, dans Fort Saganne (1983). Difficile malgré tout de se faire une place dans le cinéma français de l’époque : “Il n’y avait pas autant de rôles qu’il y en a aujourd’hui pour les acteurs d’origine maghrébine, explique Zakia. En France, on était juste les arabes de service. C’est encore plus appuyé chez les femmes : on avait le choix entre la femme de ménage, la prostituée ou la sœur du malfrat…”.

Réalisations à quatre mains
Finalement, c’est le cinéma marocain qui lui offre ses plus beaux rôles. En 1987, Farida Belyazid la choisit pour incarner son héroïne dans Une porte sur le ciel. Mohamed Abderrahmane Tazi fait appel à elle pour Badis (1988) puis pour la comédie à grand succès A la recherche du mari de ma femme (1994). Des rôles loin de la caricature d’une femme MRE : “Je n’ai jamais coupé le cordon avec le Maroc, confie-t-elle. Même si ma vie est aujourd’hui à Paris”.

C’est justement dans la capitale française qu’elle fait la rencontre, professionnelle et personnelle, du scénariste et réalisateur Ahmed Bouchaâla, qui deviendra son mari. Une rencontre qui marque la transition entre Zakia la comédienne et Zakia la réalisatrice. Le signataire du scénario de Mona Saber (2001) et réalisateur de Krim (1995) lui fera désormais toujours confiance. “C’est à sa demande que je me suis teinte en blonde pour le film Krim !”, sourit-elle. Leur complicité fait rapidement preuve de créativité. Ils se lancent dans la réalisation et l’écriture de scénarii à quatre mains de moult longs-métrages et téléfilms. Première reconnaissance en 2001 avec Origine contrôlée, co-réalisé par le couple, qui remporte des prix aux festivals de Tétouan, de New York ou de Florence. Ils enchaînent avec le téléfilm Pour l’amour de Dieu (2006), pour Arte, et travaillent aujourd’hui sur les scénarii de deux longs-métrages, Le second souffle et La Mosquée.

“Je suis convaincue que tous les métiers du cinéma que j’ai exercés me serviront un jour. Chacun est une petite clé que j’ai rangée dans un trousseau, en prévision de portes à ouvrir”, confie, avec un peu de poésie, Zakia, commentant ses multiples casquettes au cinéma. Sous celle de réalisatrice, Zakia est réputée pour sa rigueur et une certaine exigence dans la direction des acteurs. Une attitude héritée de son passé (et présent) de comédienne, mais aussi de l’inspiration de cinéastes qu’elle a côtoyés, parmi lesquels elle cite Bernardo Bertolucci, Farida Belyazid, Faouzi Bensaïdi ou encore Jilali Ferhati. “Être réalisateur ? C’est sacrifier plusieurs années de sa vie pour un film, c’est se transformer en un chef d’entreprise, qui décide de toute la construction du long-métrage”, résume-t-elle. A-t-elle pour autant tourné la page d’actrice ? “Pas vraiment. Aujourd’hui, mon métier est d’abord celui de réalisatrice, mais je ne refuse pas de jouer de temps à autre”.

Retour aux sources
Son retour au Maroc, le temps d’un long-métrage, est autant motivé par des facteurs personnels que professionnels. “Il est essentiel pour moi de revenir dans mon pays, pour tourner un film qui, je l’espère, saura toucher le public marocain. Je ne veux surtout pas faire le film d’une étrangère sur le Maroc”. Et tout en reconnaissant les qualités du cinéma français, qui lui a permis de forger ses compétences, elle juge le milieu trop verrouillé : “En France, on vous impose trop de restrictions au niveau artistique. À titre d’exemple, sans têtes d’affiche, vous êtes pratiquement sûr de ne pas être produit. Les producteurs préfèrent un scénario accrocheur avec un gros casting”, déplore-t-elle, avant de poursuivre : “Au Maroc, on dispose de beaucoup plus de liberté dans la mise en scène, car c’est d’abord le public qui vous juge”.

Revers de la médaille, ici, ce sont les financements qui manquent cruellement, “même si, grâce au Fonds d’aide du Centre cinématographique marocain et à l’implication plus importante des chaînes de télé marocaines dans la production de longs-métrages (ndlr : c’est notamment le cas pour Number One), beaucoup de créations voient le jour”, nuance-t-elle.

Tout en se lançant sur le tournage de son premier film marocain, dont la sortie est prévue début 2008, Zakia Tahiri prévoit déjà trois scénarii pour la télévision. En attendant, le public marocain pourra bientôt (re)découvrir ses talents sur le téléfilm Belleville tour. Co-réalisé avec son mari Ahmed Bouchaâla, cette comédie haute en couleur conte l’histoire de Paul et Bachir, deux amis d’enfance qui décident de se lancer dans le tourisme. Diffusé à la rentrée 2007 sur France 2, le téléfilm le sera également sur 2M, qui vient d’en acquérir les droits.

 
 
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