Lalla Salma
Son apparition publique a été une première révolution. Son activité sociale et protocolaire en est une deuxième. Incontestablement, Lalla Salma est pour beaucoup dans le changement de la perception qu'ont les Marocains du Palais, devenu grâce à elle plus humain. Après s'être engagée dans le domaine social, la voilà qui commence à avancer dans le champ diplomatique, mais à pas feutrés, histoire de ne pas bousculer les traditions makzéniennes. Ainsi, en pleine discussion du plan d'autonomie du Sahara, c'est Lalla Salma qui a ouvert la semaine de l'Algérie au Maroc. Et dans les réceptions officielles, elle est presque toujours aux côtés de son mari. Faut-il voir sa touche dans l'interview et la séance photo accordée à des magazines marocains par la famille royale, pour la première fois, à l'occasion de la naissance de son second enfant ? Sans doute
Assia El Ouadie
Infatigable et incontournable. Quasi sexagénaire, la magistrate casablancaise, militante de la première heure, née dans une famille d'opposants politiques, poursuit ses combats, discrète mais omniprésente. Droits des femmes, de l'homme et des jeunes en bandoulière, Assia El Ouadie a, tour à tour, été membre fondatrice et cheville ouvrière de l'OMDH, de l'Observatoire marocain des prisons, de la Fondation Mohammed VI pour la réinsertion des détenus et de l'Association des amis des centres de réforme. La voix cassée à force de la faire entendre, on doit également à Mamma Assia, telle que l'appellent les mineurs détenus en l'embrassant sur le front lors de ses visites presque quotidiennes, d'avoir désamorcé la grève de la faim des détenus islamistes à Outita (prison de Sidi Kacem) en 2005 et, un an avant, d'avoir pesé pour la grâce des détenus d'opinion (Chriî, Lmrabet
).
Abdellah Taïa
Sa voix douce trahit sa fragilité et cache ce qui fait sa force : son obstination
à être lui-même, en permanence. Abdellah Taïa est homosexuel. Il écrit pour se raconter et, quelque part, pour porter la voix d'un certain Maroc, différent, singulier et - surtout - silencieux. En opérant son coming out, le jeune écrivain s'est affranchi des pressions familiales, sociales, culturelles, religieuses, etc. Il a donné libre cours à un talent fou qui fait de lui, probablement, le meilleur écrivain marocain de la jeune génération. Un auteur complet, donc, qui n'hésite pas à monter au créneau et à s'exprimer sur des sujets chauds, sur un ton éminemment personnel (Je suis un kamikaze écrira-t-il en commentant les attentats terroristes de mars-avril 2007). Un grand bonhomme.
Nabil Benabdellah
Libéralisation de l'audiovisuel, contrat-programme pour la presse écrite, révision du Code de la presse
Si les réformes majeures amorcées ou simplement accompagnées par l'actuel ministre de la Communication n'ont pas toutes abouti, et si certaines restent plus que contestables (notamment celle du Code de la presse), elles ont eu au moins le mérite de lancer une réelle dynamique dans un champ médiatique marocain trop longtemps figé, formalisant au passage une forme inédite de dialogue entre la presse et le Pouvoir. On se rappellera surtout de Nabil Benabdellah comme le premier à avoir donné une vraie substance au ministère de la Communication, auparavant cantonné dans des prérogatives purement symboliques.
Chakib Benmoussa
La majeure partie de la carrière de ce polytechnicien s'est faite au ministère des Travaux publics, où il a activement participé au lancement du programme autoroutier. Chakib Benmoussa a aussi occupé nombre de hauts postes dans le public et le privé, mais c'est certainement depuis qu'il a été nommé ministre de l'Intérieur, en février 2006, qu'il a marqué le pays. Ses deux hauts faits d'armes : le fichage général et sans violence des membres d'Al Adl Wal Ihsane, ce qui les a neutralisés sans leur donner le bénéfice du martyre, la campagne de procès contre les députés corrupteurs de la Deuxième chambre du Parlement, qui va sans doute en faire réfléchir beaucoup avant les prochaines élections. Dans l'hypothèse où Mohammed VI ne nommerait pas un premier ministre partisan en octobre, le nom de Benmoussa commence à circuler.
Anis Birou
Il est à la tête d'un département vital pour l'avenir du pays, qu'il dirige avec autant d'énergie que de discrétion. Après quatre ans au poste de secrétaire d'Etat à l'Alphabétisation, Anis Birou, peut se flatter d'avoir ramené le taux national de 43% à 38%. Une performance obtenue avec une stratégie novatrice, basée sur la flexibilité des cours d'alphabétisation, auxquels chaque bénéficiaire peut aller quand il veut. Non seulement le pilotage des opérations d'alphabétisation se fait au niveau régional, mais il associe également des ONG et le ministère des Habous. Récemment, Birou a publié une étude aux résultats surprenants. Quand j'ai annoncé que 76% des électeurs en 2002 étaient analphabètes, tous mes collègues ministres ont sursauté, témoigne cet ingénieur statisticien. Qu'ont-ils dit à propos des 130 000 fonctionnaires analphabètes ?
