Secrets publics
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En démocratie, tout est public, sauf ce qui est classé secret. Ici, tout est secret, sauf la langue de bois.
Par ma voix, toute léquipe du groupe TelQuel laffirme avec force : nos confrères dAl Watan, Abderrahim Ariri et Mustapha Hormatallah, auxquels nous exprimons notre entière solidarité, nont rien fait de mal. Oui, ils ont publié une note interne de la DGST, confirmant la menace terroriste qui plane sur le Maroc. Et alors ? Cest leur métier. Cette note était secrète ? Dabord, on ne voit pas pourquoi : elle ne faisait que reprendre des informations diffusées par des groupes
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terroristes
sur Internet ! Ensuite, et si vraiment, pour une raison qui ne peut être quinterne aux services de sécurité, la publication de cette note pose problème, que ces gens fassent le ménage chez eux, et punissent ceux qui lont fait sortir plutôt que ceux qui lont réceptionnée.
Cest dailleurs ce que larmée a entrepris de faire. On a ainsi appris que huit officiers des Forces armées royales ont été mis aux arrêts, et que plusieurs autres militaires mais aussi des officiers de police ont été interrogés pour circonscrire toutes les fuites futures éventuelles. Tant mieux pour larmée. Mais tant pis pour nous. Car désormais, plus aucun officier nacceptera de parler à un journaliste, même en off, même du temps quil fait. Tout le monde a trop peur. Ce qui pose un autre problème : comment les journalistes pourront-ils continuer à informer efficacement leurs lecteurs sur ce qui se passe dans les différents corps darmée du royaume ? En démocratie, cest un droit élémentaire, puisque ces mêmes corps darmée sont payés par largent du contribuable. Et à propos de payer, Al Ahdath Al Maghribiya a révélé que parmi les documents saisis aux domiciles des deux journalistes, les enquêteurs ont retrouvé des informations relatives au budget de larmée et aux méthodes de travail des services qui en gèrent les finances (
), ce qui constitue une violation caractérisée du secret défense. Incroyable ! Le budget en question est pourtant voté chaque année au Parlement, en séance publique. Il est vrai que, de toute lhistoire parlementaire du Maroc, jamais un député na osé le contester, ni même le discuter. Mais ce nest pas parce que les députés font mal leur travail que les journalistes doivent faire pareil ! Les finances de larmée sont censées être du domaine public, comme dailleurs tout ce qui concerne son fonctionnement... à lexception, en effet, de ce qui relève du secret défense. Mais quest-ce qui en relève, au juste ?
Réfléchissons un peu : si une simple note disant en substance restez en alerte, les terroristes menacent relève du secret défense, quest-ce qui nen relève pas ? La règle universelle (enfin, celle en vigueur dans les pays démocratiques) en matière de documents officiels est que tout est accessible au public, sauf ce qui est expressément classé secret. Ici, cest tout est secret, sauf ce que nous voulons bien donner aux journalistes, sils sadressent à nos services de presse. Cest une bien mauvaise blague. Ces services, personne ne les connaît à supposer quils existent. Et si un journaliste insiste vraiment pour avoir des renseignements à travers le circuit officiel, dans 99% des cas, un gradé désignera un sous-gradé instantanément catapulté responsable du service presse, pour se débarrasser de limportun en lassommant par la plus épaisse des langues de bois, histoire de le dégoûter définitivement de sintéresser à larmée.
Non, Messieurs les militaires, la note publiée par Al Watan ne relève pas du secret défense, malgré ce que vous en dites. Cette classification, normalement, est réservée aux informations protégées dont la divulgation est de nature à nuire gravement à la défense nationale. On a beau lire et relire la note publiée par Al Watan, on ne voit vraiment pas en quoi sa divulgation nuirait gravement à quoi que ce soit
à part à la susceptibilité dune armée incapable de comprendre que le Maroc change, quelle le veuille ou non. |