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Propos recueillis par
Driss Bennani
Presse.
Interview. Abderrahim Ariri : Tout éditeur aurait fait la même chose
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Les preuves de soutien
à Ariri nont pas manqué
tout au long de sa détention.
(AIC PRESS)
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Lhomme na rien perdu de sa verve. À peine relaxé par le Parquet, Abderrahim Ariri a rejoint son bureau, dans les locaux dAl Watan. Entre un bouclage difficile et des réunions-marathon avec son comité de soutien et ses avocats, il a accepté de répondre à nos questions. Récit exhaustif de huit jours de détention.
Après huit jours de garde-à-vue, le Parquet a décidé de vous poursuivre en état de liberté provisoire pour recel de documents secrets. Pourquoi a-t-il décidé dincarcérer le journaliste Mustapha Hormatallah, |
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alors que vous êtes tous les deux poursuivis dans le cadre de la même affaire ?
Nous navons pas dexplications à cela. De bout en bout, cette affaire nous a déroutés. Dernier exemple en date : alors que nous étions devant le bureau du procureur du roi à Casablanca, le bâtonnier Abderrahim Jamaï a reçu un appel qui disait que la MAP (ndlr : lagence Maghreb arabe presse) avait diffusé une dépêche faisant état de ma relaxe et de lincarcération de Hormatallah. Malgré ses demandes dexplication, Maître Jamaï na pu obtenir que cette réponse laconique de la part du procureur : Je ne suis au courant de rien. Et comme vous avez pu le constater, je nai pas quitté cette salle de la matinée. Pire, même après la diffusion de ladite dépêche, le procureur a insisté pour que les discussions et les interventions des avocats se poursuivent. Finalement, et après délibérations, il est revenu nous débiter, presque à la lettre, le texte diffusé plus tôt par la MAP. Nous ne disposons donc que dhypothèses pour expliquer lincarcération de Hormatallah. Peut-être le considère-t-on comme premier responsable concernant la détention de documents secrets. Je suis responsable de les avoir publiés, mais nimporte quel éditeur aurait fait la même chose.
Aujourdhui, le Parquet vous poursuit pour recel de documents et non pour publication de documents touchant à la défense nationale. Cest une astuce pour clore le dossier ?
Au départ, nous étions accusés datteinte à la sécurité de lEtat et toutes les questions des enquêteurs allaient dans ce sens. Cest une accusation grave, qui peut mener à la peine capitale selon la loi marocaine. Mais grâce à la mobilisation de toutes les forces vives de cette nation, lEtat a été obligé de trouver une sortie honorable dans cette affaire. Je ne sais pas qui est le génie qui a conseillé lusage de larticle 571 du Code pénal, comme si nous étions de vulgaires voleurs de bétail. Jusque dans le chef dinculpation, ils nont pas respecté notre dignité.
Et maintenant, que comptez-vous faire ?
Entamer la deuxième partie du combat, pour obtenir la relaxe de Mustapha Hormatallah. Quant à moi, je poursuis mon travail, et je ne regrette rien. Et si demain jarrive à obtenir de nouveaux documents de la BNPJ, de la DGSN ou de lOCP, je les publierai. Ma responsabilité de journaliste et déditeur sarrête à la vérification de lauthenticité de ces documents. Jai dit aux enquêteurs quau lieu de me poursuivre en justice, lEtat aurait dû moffrir quelques séances de massage thaï. Notre journal a quand même modestement contribué à mettre à nu toute la fragilité de notre système sécuritaire. Il y a des fuites à tous les niveaux : les FAR, la Marine royale, la Gendarmerie, la Sécurité royale, etc.
Quelle est la nature de ces documents secrets retrouvés chez vous ou chez Mustapha Hormatallah ?
Ce sont des documents qui ont une grande valeur journalistique. Certains ont même déjà été publiés dans Al Bidaoui ou Al Watan Al An. Dautres attendent leur tour et portent la signature personnelle de Mohammed VI. Lun des enquêteurs ma dit que peu de hauts responsables peuvent se targuer de disposer dautant de documents. Pour un journaliste, cest un motif de fierté. Al Watan Al An est devenu une sorte de tableau syndical des différentes casernes du royaume.
En tout, huit militaires ont été arrêtés dans le cadre de cette affaire. Les connaissez-vous tous et avez-vous donné leurs noms ?