Mohamed Boussaïd
Lui, c'est monsieur DVD, qui est enfin arrivé à dégraisser le mammouth. Le programme de départs volontaires lancé par Mohamed Boussaïd, ministre de la Modernisation des secteurs publics, a permis à l'administration de se délester de 7,6% de ses fonctionnaires, avec, à la clé, une économie de 4,8 milliards de DH sur la masse salariale publique, soit environ 1% du PIB. Au passage, l'opération a permis de resserrer l'étau sur les fameux fonctionnaires fantômes. À 46 ans, Boussaïd a également hâté l'introduction de l'horaire continu, un projet qui moisissait dans les tiroirs de plusieurs ministres avant que ce "pontiste", membre du bureau exécutif du RNI, que l'on dit proche de Meziane Belfqih, ne décide de l'appliquer. Comme prévu, le projet a créé un effet boule de neige : une grande partie du privé s'est même trouvée dans l'obligation de s'y conformer.
Adil Douiri
Il est encore jeune (pour un ministre), il est compétent et il n'en finit pas de surprendre. Peu misaient, au début, sur la stratégie 2010 pour le tourisme qu'il a mise en place. Aujourd'hui que les résultats commencent à être tangibles (6 millions de touristes en 2006 et lancement effectif des stations balnéaires entrant dans le cadre du Plan Azur), Douiri s'attaque à un dossier économique des plus sensibles : l'artisanat, désormais doté d'une stratégie jusqu'à 2015 et d'un budget de 240 millions de DH. Véritable porte-parole du Parti de l'Istiqlal sur les questions économiques, lauréat de l'Ecole des Ponts et Chaussées de Paris, il porte les espoirs de son parti et a sans aucun doute encore de beaux jours devant lui en tant que haut commis de l'Etat. Confirmation au prochain gouvernement ?
Taïb Fassi-Fihri
Il est, sans conteste, le vrai patron des Affaires étrangères. Et il est sur tous les fronts : négociations avec l'Union Européenne, accord de libre-échange avec les Etats-Unis
Depuis quelques temps, surtout, il est l'une des chevilles ouvrières du plan d'autonomie du Sahara. Membre influent de la dream team chargée du dossier, Fassi-Fihri parle, s'engage et ferraille au nom du roi. Réservé de nature, il fuit autant que possible les feux des projecteurs et affectionne plutôt les rencontres informelles et les briefings officieux, qui se tiennent souvent chez lui à Rabat. Ses relations avec Mohamed Benaïssa, ministre officiel des Affaires étrangères, sont purement protocolaires. Quand Fassi Fihri planche sur un dossier décisif pour l'avenir du pays, Benaissa est toujours en train de faire de la figuration dans un sommet arabe ou africain, quelque part dans le monde, affirme ce cadre aux AE. Sera-t-il nommé ministre de plain-pied au prochain gouvernement ?
Abdelaziz Meziane Belfqih
Sa discrétion en tant que conseiller du roi n'a d'égal que l'étendue et la pertinence de ses actions sur le terrain. Il est l'homme de tous les grands chantiers d'infrastructure. Ingénieur des Ponts et chaussées, longtemps ministre de l'Equipement, Abdelaziz Meziane Belfqih est aussi le recruteur en chef de bon nombre de jeunes technos, dont certains sont aujourd'hui ministres (Adil Douiri, Karim Ghellab
). C'est aussi sous sa direction que le rapport du cinquantenaire a été élaboré. Sans oublier les grands investisseurs du Golfe qu'il a uvré personnellement à convaincre de l'opportunité de miser sur le Maroc (Dubaï Holding pour l'aménagement du Bouregreg, Jebel Ali pour Tanger Free Zone). On lui doit également la Charte de l'enseignement et, plus récemment, la stratégie de formation de 10 000 ingénieurs par an.
Karim Ghellab
En décrochant le portefeuille de l'Equipement et des Transports en novembre 2002, Karim Ghellab entrait de plain-pied dans le club très sélect des premiers de la classe. Dès ses premiers mois d'activité, le jeune ministre étonne par son dynamisme. Sous son mandat, le Maroc a, par exemple, construit 160 km d'autoroutes par an, contre 40 avant lui. Ghellab est également derrière des projets comme la libéralisation du ciel, la réforme portuaire, ou le port obligatoire de la ceinture de sécurité. En 2006, il peaufine le projet de son mandat : un Code de la route révolutionnaire qui dérange fortement l'ordre établi, c'est-à-dire les syndicats de routiers. Ghellab ne se laisse pas faire et défend son projet bec et ongles, et pratiquement en solitaire, mais il finit par y laisser des plumes
sans que le nouveau Code ne soit voté au Parlement. Peu importe, l'intérêt général passe avant ma popularité, se plaît-il à répéter. Seule question : son Code lui survivra-t-il ?
Mohamed Hassad
Des artères réaménagées, des espaces verts de plus en plus nombreux, des constructions illégales rasées, une corniche relookée
Tanger est devenue méconnaissable depuis la nomination de Mohamed Hassad au poste de wali. Surnommé le bétonneur depuis qu'il a réussi à transformer Marrakech, il est à Tanger sur tous les fronts : investissements, tourisme, promotion de la candidature à l'Expo internationale
Et quand il le faut, le wali va jusqu'à payer de sa personne : quand le ministère de l'Aménagement du territoire a annoncé en 2006 que les plages tangéroises étaient inaptes à la baignade, Hassad n'a pas hésité à piquer une tête sous l'il des caméras, histoire de rassurer les estivants. C'est un fonceur qui fait ce qu'il faut pour atteindre ses objectifs, commente un des proches.
