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Par Abdeslam Kadiri,
(avec agences)
États-Unis. La torture, sous conditions
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Le nouveau décret nest pas
destiné à changer le quotidien
des détenus de Guantanamo.
(AFP)
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Le décret signé par G. W. Bush interdisant la torture dans les prisons américaines fait couler beaucoup dencre. Il interdit à la CIA certaines méthodes dinterrogatoire, mais lui en autorise dautres
Tout le monde se souvient de laffaire des prisons secrètes de la CIA et de la délocalisation de la torture. Personne na oublié les traitements humiliants infligés aux prisonniers dAbou Ghraïb et de Guantanamo Bay. Face à ces images insoutenables, la Maison Blanche a pourtant toujours nié pratiquer la torture sur des prisonniers. Devant le tollé |
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international, après des mois dintenses batailles juridiques, Bush a décidé dagir. Le 20 juillet, il a signé un décret interdisant à la CIA de torturer des détenus. Bonne initiative ? Certainement, sauf que le texte est plus que critiquable. Officiellement, il interdit la torture. Officieusement, il la tolère, voire la légalise. Décryptage.
Bonne et mauvaise torture
Le premier volet du texte stipule que lagence de renseignement doit respecter larticle 3 de la Convention de Genève. Celui-ci interdit les traitements et punitions cruels, inhumains ou dégradants et les actes de violence suffisamment graves pour être considérés comparables au meurtre, à la torture, à la mutilation. Le décret interdit aussi les actes destinés à dénigrer la religion, les pratiques religieuses ou les objets religieux des détenus et prohibe les actes conscients et scandaleux de mauvais traitements personnels destinés à humilier ou à avilir lindividu. Le texte garantit aussi aux prisonniers nourriture, abri, habillement et soins médicaux. Est-ce à dire que ces règles nont pas été appliquées auparavant par la CIA ? La question a été éludée par Tony Snow, porte-parole de la Maison Blanche, qui sest contenté dassurer quelles le seront désormais. Il a expliqué que le président, en fixant des standards juridiques clairs, voulait permettre aux agents de la CIA de faire leur travail sans que leurs tâches essentielles - obtenir des infos sur des projets dattentats terroristes -, soient compromises. Larticle 3 sera bien sûr respecté
Ce décret nous donne la clarté que nous cherchions, a commenté Michael Hayden, le directeur de la CIA.
Exit donc les meurtres, tortures, traitements dégradants et autres humiliations sexuelles. Pour autant, il ny pas de quoi pavoiser : le texte comporte encore de trop nombreuses zones dombre. Car le président a affirmé son droit à interpréter le sens et lapplication des conventions de Genève. Il aurait pu ajouter comme il lentend. Tout un pan du décret de Bush reste secret et cest bien celui-là qui intéresse. La Maison Blanche sest refusée à dévoiler la partie classifiée du document, qui détaille les moyens autorisés pour faire parler un détenu. Autrement dit, la CIA continuera à torturer, mais sous conditions. Ainsi, la technique de la noyade simulée (waterboarding), la privation de sommeil et de nombreuses autres formes de torture ne figurent pas dans la partie du volet public et continueront dêtre pratiquées. Les techniques marchent. Ce nest pas de la torture, mais cest efficace. Cest une approche psychologique qui conduit la personne à se sentir en insécurité, a expliqué le directeur du renseignement américain, Mike McConnell. Cela a sauvé dinnombrables vies, parce que lorsque ceux qui sont interrogés croient que ces techniques dinterrogatoire impliquent de la torture (
) ils ont tendance à parler.
Armée vs services
Certaines ONG ont critiqué ce nouveau décret, le considérant comme contraire aux conventions de Genève. La clé de ce décret réside dans ce qui nest pas dit, a déclaré Jennifer Daskal, conseillère sur le contre-terrorisme à Human Rights Watch (HRW). De plus, le décret autorise les détentions secrètes de la CIA qui sont hors-la-loi par essence, selon un communiqué de HRW. Daprès dautres critiques, le texte pèche par un flou certain. Il mentionne parfois Abou Ghraïb, mais jamais le programme de détention secret américain.
La nouvelle politique américaine sur le traitement des personnes suspectées de terrorisme est claire : larmée ne doit plus recourir à la torture pour extorquer des informations aux détenus. Quant à la CIA, elle peut continuer à le faire le plus légalement du monde, mais sous quelques conditions.
Il faut remonter au 6 septembre 2006 pour comprendre le sens de cette nouvelle approche sécuritaire. Critiqué pour laffaire des centres de détention secrets de la CIA, Bush avait dans un premier temps reconnu leur existence. Il avait ensuite annoncé le transfert de 14 suspects détenus clandestinement vers Guantanamo Bay. Ce fut ensuite larmée qui a promis, solennellement, de ne plus avoir recours à la torture.
Un article du Los Angeles Times expliquait cette semaine que larmée et la CIA se sont livré une guerre larvée. Les galonnés ont toujours été outrés par les pratiques de la torture. Ils voulaient avoir les mains propres. Alors ils ont refilé la patate chaude aux services de renseignement. Pendant les cinq ans qui ont suivi le 11-Septembre, les responsables du gouvernement ont toujours privilégié le recours aux méthodes dites dures, expliquant que cétait la meilleure façon dobtenir rapidement des informations fiables des suspects. Mais les hauts responsables de larmée, eux, étaient contre. Ils étaient persuadés que ces techniques étaient contre-productives, quelles produisaient inévitablement des excès. Culturellement et moralement, écrit Julian E. Barnes dans le Los Angeles Times, larmée répugne à employer des méthodes dinterrogatoire non orthodoxes. Après les scandales dAbou Ghraïb, larmée a fixé, en septembre 2006, des limites drastiques à ses éléments. Aujourdhui, larmée peut se targuer dêtre en conformité avec les traités internationaux et de ne plus torturer. La CIA, en revanche, se réserve le droit demployer des techniques plus brutales. Elle est couverte par les responsables gouvernementaux. Ce nouveau décret lui impose certes des restrictions, mais lui donne aussi le feu vert pour continuer à travailler dans le clair-obscur qui la caractérise. |
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Torture. Des techniques des années 50
Courrier International a consacré un dossier intéressant à la pratique de la torture par le pays de lOncle Sam. Les extraits dun article du Time révèlent ainsi quune grande partie des techniques dinterrogatoire utilisées par les Américains après le 11 septembre 2001, sur des prisonniers suspectés de terrorisme en Irak et en Afghanistan, sinspirent de méthodes dont les Etats-Unis redoutaient l'usage par lUnion soviétique contre ses propres militaires pendant la Guerre froide.
Daprès un rapport déclassifié du Pentagone, ces méthodes auraient été copiées dun programme conçu par larmée dans les années 50, pour préparer ses GIs au pire, au cas où ils seraient faits prisonniers par les Soviétiques ou les Chinois. Parmi les techniques enseignées : la privation de sommeil, lisolement, les humiliations sexuelles et lexposition à des températures extrêmes. Le plus troublant dans toute cette affaire, ajoute lhebdomadaire, cest que les techniques abusives utilisées dans la prison irakienne dAbou Ghraïb et ailleurs nétaient donc pas des faits isolés. Elles ont été pensées en amont et délibérément mises en place par le Pentagone. |
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