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N° 284
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Meryem Saadi

Portrait. Notre dame des ondes

Latifa Akherbach s’attelle
désormais à dépoussiérer
la Radio nationale et, surtout,
à la faire aimer.
(AFP)

Après avoir dirigé l’ISIC, Latifa Akherbach a pris, depuis mars dernier, la tête de la Radio nationale (ex-RTM), où l’attend un grand chantier de modernisation.


“La restructuration de la Radio nationale nécessitera beaucoup de temps et d’efforts, mais c’est un chantier passionnant, auquel je crois et dans lequel je compte m’investir totalement”, explique Latifa Akherbach, à propos de sa nouvelle mission au sein de la SNRT. En s’installant dans le fauteuil de directrice de la Radio nationale, elle sait qu’elle n’aura pas la tâche facile. Pas de quoi effrayer cette femme des médias, qui a réalisé un parcours professionnel pratiquement sans faute.

Latifa Akherbach voit le jour en 1960 dans la ville de Chaouen. Mais c’est à Marrakech qu’elle grandit et obtient un baccalauréat section… Sciences mathématiques. Surprenant pour une future enseignante en journalisme ? Pas le moins du monde, puisqu’elle avoue avoir toujours été sensible au verbe : “J’ai toujours aimé la littérature et je considère qu’allier les lettres à la rigueur scientifique permet à la personne de développer une grande ouverture d’esprit”. En 1979, elle intègre l’Institut supérieur de journalisme de Rabat (ancêtre de l’actuel ISIC), et rencontre l’homme de sa vie lors d’un stage au journal Al Maghrib, aujourd’hui disparu, à la rubrique culture. “La preuve que la culture peut mener à tout, même à l’amour et au mariage”, plaisante-t-elle.

Après quatre ans de brillantes études, elle s’envole en France pour poursuivre son cursus universitaire. À Paris, elle s’emploie à satisfaire sa soif de culture, visitant sans arrêt théâtres, bibliothèques et musées. Mais son souvenir le plus marquant restera la découverte de l’Opéra : “C’était comme un rêve devenu réalité ! Moi, fille du peuple, je n’avais jamais imaginé qu’un jour je pourrais mettre les pieds dans un tel endroit”, se souvient-elle.

L’enseignement, mon amour
De retour au pays après six ans d’absence, elle commence à enseigner à l’ISJ et met en place pour la première fois l’option “Communication d’entreprise” au sein de cet établissement. C’est alors le début d’une grande histoire d’amour entre l’enseignante et ses étudiants, qui durera près de 20 ans.“J’adore l’enseignement. Je ressens un plaisir immense à voir des jeunes évoluer sous mes yeux. Grâce à eux, je me sens vraiment utile”, explique Latifa Akherbach, qui a vu passer dans sa salle de cours plusieurs générations d’étudiants, aujourd’hui journalistes confirmés. Même lorsqu’elle devient directrice de l’ISIC en 2003, elle continue à enseigner la presse écrite, histoire de rester proche de ses étudiants. Avec son staff, en particulier Benaïssa Asloun, son alter ego masculin, elle tente de redorer le blason de l’ISIC, alors perçu comme une antichambre de l’administration. “J’ai essayé de faire de l’ISIC davantage qu’une structure d’enseignement, un véritable lieu d’épanouissement personnel”, argumente-t-elle. Objectif : revaloriser le diplôme de l’unique établissement public d’enseignement du journalisme du pays.

C’est ainsi que pendant ses quatre années à la tête de l’ISIC, Akherbach initie des activités parallèles, met en place des cours d’arts plastiques et de musique, multiplie les partenariats avec des organismes étrangers… Du jamais vu dans le vénérable institut, ce qui ne manque pas de faire grincer des dents quelques “vétérans” de l’établissement.

Un nouveau challenge
En mars dernier, lorsque le président de la SNRT, Faïçal Laraïchi, cherche un nouveau patron pour doper le pôle Radios du groupe public, c’est à Latifa Akherbach qu’il fait appel. Elle se retrouve ainsi face à un nouveau challenge : repenser une structure imposante (450 salariés et 10 stations régionales) confrontée à un nouvel environnement concurrentiel, boosté par la vague de nouvelles stations privées. “Il faut que la Radio nationale arrive à se positionner en tant que radio fédératrice, qui représente un Maroc pluriel”, explique la nouvelle directrice. Une radio généraliste, qui devra satisfaire, à travers ses différentes stations, émettant en arabe, en français et en tamazight, la plupart des Marocains, quels que soient leur position géographique, leur origine ou leur degré d’enseignement. “Mais pour atteindre cet objectif, il faut tout d’abord régénérer la culture d’entreprise de la Radio nationale et libérer l’esprit d’initiative de ses collaborateurs”, poursuit-elle. Un effort de longue haleine, mais qui commence déjà à porter ses fruits. Pour s’en convaincre, il suffit de caler son poste sur l’une des stations du groupe.



Radio nationale. La mue a commencé

Sans faire de bruit, la radio publique est en train de faire sa mue, rendue nécessaire par l’explosion du paysage radiophonique marocain. Et la chose est visible (et surtout audible) sur sa grille de programmes. Celle-ci a vu depuis quelques mois se multiplier les nouveaux concepts, toutefois plus ou moins réussis. Il y a, bien évidemment, l’incontournable VIP, émission-phare animée par le sémillant Noureddine Karam, qu’on ne présente plus. La station a également cédé à la vogue des talk-shows en lançant l’émission “ça reste entre nous”, animée par un team hétéroclite de chroniqueurs et de journalistes, sous la baguette de Karam, indéniablement la valeur sûre de la station.
Les artistes de la nouvelle scène se sont aussi fait une place sur les ondes de la radio publique, via l’émission Urban Mag (samedi de 18 à 20h), qui entend marcher sur les plates-bandes d’une certaine station musicale. Idem pour Pink&Blue, émission interactive dédiée aux jeunes, où les auditeurs débattent de thèmes de société tels que la fidélité ou l’éducation… Du jamais entendu sur la vénérable station. La partie arabophone n’est pas en reste, avec l’utilisation remarquée de la darija par les animateurs. Cette langue est même utilisée pour toute la tranche matinale entre 6 et 9 heures.
La Radio nationale a même poussé le souci d’adaptation jusqu’à concocter une grille spécifique pour la saison estivale, dotée d’émissions originales, dont une qui a pensé aux auditeurs qui ne partent pas en vacances. Comme quoi, beaucoup ont enterré trop vite la mamie des radios…

 
 
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