Taoufiq Hjira
Connu pour être un travailleur infatigable à l'humeur égale, Taoufiq Hjira n'a pourtant pas la tâche facile. Mais le jeune Istiqlalien, archétype du technocrate, a incontestablement réussi son passage au ministère de l'Habitat. D'abord en donnant un sérieux coup de fouet au rythme de construction de logements sociaux, atteignant pour la première fois le chiffre de 100 000 logements par an. Ensuite en menant au pas de charge le programme Villes sans bidonvilles, avec des succès probants. Idem pour les ERAC, établissements publics moribonds, dont le ministre a conduit l'épineuse restructuration avant de les regrouper au sein du groupe Al Omrane, aujourd'hui premier promoteur immobilier public. Seul bémol : Hjira n'a pas réussi à endiguer la hausse vertigineuse des prix des terrains. Mais on parle quand même de lui pour le prochain gouvernement
Yassine Mansouri
Plus discret que lui, tu meurs. Jamais d'interviews, aussi peu de photos que possible... Ceux qui l'ont rencontré en sont tous ressortis avec l'impression qu'il n'a rien dit de précis tout en
faisant parler ses interlocuteurs un maximum ! Yassine Mansouri est tout à fait dans son rôle de patron de la DGED, le service d'espionnage marocain. Intelligence économique, participation active à la lutte contre le terrorisme et, plus surprenant, une implication sans limites dans le dossier Sahara (il a défendu le plan d'autonomie depuis le début). Ancien camarade de classe du roi et incarnant l'aile modérée de son entourage, on dit qu'il multiplie les rencontres secrètes avec l'ennemi, histoire de mieux préparer les prochains rounds de négociations à Manhasset, auxquel il participe.
Salaheddine Mezouar
Ceux qui l'ont côtoyé au cours de ses missions d'affaires disent tous qu'il est infatigable, et le premier ministre Driss Jettou, qu'il lui a tapé dans l'il. Enchaînant réunion sur réunion, le ministre du Commerce et de l'Industrie s'agite dans tous les sens pour promouvoir l'économie marocaine, ou pour dénicher des formules gagnantes à dupliquer. Le plan Emergence, qu'il a commandé à un cabinet de conseil international, constitue une feuille de route assez fiable pour le développement des secteurs les plus prometteurs au Maroc. La formule fonctionne dans certaines activités comme l'offshoring, qui a le vent en poupe ces derniers mois. D'autres initiatives comme le plan Rawaj, pour le développement du commerce intérieur, sont aussi à mettre à son actif.
Hassan Aourid
Dans la fournée des anciens camarades de classe de Mohammed VI, Hassan Aourid est un cas atypique. Ce docteur en sciences politiques, intellectuel reconnu et militant engagé de la culture amazighe, qui fut le premier à être nommé au poste, inédit dans l'histoire du Maroc, de porte-parole officiel du Palais a, depuis, connu une carrière en demi-teinte. Mais avec sa nomination au poste de wali de Meknès, l'homme semble avoir trouvé un challenge à sa mesure : développer l'une des régions les plus pauvres du pays
et faire contrepoids à l'unique mairie islamiste du pays. Entre autres réalisations et chantiers ambitieux, on retiendra surtout ses efforts pour le lancement de deux événements majeurs : le Salon de l'agriculture à Meknès et le Festival des musiques du désert à Errachidia, sa ville natale.
Abdelkrim Benatik
Bien qu'il traîne un bilan en demi-teinte, du temps où il était secrétaire d'Etat dans le gouvernement Youssoufi, Abdelkrim Benatik a le mérite d'avoir secoué le cocotier du paysage politique à l'approche des élections législatives. À la tête du Parti travailliste, qu'il a créé après avoir claqué la porte de l'USFP, Benatik a confirmé son premier talent : communiquer et faire parler de lui. Après avoir rassemblé des milliers de jeunes dans un meeting géant, l'homme a récidivé en rameutant, cette fois-ci, autant de femmes. Objectif non avoué : narguer des formations politiques plus importantes, mais encore peu rompues à l'art de se vendre. Rien que pour cela, il mérite d'être applaudi. Même si souvent, l'on a l'impression que le Parti travailliste n'existe que par (et pour) lui.
Mustapha Khalfi
Défenseur d'un islam libéral, Mustapha Khalfi est une des figures islamistes les plus appréciée par les laïcs. Après un séjour d'un an aux Etats-Unis (il avait bénéficié d'une bourse pour étudier l'avenir des mouvements islamistes dans le monde), ce jeune homme de 34 ans, bardé de diplômes (notamment en sciences politiques), est l'auteur du volet politiques publiques du programme de son parti, le PJD, pour les besoins duquel il a coordonné le travail de nombreux experts. Ancien rédacteur en chef d'Attajdid (avant que ça ne dérape), Khalfi est également conseiller éditorial d'Array, le nouvel hebdomadaire du parti. Le PJD compte sur lui pour aider à lisser son image aux yeux d'une élite toujours méfiante à l'égard des islamistes, même s'ils se déclarent soft.
Mohamed Sassi
Ne nous y trompons pas : le grand leader de gauche, celui qui a les mots et les attitudes de gauche, c'est bien lui. Grand producteur d'idées, orateur inspiré, très écouté, Mohamed Sassi n'a pourtant jamais été ministre, ni même chef de parti. Il lui manque peut-être une qualité, pourtant répandue dans la classe politique : le sens du consensus. Sa force vient, paradoxalement, de ce handicap. Sassi peut dire non, mais sans jamais verser dans le négativisme, un non objectif, serein, et dans tous les cas percutant. Non à une monarchie absolue, non au baisemain royal, non
au refus de dialoguer avec ceux d'en face, les hommes du Pouvoir. Ancien de la Chabiba ittihadie, Sassi est le numéro un bis du meilleur représentant de la gauche marocaine : le PSU. Avec de la chance, il devrait se retrouver au Parlement dès la rentrée 2007. Pour commencer ?
