ZB, vu la difficulté du projet, propose aux responsables une autre solution : attendre.
Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque
Il est tôt, il fait chaud, Zakaria Boualem se réveille péniblement au son de la radio. Il est tout poisseux et il naime pas ça. La chaleur le dérange, tout comme le froid dailleurs. Il est étonnant de constater que nos architectes, dont le génie ne fait pourtant aucun doute, ont conçu pour nous des appartements aussi inconfortables en été quen hiver. Mais là nest pas la question, loin sen faut.
La radio vient dexpliquer à Zakaria Boualem, sur un ton plutôt triomphant, que la ville de Casablanca travaillait darrache-pied pour mettre en uvre un système complexe de transports en commun, basé sur des RER, des métros et des tramways. Cest une excellente nouvelle, malheureusement ternie par la date annoncée pour la réalisation de lensemble du projet : 2030. Oui, vous avez bien lu, deux mille trente, c'est-à-dire dans vingt-deux ans et demi, pour construire 160 kilomètres. Cela impose de construire environ sept kilomètres par an, soit vingt mètres par jour. Une cadence denfer. Sans être un spécialiste, Zakaria Boualem se pose la question : est-ce bien raisonnable dannoncer une date aussi optimiste ? Ne risque-t-on pas de créer de faux espoirs, de nourrir une impatience qui risque dêtre déçue ?
Parce quévidemment, avant de percer le moindre tunnel, il va falloir exproprier des gens, les reloger à Salmia 2, ils ne vont pas vouloir |
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partir, les bougres, on se demande pourquoi, ou alors ils vont faire semblant de partir tout en sous-louant à dautres familles quil va falloir expulser aussi. On va se rendre compte quon est incapables de savoir à qui appartient quoi, on va réveiller des guerres dhéritage, voire des conflits tribaux. On va encore nous expliquer que les voiries sont pourries, que Casablanca est construite sur de leau ou sur du sable. À chaque fois quon va essayer de régler un problème, on va en découvrir douze autres. Cest comme ça que ça se passe chez nous. Sans compter le risque non négligeable de voir Casablanca grandir là où on ne lattend pas
Ils sont comme ça les Casablancais, ils sinstallent là où on ne les attend pas, au lieu dattendre tranquillement quon leur prépare les infrastructures avant demménager. Après, bien évidemment, il est trop tard pour rattraper le coup, car ils se retrouvent privés décoles, despaces verts, de centres culturels
Mais cest de leur faute, ils navaient quà attendre. Et noublions pas quil est possible de voir de nouvelles formes dénergie émerger dici 2030. Du coup, on risque de se retrouver ridicules avec un métro ou un tramway au moment où New York aura inventé le transport par fichier attaché ou un truc comme ça quon ne peut même pas encore imaginer, sinon on laurait fait
Zakaria Boualem, vu la masse de questions encore en suspens, vu la difficulté du projet, estime de son devoir de proposer aux responsables une autre solution. Attendre. Attendre que tout le monde soit installé et sûr de ne plus bouger, attendre quon mette de lordre dans le cadastre et attendre une réforme de la justice pour régler les litiges sur les terrains. Attendre que la technologie se stabilise, parce quelle ne fait quévoluer tout le temps et cest très pénible. Donc attendre, et soudain, se mettre au boulot. Cest sûr, ça risque dêtre un peu long, mais au Maroc, on sait faire les choses correctement, en prenant le temps dêtre sûr de ne pas se tromper. La preuve : le stade Hassan II à Fès. Cela fait vingt ans au moins quil se construit. Les mauvaises langues vous diront que cest trop long, mais Zakaria Boualem sait que le jour où il va enfin ouvrir ses portes, pour un MAS-IZK danthologie, il va être magnifique ce stade. Le seul problème, cest que Zakaria Boualem risque de ne plus être de ce monde pour assister à cette inauguration, et vous non plus dailleurs. Et quelque chose me dit que ce sera aussi le cas pour ce fameux métro. |