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Par Sanaa Elaji
Reportage. Le tribunal de la Moudawana
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Le représentativité féminine
au Parlement reste proche du
symbolique. à qui la faute ?
(AFP)
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Un nouveau Code de la famille, cest bien. Mais les instruments mis en place sont-ils en adéquation avec cette loi novatrice ? Réponse dans les travées du Tribunal de la famille de Casablanca, par une journée de grande affluence.
Nezha, jeune femme de 23 ans, est ce quon peut appeler une habituée des couloirs du Tribunal de la famille de Casablanca. Depuis un an, elle sy rend régulièrement dans lespoir de forcer la régularisation de sa situation administrative comme celle de sa fille. Car cette aînée dune fratrie de cinq enfants
ne lest quen théorie : pour lEtat marocain, |
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Nezha nexiste pas ! Mon père, déçu de voir ma mère accoucher dune fille, lui qui sattendait à avoir une descendance mâle, a tout simplement refusé de menregistrer à létat civil. Il na pas non plus enregistré deux de mes quatre frères, sans raison apparente. Telle une malédiction, la faute du père na cessé de poursuivre Nezha. Le jour où elle rencontre celui qui deviendra son époux, elle est dans lincapacité de produire un document prouvant son identité. Sa mère, soumise comme toutes les femmes marocaines dune certaine catégorie sociale, ne pouvait pas grand-chose pour ramener le père à la raison. Les requêtes répétées de la future belle-famille de Nezha neurent pas plus de succès. Quà cela ne tienne ! Les deux tourtereaux bravent les usages administratifs et se marient, selon la sunna dAllah et de son prophète, en présence de douze témoins et en scellant leur union par une simple lecture de la Fatiha. De ce mariage naît une fille, aujourdhui encore sans existence légale.
Nezha décide donc de porter plainte contre son père, pour que la justice, devant léchec des bonnes volontés, puisse lui reconnaître une existence légale. Ce qui fut fait : il y a un peu plus dun an, la justice a fini par établir le lien de paternité
22 ans après la naissance de Nezha. Il reste maintenant à cette dernière de régulariser son mariage, puis enregistrer sa fille sur le carnet détat civil de son époux. Le parcours du combattant nen est pas encore à son terme.
Imbroglios judiciaires
Nezha nest pas la seule à souffrir de problèmes de cette nature, et que le Code de la famille sest proposé de régler. Quelques minutes après louverture de la grande porte du Tribunal de la famille, des citoyens, venus de tous les horizons, sy engouffrent, espérant trouver là lantidote à leur souffrance : divorce, pension, demande de polygamie, garde des enfants
Autant de problèmes que de personnes, promptes à les partager avec vous, comme si vous pouviez y changer quelque chose. Khalid, adoul à Casablanca, est, pour une fois, passé de lautre côté de la barrière. Son épouse demande le divorce sous prétexte quil rentre tard le soir, sans prendre en considération la nature même de mon travail, raconte-t-il à qui veut bien lentendre.
Ilham a plus de mal à raconter son histoire, tellement elle est complexe. Après seize ans de mariage, son mari labandonne pour une autre compagne. Quelques mois plus tard, il revient chercher refuge chez elle, fuyant sa nouvelle conquête. Sauf que celle-ci était enceinte, ce qui compliquait on ne peut plus son remariage avec Ilham. Reste la solution de la polygamie, à condition que la seconde épouse (devenue entre-temps la première) veuille bien donner son consentement
Ce quelle refuse toujours de faire. Toujours est-il quIlham vit actuellement avec son ex-mari et ses deux enfants dans le halal, tient-elle à préciser, après un remariage selon les règles coutumières, avec douze témoins et lecture de la Fatiha. Voici donc limbroglio légal quaura à démêler le juge du Tribunal de la famille.
Les affaires devant cette cour durent longtemps, au point que les plaignants finissent par se lier damitié, à force de se rencontrer
Et pour occuper tout ce beau monde, deux ordinateurs sont mis à leur disposition pour consulter les derniers développements de leurs affaires respectives. Cette aubaine profite, bien entendu, aux avocats, nombreux dans la cour du Tribunal, moins aux citoyens, souvent analphabètes en matière de nouvelles technologies.
Un souk ? Non, un tribunal
En face de lentrée, six guichets réceptionnent les nouveaux dossiers et les documents, ou se contentent dorienter vers le service concerné. Chaque guichet est spécialisé dans un type daffaires : mariage, parenté, divorce... Devant chaque guichet sont affichés les documents quil faut fournir dans tel cas ou tel autre. Mais il semblerait que la cacophonie ambiante risque de perdurer. Quand certains ont mis à jour leur vocabulaire légal, conformément au nouveau Code de la famille, dautres parlent encore dacte de nikah, officiellement banni au profit de celui de mariage, comme dans les pays civilisés. Mais ce que le Code na pas changé, cest la séparation des genres : les femmes dun côté les hommes de lautre. Oui à légalité, mais pas partout
Lintérieur du tribunal ressemble plus à un souk quà une bâtisse administrative : ça devise fort entre avocats et clients, les portes des salles daudience sont béantes et le trafic piétonnier dense en tout sens
Quant à écouter les plaidoiries et les interventions des uns et des autres, il faut tendre loreille. Cela se passe presque dans lintimité, entre concernés, malgré le brouhaha qui règne dans la salle. La présidente intervient de temps à autre pour ramener le silence
qui ne dure jamais longtemps pour saisir des bribes de vies. Des haut-parleurs ? Une paire trône bien au-dessus de la cour
pour le décor.
Manifestement, le Tribunal est dépassé par le nombre daffaires qui lui sont soumises. Souvent, la présidente se contente dannoncer la référence du dossier et enchaîne tout de suite avec la date de report, souvent plusieurs mois après laudience. Au grand dam des plaignants : Pour un acte de naissance, on me renvoie pour plusieurs mois, se plaint lun dentre eux. Cest devenu évident, la multiplication des affaires de famille nécessite une intervention plus quurgente du ministère de la Justice. Une tournée dans les couloirs du tribunal suffirait pour sen convaincre. |
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Municipales. 2009, cest encore loin
Hormis lIstiqlal, qui a clairement annoncé son intention de réserver un quota de 10% aux femmes dans les municipales de 2009, aucun autre parti ne sest risqué à fournir un engagement chiffré pour ce rendez-vous électoral. Réhabilitation des femmes, renforcement de lencadrement
la stratégie future des partis a définitivement sombré dans la langue de bois, du moment que 2009, cest encore loin. Une façon de voir les choses qui a des travers : dans les élections municipales de 2003, les femmes nont représenté que 5% du total des candidatures. Et au final, le pourcentage délues na pas atteint 1% ! Ce nest pas un hasard si Asmae Chaâbi est le seul maire de sexe féminin au Maroc.
Bref, les partis nont pas de véritable stratégie pour améliorer la représentativité des femmes sur la scène politique locale, au grand dam des associations féminines qui attendent beaucoup du rendez-vous électoral de 2009.
Selon les chiffres de l'Union interparlementaire, le Maroc est relégué à la 94ème place du classement mondial quant au nombre de sièges actuellement occupés par des femmes au Parlement. Certes, 10,8% des sièges à la Chambre des représentants sont occupés par des femmes, mais seul 1.1% de ceux de la Chambre des conseillers
contre 34,6% pour le Rwanda et 22,5% pour l'Afghanistan. Il ny a pas de quoi être fier ! |
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