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Les nouveaux acteurs publics
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Ahmed Abbadi
À la tête de la Rabita mohammadia des oulémas, Ahmed Abbadi mène une révolution tranquille dans le milieu religieux. Son objectif : former des experts religieux modernes, de leur époque. Depuis quelques mois, ce docteur de la Sorbonne, à qui l'on doit la sortie de la première promotion de morchidate (une première dans le monde musulman), s'attaque aux interprétations religieuses figées des oulémas. Abbadi a ainsi troqué les antédiluviens livres du Fiqh contre des manuels de sciences sociales, d'environnement et de droit international. Parfait anglophone, apprécié dans les cercles intellectuels américains, il n'hésite pas à sensibiliser les oulémas sur la sexualité et les MST, quitte à choquer. Sa grande ambition : organiser un séminaire sur la relecture du Coran. Courage !
Anas Alami
Rien ne prédestinait ce fils de postier à être propulsé, en février 2006, directeur général de
la Poste ! Cofondateur de la banque d'affaires Upline Securities, Anas Alami était auréolé de la réputation de meilleur analyste financier de la Bourse de Casablanca, dont il fut également le président du conseil de surveillance. Son talent et son expertise, il les met aujourd'hui au service d'un établissement public qui devra se positionner en tant que banque. Pour cela, le postier en chef décide d'aller au-delà de la simple activité de collecte de dépôts, pour s'attaquer aussi à la distribution de crédits. La consolidation de l'activité courrier, qui a toujours, selon lui, un grand potentiel de croissance, est l'autre axe de sa stratégie, censée donner un nouveau visage à Poste Maroc.
Salim Cheikh
Au bout d'un an à la tête du vénérable Service autonome de publicité (SAP, régie de la SNRT), ce jeune leader de 33 ans a réussi là où tout le monde s'était cassé les dents avant lui : refonte du système d'information et de l'organigramme, mais aussi croissance du chiffre d'affaires de 30% (pour atteindre 200 millions de dirhams). La filialisation qui donnera naissance à Maroc Publicité Médias (nouvelle dénomination du SAP) est attendue dans les prochains mois. Un pas de plus pour redorer l'image de la structure par laquelle transitent toutes les recettes de l'audiovisuel public, hormis le gros morceau 2M. Cheville ouvrière des projets OJD (contrôle de la diffusion de la presse) et MarocMétrie (contrôle d'audimat), Cheikh, qui avait quitté un poste plus que confortable à Paris, est en voie de réussir son challenge : transformer un poussiéreux office public en entreprise moderne et performante.
Saïd El Hadi
Inauguré tout récemment, le port Tanger Méditerranée est tout simplement le projet d'infrastructure le plus ambitieux jamais réalisé au Maroc. L'enjeu : 20 milliards de dirhams d'investissement et un fort positionnement du pays sur la carte maritime internationale. Saïd El Hadi, président du directoire de l'Agence spéciale Tanger Méditerranée, est la cheville ouvrière de cet énorme chantier. Ce diplômé de Ponts et Chaussées, qui a longtemps roulé sa bosse dans le secteur privé, a rassemblé autour de lui une dream team qui a démontré son efficacité en livrant le projet dans les délais impartis. Au Maroc, c'est suffisamment rare pour être applaudi. Et le meilleur reste à venir : Tanger Med vient déjà d'entamer un projet d'extension, ce qui va pratiquement lui permettre de tripler sa capacité.
Rabie Khlie
Ingénieur d'Etat de l'Ecole mohammadia, Rabie Khlie est un pur produit de l'Office national des chemins de fer (ONCF). Une entreprise où il a fait ses armes en tant que directeur de l'exploitation et bras droit de l'ancien DG, Karim Ghellab, avant d'en prendre les rênes. Depuis, et ayant retrouvé sa bonne santé financière (2,4 milliards de DH de chiffre d'affaires en 2006), l'Office a fait du chemin. Les projets se multiplient, boostés par une démarche de contrat-programme avec l'Etat qui a montré son efficacité. A l'extension du réseau ferroviaire s'ajoutent la modernisation et la création de nouvelles gares, ainsi que l'acquisition d'une nouvelle génération de matériel roulant, dont 24 rames automotrices à double étage. Ne jurant que par le MBO (management par objectifs), Rabie Khlie est aussi un homme de grands projets. Le plus ambitieux : le TGV, dont les études sont désormais finalisées.
Younès Maâmar
Peu disert ingénieur en automatisme et robotique, on aurait pu le croire renfermé et mal à l'aise dans les contacts humains. On se serait trompé. Sitôt nommé directeur général de l'Office national de l'électricité (ONE), il prend son bâton de pèlerin pour aller à la rencontre des hommes et femmes de l'Office aux quatre coins du pays. Riche d'une expérience professionnelle dans le domaine de l'énergie au sein de la Banque mondiale, c'est sur lui que repose aujourd'hui la conduite d'une nouvelle stratégie énergétique pour le pays. Une stratégie davantage en adéquation avec le contexte actuel, marqué par le renchérissement des prix des combustibles et la croissance de la demande. Et Maâmar prend son rôle au sérieux : il a été le premier à tirer la sonnette d'alarme sur le risque imminent de pénurie
et à mettre l'option nucléaire sur la table.
