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N° 284
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Mehdi Sekkouri Alaoui

Télé-réalité. Succès et désillusions

Si certains sont en voie de devenir des stars, ou de réussir dans le monde des affaires, d’autres ont surtout connu les affres de la désillusion. TelQuel est parti sur les traces des vainqueurs des différentes émissions marocaines de télé-réalité, pour découvrir… des fortunes diverses.


Hatim Ammor
(DR)

Studio 2M. Du plateau télé au cabaret


Il rêvait de se produire sur les scènes les plus prestigieuses, il s’est finalement retrouvé à animer des soirées dans de modestes bars de Casablanca. “C’est ainsi que je gagne ma vie depuis maintenant trois ans”, explique, avec amertume, Aziz, le pendant arabophone de Joudia lors de la première édition de Studio 2M, la Star Ac’ version marocaine. Aziz essaie tant bien que mal de se relever de son échec (il prépare une chanson pour l’équipe de foot du Moghreb de Tétouan et Abdelhadi Belkhayat serait sur le point de lui en composer une autre), qu’il
impute sans ambages aux dirigeants de la chaîne de Aïn Sebaâ. “Ils nous ont promis monts et merveilles, mais au final, il s’est avéré que c’était uniquement des paroles en l’air, avance-t-il. Au lieu de s’occuper de nous comme convenu, ils nous ont lâchés dans la nature”. À en croire Aziz, on supposerait que le passage par l’émission-phare de 2M est synonyme d’arnaque. Pourtant, les autres vainqueurs de la compétition se disent plutôt satisfaits de cette expérience, et certains s’en sont plutôt bien sortis. À commencer par Joudia. Très demandée pour animer des soirées mondaines dans tout le pays, la jeune Marrakchie, qui a déjà à son actif un clip, deux singles, des apparitions aux côtés de grands noms de la chanson (dont Charles Aznavour et Corneille), est pratiquement installée à Paris où elle prépare son premier album. Pascal Obispo - excusez du peu - en aurait même signé quelques chansons.

Aurait-elle pu y arriver sans Studio 2M ? “J’en doute fort, répond cette dernière. Il est clair que sans eux, je n’aurai jamais pu avoir autant de visibilité et surtout rencontrer les bonnes personnes. Il faut savoir que le rôle de Studio 2M est seulement de nous mettre sur les rails. Après, c’est à nous de nous prendre en main”. Et visiblement, le même air de réussite entoure la cuvée 2005. Alors que Mona, “Prix du public Chant occidental”, serait en train de faire un tabac en Suède, pays où elle a grandi, Leïla, qui a remporté le “Grand prix du jury”, est devenue la coqueluche de la communauté marocaine au Canada. A côté de sa vie d’étudiante en tourisme à Montréal, elle se produit dans bon nombre de soirées et de galas, tant au Maroc qu’au pays de l’érable. Mieux, elle a tenu le premier rôle, aux côtés de Khadija Assad, dans un téléfilm produit par 2M. Leïla, qui dit avoir refusé de signer avec des sociétés de production d’un pays du Golfe, apporte actuellement les dernières touches à son album, qu’elle autoproduit avec son époux et qui devrait sortir à la rentrée, juste après la naissance de son premier enfant. Quant à Hatim Ammor, qui s’est distingué dans la catégorie “Chant oriental”, il a décroché le jackpot ! Le beau gosse de Studio 2M s’est installé au Caire, où il vient de signer un contrat juteux avec Alam Al Fane, un grand label, concurrent direct de la célèbre Rotana.

La promotion 2006 ne s’est pas trop mal débrouillée non plus. Alors que le prix du jury, Imane, se cherche encore, Hasna, la lauréate de le catégorie “Chant oriental”, est entre Beyrouth et le Caire, où elle multiplie les représentations et enregistre un album pour le compte d’une société de production libanaise. Reste Yassine, le plus jeune vainqueur de l’émission. Il vient de convoler en justes noces avec un label parisien, qui a promis de faire de lui une star.


Fatine Youssfi
(DR)

15 ans, 15 talents. Entre Ruquier et Elmaleh


Les rejetons de la première émission marocaine de télé-réalité ont en fait du chemin. “Je confirme, plaisante Fatine Youssfi, notre CV a pris beaucoup de poids. Essayez de le soulever et vous verrez”. Depuis sa consécration en 2004, la lauréate de la catégorie Humour n’a pas chômé. “Grâce à l’émission, ajoute-t-elle, nous avons bénéficié d’une visibilité inespérée et les offres ont commencé à pleuvoir”. Résultat : Fatine a multiplié les représentations dans les galas et soirées privées, tourné un sketch pour Maroc Telecom, joué à la chroniqueuse pour
l’émission Ajial et obtenu un rôle dans les sitcoms Rbib et Labass oualou bass. “Mais ce dont je suis le plus fière, souligne-t-elle, c’est d’avoir fait la première de Gad Elmaleh au Mégarama. C’était un grand moment pour moi”. Actuellement, Fatine se donne à fond pour terminer ses études et s’apprête à faire ses premiers pas sur le grand écran. Elle vient d’accepter le premier rôle dans un film sur l’univers carcéral féminin.