Je connais certaines parmi les personnes arrêtées, mais je nai donné aucun nom. Les enquêteurs ont fouillé dans mes archives et ont retrouvé des notes parfois vieilles de quelques années. Jy retranscris les détails de toutes mes rencontres journalistiques, mais jamais je naurai cru quelles allaient servir à cela.
Où avez-vous passé les huit jours de garde-à-vue et quest- ce qui a motivé une durée de détention (et dinterrogatoire) aussi longue ?
Jai passé les huit jours au siège de la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ) au quartier Maârif à Casablanca. Je ne suis sorti que deux fois. La première à loccasion de la fouille de mon bureau, la seconde pour la fouille de ma voiture. Pendant les trois premiers jours, les interrogatoires portaient essentiellement sur notre dossier publié le 17 juillet 2007. Les questions des quatre derniers jours concernaient, quant à elles, la ligne éditoriale du journal. Relations avec les ambassades de pays étrangers, financement, relations avec Moulay Hicham
toutes les questions tournaient autour de ce genre de thématiques.
Et avec le recul, avez-vous trouvé une explication à la manière dont vous avez été arrêté chez vous, le mardi 17 juillet à sept heures du matin ?
Non. Ce jour-là, à 7 h 15 précisément, un commando dune quinzaine de personnes a investi mon domicile. Pour lanecdote, je venais de finaliser un dossier sur le nouveau règlement des casernes militaires. Ils frappaient bruyamment à la porte et sont rentrés, dès que jai ouvert, en criant : Silence, cest la police !. Ils ont commencé à confisquer les DVD de mes enfants, leur ordinateur et tous les documents quils ont trouvés dans lappartement. Heureusement, mes enfants étaient partis en vacances. Sinon, le choc aurait été terrible pour eux. Ils mont demandé de les suivre, je navais pas le choix. En bas de limmeuble, jai demandé à mon concierge de dire à ma femme que la police mavait arrêté. À ce moment, un homme a menacé le concierge des pires châtiments sil ouvrait sa gueule. Cela ma intrigué. La police ne se cache normalement pas pour arrêter un journaliste. Dehors, on a voulu membarquer dans une voiture banalisée. Jai alors décidé de fuir le commando venu marrêter pour me réfugier dans un commissariat à quelques mètres de mon immeuble. Et là, un policier de permanence est sorti et ma lancé, sur un ton on ne peut plus vulgaire : Ce sont des flics espèce de
Ils vont temmener là où on soccupera très bien de toi. À ce moment, jai su que ce sont les services de renseignement qui ont procédé à mon arrestation. Et cest seulement une fois au siège de la BNPJ que je me suis senti rassuré.
Qui vous interrogeait tout au long de cette semaine de garde-à-vue, et avec quelle fréquence ?
Les enquêteurs étaient pressés par le temps. Jai donc eu droit à un tsunami dinterrogatoires. Les trois premiers jours, les séances dinterrogatoire commençaient à 9 h et se prolongeaient jusquà 3 h du matin suivant. Je dormais dans la même salle où avaient lieu les interrogatoires. Des personnes en tenue civile assistaient également aux interrogatoires. Jai su plus tard quelles représentaient les différents corps darmées concernés par les dossiers réalisés par Al Watan Al An. En tout, près de 150 enquêteurs ont été mobilisés pour suivre ce dossier. La crème de la crème. Même le patron de la BNPJ et de la police judiciaire mont interrogé.
Que cherchaient-ils à savoir exactement ?
Jétais enfin tombé entre leurs mains. Loccasion était trop belle. Notre journal les dérangeait depuis quelques années déjà. Les quatre derniers jours, jai même eu droit à des interrogatoires thématiques. Les équipes se relayaient et les questions sur les FAR étaient suivies par dautres concernant la Marine, la Gendarmerie ou la police. On me demandait si jétais en relation avec un Etat étranger qui voulait nuire aux intérêts du Maroc, si je recevais mes instructions de la part dune organisation internationale, etc. Je me suis rendu compte que nos enquêteurs navaient que de vagues notions concernant la pratique journalistique. Ils croient que nous nécrivons que sur commande dun ambassadeur ou dun militaire. Cest comme sils méprisaient la capacité intellectuelle du journaliste marocain.