Khalid Zerouali
Nommé en 2005 gouverneur-directeur de la Migration et de la surveillance des frontières au ministère de l'Intérieur, Khalid Zerouali, diplômé de l'Ecole mohammadia des ingénieurs, s'est notamment distingué par son franc-parler lors de la crise des clandestins subsahariens de l'automne 2005. Sur ce dossier épineux, cet expert des migrations, dont les supérieurs louent l'éloquence, n'a pas hésité à aller au devant de la presse internationale pour expliquer la complexité du phénomène et la position délicate des autorités marocaines. Résultat, les reportages télé occidentaux se sont moins focalisés sur les brutalités de nos garde-frontières que sur le moyen d'aider le Maroc à affronter la vague de migrants illégaux. On doit aussi à Zerouali des succès notables dans la réduction des surfaces cultivées de cannabis, qui fait partie de ses missions.
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Les lobbyistes et médiateurs
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Noureddine Ayouch
Il a toujours été un pionnier malgré lui. C'est ainsi que l'un de ses proches résume le parcours pour le moins atypique de Noureddine Ayouch. Fondateur en 1983 du magazine Kalima, en avance sur son temps, l'un des premiers à se lancer dans la publicité avec l'agence Shem's, Ayouch est aussi celui qui a introduit le micro-crédit au Maroc, avec la fondation Zakoura, également active dans la lutte contre l'analphabétisme, la santé et la formation professionnelle. Mais c'est dans la politique qu'il s'est illustré cette année. L'Association 2007 Daba et l'action de marketing politique pour la mobilisation des électeurs pour les prochaines législatives, c'est lui. Véritable chef d'orchestre de toutes les initiatives entrant dans ce cadre, c'est à lui que les partis politiques doivent l'engagement des agences de communication dans l'élaboration de leurs campagnes respectives.
Kamal Lahbib
D'une ouverture d'esprit remarquable, cet ancien prisonnier politique unanimement respecté a su admirablement se reconvertir dans l'action associative. C'est dans le sillage du premier Forum social mondial de Porto Alegre, en 2001, que Kamal Lahbib a lancé, avec l'aide d'une poignée d'amis, le premier Forum social maghrébin (FSM) qui stigmatise l'aggravation des fractures sociales, la détérioration des conditions de vie de la classe ouvrière, le chômage grandissant des jeunes
Mais le FSM n'est que la dernière facette de ses foisonnantes activités, puisque Kamal est sur quasiment tous les fronts, de la sensibilisation citoyenne pour 2007 Daba au lobbying discret (et porteur) auprès des autorités pour la défense des libertés publiques.
Ilyass Omari
Il s'occupe de tout, et plutôt bien. Mais qui est-il, que fait-il, qui sert-il exactement ?, s'interrogent en permanence ses détracteurs. Bonne(s) question(s). Réponse : c'est un trait entre les hommes de gauche et ceux du Pouvoir. Proche d'un Fouad Ali El Himma (et même, dit-on, du roi), Ilyass a longtemps été le confident d'un Driss Benzekri, au point qu'il a recueilli ses mémoires et testaments. Il a multiplié les médiations à tous les niveaux, toujours dans l'ombre. Très impliqué dans l'INDH, proche des milieux des droits de l'homme, à l'écoute de la problématique des MRE, source (très) généreuse pour une bonne partie de la presse marocaine, il a aussi monté une association au Rif, sa région natale, pour défendre la mémoire des victimes des armes chimiques. La dynamo (cachée) du nouveau règne, en quelque sorte.
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Les militants et combattants
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Azzeddine Akesbi
Transparency Maroc, c'est lui, se plaît à dire un de ses amis et fervents supporters au sein de l'association. Lui, se contente de se définir comme un simple acteur parmi d'autres au sein de l'association anti-corruption. Mais ce combat, Azzeddine Akesbi en fait sa cause, sa raison d'être. Si cette année, tous les textes sur la déclaration de patrimoine ont été adoptés, la création de l'instance anti-corruption amorcée et les conventions internationales en la matière adoptées, c'est en grande partie grâce à son engagement et à la pression exercée par Transparency Maroc. Une action qui en fait désormais un interlocuteur incontournable - bien que, souvent, il ne soit pas le bienvenu
Abdelhamid Amine
C'est un excessif, mais un nécessaire poil à gratter du régime. Président sortant de l'AMDH, Abdelhamid Amine revient par la fenêtre en tant que vice-président, omniprésent et incontournable, maîtrisant l'art de se faire toujours autant matraquer lors des sit-in et autres manifestations. En priorité, même. Car bien qu'il s'en défende, l'AMDH est devenue sous sa houlette l'association la plus politique du Maroc. Un réseau de refuzniks, à la fois bureau des plaintes, agence de presse officieuse avec correspondants locaux, et troupes de manifestants où se retrouvent les membres de l'extrême gauche marocaine. Se situer au bout de l'échiquier politique marocain a déjà valu à Amine 14 ans de prison, sous Hassan II, pour appartenance à l'organisation marxiste Ilal Amam. Aujourd'hui, ses convictions ne semblent quasiment pas avoir varié : Amine continue à demander des excuses publiques au nouveau roi, au nom de l'Etat coupable.
Le réseau Anaruz
Grâce au réseau Anaruz, une ONG qui regroupe 40 centres d'écoute implantés un peu partout au Maroc, il est désormais possible de dresser un portrait-robot de la femme victime de violence et de son agresseur (les trois quarts du temps, son propre mari !). Elle, c'est une femme au foyer plutôt jeune, mariée il y a à peine un an, ayant tout au plus un enfant et sans aucune instruction. Lui, c'est un homme entre 30 et 40 ans, marié et au niveau d'instruction tout aussi basique. En réalisant son enquête, le réseau ne s'attendait pas à ce résultat. En un an, de septembre 2005 à octobre 2006, ses centres de proximité ont reçu 3500 plaintes pour violence, soit une moyenne de 8 par jour. De plus en plus de femmes, aujourd'hui, savent qu'elles sont en droit de réclamer justice. Bravo !
