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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Bennani

“Omar Khattabi a tué la peur en moi”

Antécédents
Chakib Khiari
Militant associatif
(DR)

1979. Naissance à Al Hoceïma.
1986. Sa famille “émigre” à Mohammedia.
1999. Retour à Nador.
2000. 2000. Rencontre avec Omar Khattabi.
2005. Président de l’association du Rif pour les droits de l’homme.

Smyet bak ?
Mohamed Ben Mohamed El Mokhtar.

Smyet mok ?
Malika Bent Mohammadi.

Nimirou d’la carte ?
P 174 838.

Pour protester contre le traitement infligé à votre père à l’hôpital de Nador, vous avez décidé de camper à l’hôpital et entamer une grève de la faim. Vous n’avez pas trouvé un meilleur prétexte pour faire parler de vous ?
Non. J’ai accompagné mon père qui souffrait d’un petit malaise cardiaque. En arrivant à l’hôpital, j’ai été choqué par la pagaille qui y régnait, par le traitement réservé aux patients qui attendaient là depuis des heures. À ce moment, mon frère a ramené mon père vers une clinique privée et je suis resté sur place, essayant de venir en aide aux patients de l’hôpital. Il y a notamment le cas de cette fille de 14 ans, qui m’a profondément indigné. Elle pleurait de souffrance et avait besoin d’une simple seringue que nous avons finalement dû acheter à la cafétéria de l’hôpital, et au prix fort parce c’était la nuit. La situation était intenable à l’hôpital, d’où le sit-in et la grève de la faim.

L’occasion était trop belle en plus : le roi était dans les parages…
Nous avons effectivement exploité la présence du roi dans la région, c’est clair. Tout ce que je vous raconte s’est passé le lendemain du départ du roi de Nador vers Al Hoceïma. Je voulais que le roi sache qu’on lui a menti, qu’on a maquillé la réalité lors de son passage à Nador.

Vous auriez dû filmer ce qui se passait à l’hôpital et balancer le tout sur youtube, comme l’a fait un certain “sniper” anonyme…
On passe par youtube lorsqu’on n’a pas de réseau, lorsqu’on n’a aucun accès aux médias et aux mouvements associatifs.

Vous êtes le président de l’Association du Rif pour les droits de l’homme. C’est plus sérieux que l’AMDH zaâma ?
Non, mais avant de créer l’association du Rif pour les droits de l’homme, j’ai présidé le comité préparatoire pour la création d’une antenne de l’AMDH à Nador. Et c’est Abdelhamid Amine, alors président de l’Association, qui m’en a personnellement chargé. J’ai finalement préféré me retirer pour ne pas gêner Amine. Il y avait des lobbies politiques qui exigeaient de siéger au sein du bureau régional. Avec des camarades indépendants, nous avons préféré nous retirer et créer notre propre organisation.

Selon vous, toutes les associations du Rif sont des créations du ministère de l’Intérieur. Les élus sont des corrompus ou à la solde des cartels de la drogue. Abdelkrim Khattabi et vous êtes les seuls honnêtes hommes que le Rif a enfantés ?
Bien sûr que non, mais la plupart des associations ont été domestiquées ou leurs activités gelées. Plus personne ne fait confiance aux élus. Nous sommes l’une des premières associations de droits de l’homme de Nador. C’est une ville et une région qui fonctionnent selon leurs propres règles. La mafia de la drogue y fait régner sa loi au grand jour. Les menaces par téléphone sont une routine chez nous.

Si vous êtes encore en vie pour me le dire, c’est que vous êtes un grand paranoïaque ou que votre mafia est d’un amateurisme affligeant…
J’ai toujours été courageux, Omar Khattabi, qui me considérait comme son fils, a tué la peur en moi. Il m’a aidé à constituer un solide réseau national et international.

On ne vous connaît aucune activité rémunérée. De quoi vivez-vous, M. Khiari ?
Ma famille n’est pas dans le besoin. Mes parents m’aident pour avoir des rentrées d’argent régulières. En plus, je suis payé pour des articles que je signe sur quelques journaux étrangers.

Vous n’avez pas essayé d’approcher le roi lorsqu’il était chez vous ?
Non. Il est venu accomplir son travail, je poursuivais le mien. Je lui ai adressé une lettre qu’un haut responsable s’est chargé de lui transmettre personnellement. J’y reviens sur tous les aspects de mauvaise gestion dans la région de Nador.

 
 
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