Hicham Abboudi, l’autre vainqueur du concours, a eu un agenda un peu moins chargé. Au lendemain de sa victoire, cet ancien professeur d’Essaouira et féru de poésie s’est vu proposer l’animation de Rouh Al Mouwatana, une émission d’éducation civique passée quasiment inaperçue. Peu de temps après, il a été appelé pour animer Diwan, émission culturelle qui n’a pas non plus marqué grand monde. L’expérience a duré moins de deux ans, jusqu’à son remplacement, il y a quelques mois, par un autre animateur. “Il n’a jamais été convaincant, commente cette source interne à 2M. C’est quelqu’un de très scolaire, qui n’a jamais réussi à évoluer”. Aux dernières nouvelles, il aurait été affecté au service de la documentation, où il se chargerait… des voix off.

D’autres candidats, qui ne sont pas arrivés jusqu’au bout de la compétition, ont créé la surprise. À commencer par Mustapha El Atrassi, qui fait désormais partie de la bande à Ruquier dans “On va s’gêner”, sur la station radio Europe 1, et dans les émissions “On a tout essayé” et “On n’est pas couché”, diffusées sur France 2. Entre-temps, le jeune beur d’origine marocaine avait même monté son propre one man show.

Meriem Saïd a, pour sa part, animé Sihati, une émission d’information médicale, avant de piquer la place de Imad Ntifi sur Studio 2M. Quant à Nabila Kilani, on vient de la redécouvrir tout récemment sur Nessma TV, pour laquelle elle a animé la première saison de la Star Academy Maghreb.


Meriem El Ouafi
(DR)

Challengers. Tourisme et fruits exotiques


Les poulains de Thami Ghorfi ont l’air de bien se porter dans leur nouvelle vie de businessmen. L’homme aux “fruits venus d’ailleurs”, Abderrahmane Tafraout, a pu décrocher un crédit de cinq millions de dirhams, possède déjà 20 hectares de serres dans la région d’Agadir et fait travailler une trentaine de personnes. Les Pepino, Peruviana, Kiwano… ces fruits exotiques venus d’Asie ou de Nouvelle-Zélande et destinés essentiellement au marché européen, lui ont rapporté, en 2005, un million et demi de dirhams de chiffre d’affaires. “Je ne
m’inquiète pas, explique-t-il. Dès 2008, nous allons commencer à gagner de l’argent, puisque nous nous attendons à un chiffre d’affaires d’au moins 8 millions de dirhams”.

Le 3 juillet dernier, Meriem El Ouafi, l’autre lauréate de 2005, a inauguré, à quelques kilomètres de l’aéroport d’Agadir, un immense complexe touristique (sur 8500 m2 !), avec salle de spectacle, restaurant de 800 couverts, piscine olympique et galerie d’art. Ce projet, qui emploie déjà 22 personnes, a coûté la bagatelle de 4,1 millions de dirhams, financés par un crédit bancaire. “Nous souhaitons que notre centre devienne une référence dans la région, explique Meriem, optimiste. Nous avons déjà des accords de principe avec bon nombre de tours opérateurs et d’agences de voyage”. Quant à Anas Chleyah et Abdelkarim Mostalih, les lauréats de la fournée 2006, ils sont bien moins avancés dans leurs projets. Le premier vient de se voir attribuer un espace dans la zone industrielle de Larache, où il compte implanter une unité de production de fertilisants et bio-stimulants, en collaboration avec une entreprise espagnole. Le second, qui tient coûte que coûte à faire fortune dans la pistache grâce à un crédit de 575 000 dirhams, il est en train d’aménager son site de production dans la région de Ben Guérir.


Sajid Jellouli
(AIC PRESS)

Al Kadam Addahabi. Coups de pompe


Ceux qui espéraient qu’Al Kadam Addaha ferait d’eux des icônes du ballon rond mondial, ou même local, ont vite déchanté. Les lauréats des trois éditions de l’émission diffusé sur la RTM n’ont pas fait long feu. À commencer par celui qu’on annonçait déjà au Real de Madrid ou au Milan AC, le pied d’or 2004, Hamada. À défaut d’évoluer dans le Calcio ou la Liga, ce Maroco-égyptien s’est contenté, durant la saison dernière, de fouler les pelouses rocailleuses de la troisième division marocaine. Petite consolation quand même, l’équipe de Chez Ali, dont
il fait partie, jouera à la rentrée en GNFE II. Avant de signer pour le team de Benfellah, Hamada a suivi des stages au Havre et à l’Olympique Lyonnais, avant de rejoindre un modeste club hollandais, mais sans grands résultats. “C’est un joueur très talentueux, explique un membre du staff de l’émission. Seulement, il a pris la grosse tête. À l’époque, il avait même décliné l’offre du Havre, parce qu’il ne voulait pas jouer en Ligue 2”. L’année 2005 a vu, quant à elle, la consécration de Sajid Jellouli, un jeune Bruxellois âgé de 18 ans, qui avait arrêté le football quelques mois avant l’émission, alors qu’il jouait au FC Bruxelles. Après l’habituel stage au Havre et un deuxième à l’Olympique de Marseille, qui n’ont pas été concluants, Sajid a fait un essai avec les réservistes d’une équipe de première division belge. Où en est-il aujourd’hui ? Nul ne le sait vraiment. “Aux dernières nouvelles, il serait en Italie”, annonce-t-on du côté des organisateurs. L’année suivante, c’est Driss Fettouhi qui a repris le flambeau. Ce dernier, qui a fait ses classes dans les sections des jeunes du WAC, aurait signé au Havre, d’après les producteurs de l’émission. Mais curieusement, aucun Driss Fettouhi n’apparaît sur la liste des joueurs mis en ligne sur le site Web du club.

 
 
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