Najat Anouar
Dans sa tête, le déclic s'est produit pendant l'été 2004. Choquée par la clémence d'un verdict prononcé contre un pédophile, responsable de la mort d'un jeune garçon de 3 ans, Najat Anouar, juriste et mère de famille, décide de réagir. Elle crée la première association marocaine dédiée à la lutte contre un phénomène jusque-là tabou. Forte de son réseau d'avocats et de bénévoles, Touche pas à mon enfant se porte partie civile dans la plupart des procès de pédophilie qui sont intentés au Maroc. Sa stratégie : mobiliser les médias et l'opinion publique pour faire bouger les autorités et la justice contre cette déviance criminelle, trop longtemps tue par convenance sociale. La jeune mais très dynamique association gagne très vite en crédibilité. Son influence grandit d'année en année, et son réseau de bénévoles s'étoffe chaque jour, ralliant de nouveaux chasseurs de pédophiles. Hélas, il y a du boulot !
Lhoussaïn Azergui
C'est la nouvelle coqueluche des défenseurs de la cause amazighe. Son premier roman a reçu de nombreux prix internationaux. Aghrum n Ihaqqaren (Le pain des corbeaux) représente une forme de résistance de la culture amazighe. Journaliste indépendant à ses heures (il a claqué la porte de la MAP), l'auteur s'intéresse notamment à la censure exercée sur les journalistes d'une manière générale et sur ceux qui revendiquent leur amazighité en particulier. Installé en France, il est à loriginede la mobilisation pour abroger la fameuse circulaire du ministère de l'Intérieur, qui défend l'inscription sur les listes de l'état civil marocain de prénoms à connotation amazighe.
Amina Bouayach
C'est avant tout la première femme à présider une organisation des droits de l'homme au Maroc. Mais c'est aussi celle qui a fait sortir l'Organisation marocaine des droits de l'homme d'une certaine torpeur. Avec Amina Bouayach à sa tête, l'OMDH communique davantage, et se montre surtout moins conciliante qu'auparavant
En 2006, des membres du défunt corps des GUS sont impliqués dans la mort d'un citoyen à Salé. Avec son équipe, Bouayach se rend sur place, enquête, établit un rapport accablant
et arrive à faire traduire les policiers en justice. À l'OMDH, nous avons toujours privilégié la recherche de solutions. La protestation n'est qu'un moyen de pression qu'il faut utiliser à bon escient, jamais une fin en soi, répète à l'envi Bouayach qui, il y a quelques mois, a gravi un autre échelon en se faisant élire vice-présidente de la Fédération internationale des droits de l'homme.
Saïd Essoulami
Depuis près d'un quart de siècle, ce diplômé en sciences politiques est de tous les combats en faveur des médias dans les pays arabes. Après une quinzaine d'années à Londres, où il a dirigé la branche Moyen-Orient et Afrique du Nord chez Article 19 (association internationale pour la liberté d'expression), il crée en 1998 le Center for Media Freedom in the Middle East and North Africa (CMF-MENA), un centre de recherche, de promotion et de plaidoyer pour la liberté des médias, dont le siège londonien est transféré à Casablanca en Octobre 2005. Depuis cette date, le CMF-MENA, financé par des organisations internationales, a produit un rapport très critique sur le projet de réforme du Code de la presse, des études très intéressantes sur l'accès des femmes aux postes de responsabilités dans les médias, le droit d'accès à l'information, la gouvernance de l'Internet et les médias arabes
Khalil Jemmah
Il est depuis une dizaine d'années l'un des militants associatifs les plus actifs du pays. Son nom reste étroitement lié à l'Association des familles des victimes de l'immigration clandestine (AFVIC), une ONG qu'il a créée en 2001 et qui est très vite devenue un acteur incontournable en la matière. Le 13 avril 2007, cet assureur de Khouribga cède la présidence de l'AFVIC pour laisser la place à la relève, mais également pour se lancer un nouveau défi : la création d'une section droits de l'homme de son ONG. Elle aura pour objectif la vulgarisation des droits de l'homme tels qu'universellement connus et la mise en place, dans les semaines à venir, de deux centres de vigilance, l'un à Casablanca et l'autre à Khouribga. Objectif : élaborer des rapports sur les exactions sous-médiatisées des petites villes et de la campagne.
Youssef Madad
A 50 ans, Youssef Madad a fait de l'abolition de la peine de mort plus qu'un objectif, un véritable leitmotiv. Il y a huit ans, ce sujet était tabou. Aujourd'hui, tout le monde en parle, indique ce diplômé en philosophie (et en ingénierie informatique). Sit-in, congrès internationaux, pétitions
le militant associatif fait feu de tout bois pour mettre la pression sur le gouvernement et le pousser à abroger la peine capitale, qui maintient aujourd'hui encore 130 personnes dans le couloir de la mort. L'abolition n'est pas encore acquise mais il en est officiellement question, ce qui est déjà un grand succès. Peut-être le prochain gouvernement le fera-t-il ? En 2006, Madad a aussi créé l'association Relais société-prisons, dont l'objectif est de combattre la récidive chez les anciens détenus.
