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Par Samir Achehbar
Pakistan. Musharraf saccroche
Face à la contestation de la société qui réclame le retour au pouvoir des civils et la radicalisation des militants jihadistes, jusque-là ménagés, le régime du président Musharraf est aux abois. Et si Washington venait à lâcher son allié ?
Depuis l'assaut contre des militants islamistes retranchés dans la Mosquée Rouge d'Islamabad le 10 juillet dernier, le Pakistan a subi une vague d'attentats inédite, qui a fait plus de deux cents morts. Ailleurs, dans les zones tribales frontalières avec l'Afghanistan, où les partis islamistes sont très populaires, les attaques menées contre les forces |
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de sécurité continuent. Le long des 2500 kilomètres de frontières entre les deux pays, la surveillance est insuffisante, faute de moyens. Les militants pro-talibans circulent aisément entre les deux pays, n'hésitant pas à prendre pour cible les soldats.
Ce climat d'instabilité est relayé par les journaux pakistanais qui évoquent des rumeurs d'intervention américaine tout en mettant en garde contre les conséquences désastreuses qu'elle pourrait avoir dans un pays où le sentiment anti-américain est fort. Il y a un risque que des bombardements américains n'attisent la colère des extrémistes islamistes. Surtout, ces frappes risquent d'affaiblir encore plus le président pakistanais, le général Pervez Musharraf, dont l'autorité est déjà mise à mal, depuis la mise à l'écart du président de la Cour suprême, Iftikhar Mohammed Chaudhry, en mars dernier, ce qui a provoqué une vague de manifestations violentes, menée par les avocats aux cris de Musharraf, va-t'en !
Arrivé au pouvoir à la suite d'un coup d'Etat en 1999, Musharraf n'a pas quitté ses pouvoirs militaires. Aujourd'hui, il refuse encore dabandonner ses fonctions de chef suprême de l'armée et prépare sa réélection avant la fin du mois d'octobre par le Parlement sortant, qui lui est acquis, au poste de président. Avant sa suspension, le juge Chaudhry avait laissé entendre que la Constitution ne permettait pas au président de se représenter avant les élections législatives tout en gardant le commandement de l'armée. La Cour suprême pakistanaise vient de rendre, vendredi 20 juillet, sa décision invalidant le limogeage de son président Chaudhry.
Pression américaine
C'est dans ce contexte qu'un rapport, censé rester confidentiel, vient révéler que les Etats-Unis voient d'un mauvais il le laxisme du gouvernement d'Islamabad à l'égard des extrémistes religieux, parfois proches des talibans. Des responsables des services de sécurité américains ont même préconisé une intervention directe de leur armée pour prêter main forte au gouvernement pakistanais. L'idée a été rejetée par le porte-parole de la diplomatie pakistanaise, de manière catégorique : Toute intervention à l'intérieur de nos frontières sous prétexte de chasse contre Al Qaïda n'est pas acceptable.
Pervez Musharraf sait qu'il joue gros, car les Etats-Unis, dont il est proche, pourraient précipiter sa chute, en le lâchant. En attendant, il révise ses classiques, tout en agitant le spectre de l'état d'exception. Dans une apparition télévisée récente, il a déclaré : Nous sommes en conflit ouvert avec les forces extrémistes. C'est les modérés contre les extrémistes. En fait, depuis son arrivée au pouvoir, le général n'a cessé de composer avec les islamistes. C'est notamment ce qui lui a permis de tenir à l'écart deux de ses rivaux : les anciens premiers ministres Nawaz Sharif et Benazir Bhutto.
Cette dernière, qui traîne toujours des affaires de corruption, négocierait un retour au pays en échange de l'arrêt des poursuites engagées contre elle. Elle pourrait soutenir la candidature de Musharraf, à condition que celui-ci abandonne le commandement de l'armée. L'arrangement permettrait de redistribuer le pouvoir aux élites traditionnelles tout en accédant, en apparence, aux demandes de libéralisation du régime. Pour de nombreux observateurs, le général Pervez Musharraf reste incontournable et seule une alliance entre civils et militaires pourrait éviter au pays de sombrer dans l'état d'exception. Pour combien de temps encore ? |
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