Vous a-t-on menacé au cours de linterrogatoire ?
En tout cas, leur message était très clair : il ne faut pas sattaquer aux institutions militaires qui protègent le pays. Cest quelque part le plafond de liberté quils veulent nous fixer. On me la dit explicitement dailleurs : Vous en faites trop, M. Ariri. Pourquoi faites-vous une fixation sur les services de sécurité ? On a limpression que, de bonne ou de mauvaise foi, vous voulez détruire ces institutions pour le compte des ennemis du pays.
Selon vous, cette affaire risque-t-elle de changer quelque chose dans la relation du journaliste et du responsable sécuritaire ?
Je crois quil y a des leçons à tirer pour tout le monde. Pour nous, en tant que journal indépendant. Et pour lEtat, qui découvre que ses services ne sont pas aussi verrouillés quil le croit. Si avec nos moyens très limités, nous sommes arrivés à nous procurer des documents secrets, que peut faire une puissante organisation qui veut nuire au pays. Jespère que lEtat a bien retenu la leçon et quil soccupera de colmater ses brèches, au lieu de nous poursuivre en justice.
Des informations faisaient état de larrestation de vos familles et de leur détention pendant de longues heures. Info ou intox ?
Cest vrai, mais nos familles ne souhaitent pas être mêlées à cette affaire. Ce qui ma profondément choqué et attristé, cest quun jour, les policiers ont ramené lépouse de Mustapha Hormatallah, ainsi que son bébé de neuf mois. Initialement prévu pour quelques heures, linterrogatoire de Mme Hormatallah a finalement duré 24 heures. Pendant plus de quatre heures, jentendais un bébé crier et pleurer de manière ininterrompue. Ce nest quaprès que jai su quil sagissait du fils de Mustapha. |
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Journalistes à la barre. Encore une fois !
Jeudi 26 juillet, au Tribunal de première instance de Casablanca. La première audience du procès de Abderrahim Ariri et Mustapha Hormatallah démarre à 13 h. Comme prévu, une foule davocats, de journalistes et de militants associatifs occupe le hall du tribunal. Parmi les caméras présentes, celles de la TVM et de 2M, qui se sont contentées jusque-là de diffuser les communiqués, souvent incendiaires, du procureur du roi à Casablanca. Mustapha Hormatallah apparaît, quant à lui, peu avant lentrée des juges. Il a plutôt bonne mine. Rasé de près, habillé élégamment, il répond aux salutations des membres de sa famille venus en nombre. La salle se remplit petit à petit. Les robes noires sont également venues en nombre. Plus dune trentaine davocats, représentant plus de six barreaux, soutiennent les deux journalistes. Mustapha Ramid y côtoie Abderrahim Jamaï, Khalid Sefiani ou Tarik Sbaï. Dans lassistance, on reconnaît également des militants de partis dextrême gauche, dAl Adl Wal Ihsane ou du PJD. Les plaidoiries ont toutes versé dans le même sens : obtenir la relaxe de Mustapha Hormatallah. Le procureur général a commis de graves fautes professionnelles en acceptant de prolonger la garde-à-vue dAriri et de Hormatallah. Il a également péché lorsquil na pas relevé que la première garde-à-vue a duré 72 heures, au lieu des 48 heures réglementaires. Rien que pour cela, nous pouvons aller jusquà lattaquer en justice, a notamment déclaré le bâtonnier Abderrahim Jamaï. Plusieurs avocats se sont ensuite relayés pour démontrer le caractère arbitraire et abusif de la détention de Hormatallah. Le procureur a estimé que M. Hormatallah ne présentait pas suffisamment de garanties pour bénéficier de la liberté provisoire. Ce nest quand même pas un criminel. Cest un journaliste connu sur la place et qui, comme son collègue Abderrahim Ariri, aura le courage et laudace de se présenter devant le tribunal pour défendre ses droits, a ajouté un avocat. La séance durera finalement deux heures et demie. Après une séance de délibérations, le juge décide le report de la séance au 31 juillet. Mustapha Hormatallah a, quant à lui, dû patienter jusquen début de soirée pour entendre son verdict : le juge refuse de lui accorder la liberté provisoire. Il reste donc en détention jusquà la prochaine séance. |
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