Abderrahim Mouhtad
C'est l'un des acteurs associatifs les plus en vue du moment. Depuis 2004, Abderrahim Mouhtad est le remuant président de l'association Annasir, qui regroupe les familles des détenus islamistes post-6 mai. Coordination entre détenus, aide matérielle aux familles, sit-in de protestation
Mouhtad est derrière toutes les initiatives qui touchent aux barbus maudits du royaume. Le dossier des Salafistes intéresse toutes les composantes de la société marocaine. Que fera-t-on de leurs enfants, par exemple ? Comment gérer les tensions dans les prisons ?, interroge-t-il. Fort de son passé de dirigeant de la Chabiba Islamia, Mouhtad a réussi à sensibiliser une bonne partie de la presse nationale et internationale à la question des détenus islamistes. Mais pour l'Etat, il reste toujours infréquentable
Abdelaziz Nouaydi
Son combat est celui de tout le Maroc moderne : l'indépendance de la justice. Cela tombe bien pour Abdelaziz Nouaydi, puisqu'il est avocat, membre fondateur de l'OMDH (Organisation marocaine des droits de l'homme), dirigeant de Transparency Maroc, etc. De toutes ses casquettes, c'est celle d'ancien conseiller de Noubir Amaoui, et surtout de Abderrahmane Youssoufi (1998-2002), qui marque le plus. C'est là que Nouaydi, confronté de très près à l'exercice du (supposé) pouvoir, a compris la faillite de l'appareil judiciaire, rongé par la corruption et l'inféodation au (vrai) Pouvoir. C'est avec Adala, l'ONG qu'il a fondée en 2005, que l'homme mène désormais son combat. Adala, donc, comme justice, ou équité. Deux étoiles qui devraient, normalement, accompagner tout justiciable marocain
Khadija Rebbah
Depuis quelques semaines, Khadija Rebbah a pris son bâton de pèlerin pour aller prêcher la bonne parole auprès des associations féminines des quatre coins du Maroc. Objectif : encourager la participation des femmes à la chose politique, à commencer par les prochaines élections. Un volet quasi absent dans les missions des ONG féminines, malgré leur grand nombre sur le terrain. Nous avons pu constituer une commission dans chaque ville qui prendra le relais au niveau de la sensibilisation, affirme cette sociologue de formation, également présidente d'une association féminine. Une mobilisation qui a dépassé l'axe Rabat-Casablanca pour aller vers les campagnes reculées parce que c'est là-bas que les femmes ont le plus besoin de sensibilisation.
Abderrahim Jamaï
Il fait partie de cette génération de grands avocats, farouchement attachés aux principes universels des droits de l'homme. Plusieurs causes le passionnent : liberté d'expression, libertés publiques, action syndicale, lutte contre la pédophilie
Il se fait rarement payer pour ce genre d'affaires, même si ça lui prend beaucoup de temps, affirme l'un de ses collègues au barreau de Rabat. Militant de la première heure et avocat chevronné, il bouillonne d'idées nouvelles, et nourrit la noble utopie de faire respecter la dignité du Marocain au commissariat, devant le tribunal ou en prison. Malgré ses positions tranchées, Abderrahim Jamaï arrive à conserver de bonnes relations avec les hauts responsables de l'Etat. Ses responsabilités au sein de l'Observatoire des droits de l'enfant le rapprochent même des (plus qu'influentes) surs de Mohammed VI
Najib Bachiri
Si Robin des Bois vivait à Berkane, il s'appellerait Najib Bachiri. Ecologiste du cru, il donne des sueurs froides au géant espagnol de l'immobilier Fadesa, adjudicataire de l'aménagement de la station balnéaire de Saïdia. Bachiri dénonce depuis des années les répercussions sur l'écosystème de la construction du gigantesque ensemble touristique. Et à force de s'agiter, il a fini par attirer l'attention des caméras de la chaîne française M6 qui lui a donné, il y a quelques semaines, la parole dans le cadre de l'émission Capital. Résumé : la vision 2010 du tourisme ne passera pas par Bachiri
pas plus que la vision tolérance zéro vis-à-vis des clandestins subsahariens. L'homme a en effet créé une association d'aide aux immigrants d'Afrique subsaharienne, installée dans une ancienne église de Berkane. Un petit havre de paix pour les clandestins, jugés indésirables à Melilia l'Espagnole, dans l'Algérie voisine et au Maroc.
Abderrahmane El Yazidi
Ce capitaine de pêche gadiri s'est taillé une réputation de refuznik et de grande gueule. Son hobby : dénoncer toutes les formes d'injustice, et pas uniquement dans son secteur. Ça a commencé par des sit-in répétitifs contre les situations de rente dans le secteur de la pêche, les licences accordées sans cahiers des charges et les accords de pêche bradés avec l'Europe. Puis El Yazidi s'est diversifié. Le mouvement de défense des victimes de Philippe Servaty, le pornographe d'Agadir, c'est lui. Dans la capitale du Souss, El Yazidi s'est fait l'avocat de tous les damnés d'une société hypocrite. Récemment, l'homme s'est même lancé dans la défense de la liberté d'expression, en s'associant aux mouvements de protestation contre l'arrestation des journalistes d'Al Watan. En attendant une nouvelle cause
Lahbib Hajji
Lahbib Hajji et ses camarades arriveront-il à décrocher le prix annuel de Transparency international pour l'intégrité, qui honore le courage d'individus qui se sont illustrés dans la lutte contre la corruption ? C'est ce que souhaitent beaucoup de Marocains, séduits par le courage de ces avocats radiés du barreau après avoir publié une lettre pour l'Histoire, qui dénonce la corruption dans les rouages de la justice locale du Nord, gangrenée par la mafia de la drogue. Pour la petite histoire, Hajji, qui est aussi membre actif de l'Association marocaine des droits de l'homme, avait aussi, avec ses collègues Abdellatif Kenjaa et Khalid Bourheil, adressé la fameuse lettre à Mohammed VI. Sans réponse, à aujourd'hui.
Chakib Khyari
Le président de l'Association du Rif pour les droits de l'homme est sur tous les fronts. Pas une manifestation ni une action de protestation publique ne se tient dans la région de Nador sans que Chakib Khyari ne l'ait initiée ou qu'il n'y ait, au moins, activement participé. Début 2007, il s'est même offert le luxe de faire vaciller la mafia de la drogue après avoir aidé des journalistes espagnols à réaliser un reportage explosif sur le trafic dans la lagune de Mar Chica. Depuis, ce militant iconoclaste est devenu la bête noire des trafiquants et des ripoux de tout bord. L'activisme de Khyari, qui est également membre de la Fondation Abdelkrim Khattabi (toujours interdite), lui attire bien entendu des menaces à la pelle. Il répond que ce sont des risques à prendre
Mohamed Laghdaf Eddah
Trois ans après son lancement, la télévision régionale qu'il dirige dérange toujours autant. Créée presque par accident en novembre 2004, Laâyoune TV est aujourd'hui l'une des stations les plus regardées au Sahara. Dès ses premiers reportages, la chaîne étonne par son indépendance et sa liberté de ton. Ses plateaux accueillent d'anciens dirigeants du Polisario ou des ex-détenus à Mgouna et à Agdz. Ses reportages couvrent toutes les manifestations sociales de Guelmim à Dakhla. Une performance qui fait forcément grincer des dents les notables de la région, qui réclament la tête du directeur, souvent accusé de traîtrise. C'est exactement ce dont m'accusent les Sahraouis de Tindouf. Cela veut simplement dire que je fais bien mon travail, se contente-t-il de répondre.
Tarik Sbaï
Cet avocat rbati est également le président de l'Instance nationale de défense des biens publics. Créée en 2006, cette association s'est particulièrement illustrée lors des manifestations contre la vie chère, qu'elle a encadrées aux quatre coins du pays. L'instance n'entend pas s'arrêter en si bon chemin, avec la publication (bientôt) d'une liste des dilapidateurs des biens publics. J'ai participé à l'élaboration et à la publication par l'AMDH de la liste des responsables impliqués dans les atteintes graves aux droits de l'homme. Cette nouvelle liste n'en est que la continuation, affirme Tarik Sbaï. Détournement de fonds, abus de pouvoir ou fautes graves de gestion
l'instance de Sbaï a été à l'origine de plusieurs poursuites engagées contre certains responsables de l'administration territoriale
Réda Taoujni
Quasiment pas un jour sans que son nom apparaisse dans la presse. Et pour cause, Réda Taoujni, ancien pilote automobile reconverti dans le militantisme pour la marocanité du Sahara, multiplie les effets d'annonce, osés pour les uns, fantaisistes pour les autres : voyage collectif à Tindouf, construction d'une réplique des camps du Polisario pour les besoins d'un documentaire, marche populaire vers Tifariti
Pourtant, il est l'une des principales sources d'information sur le Sahara de toute notre profession, ajoute ce journaliste. Si Taoujni a mis plus d'une fois les voisins algériens dans l'embarras, il ne ménage pas plus les responsables marocains. L'ASM a ainsi été la seule ONG marocaine à rejeter le plan d'autonomie du Sahara qui, selon Taoujni, pèche par manque de
concertation nationale !
Othman Benjelloun
Symbole d'un nouveau capitalisme marocain, Othman Benjelloun continue à tenir tête au tentaculaire holding ONA. Le président du groupe Finance.com est de fait le seul concurrent sérieux du groupe royal dans le secteur bancaire et des assurances, tout en gardant une bonne avance dans celui des télécoms. Et des velléités d'indépendance, Othman Benjelloun en a de plus en plus. C'est ainsi que le développement de la BMCE Bank à l'international aurait pour but final de donner les coudées franches au groupe financier face à l'ONA, mastodonte surprotégé au Maroc. Certains proches de Othman Benjelloun n'hésitent d'ailleurs pas à le présenter comme le deuxième homme le plus riche du royaume après Sa Majesté. Une manière de dire que leur boss a l'arsenal financier pour boxer même dans les plus hautes catégories.
Fouad Abdelmoumni
Brillant économiste et observateur lucide du champ politique et de la société marocaine, Fouad Abdelmoumni est un homme qui joint parfaitement l'action à la parole. Le militant a été un relais important dans la dénonciation des années de plomb, dont il a lui-même été victime. L'homme d'affaires a pris les rennes d'une institution de micro-crédit ,Al Amana, devenue en 10 ans l'acteur principal au Maroc dans ce secteur : 220 salariés, 430 points de vente quadrillant l'ensemble du territoire, mais surtout 1,7 million de crédits distribués à des nécessiteux, totalisant 5 milliards de dirhams (!!). Et avec tout ça, il continue à militer à l'AMDH, dont il reste un membre influent, sans hésiter, au besoin, à en critiquer la «dérive politicienne». Abdelmoumni est un expert ès économie et politique, régulièrement consulté par les organismes internationaux (dont la Banque mondiale), qui font confiance à ses diagnostics cinglants. À très juste titre.
Aziz Akhennouch
En un temps record, il s'est fait une place au soleil, celui qui brille sur la tête des grands capitaines d'industrie. Pour cela, il a su faire fructifier l'héritage paternel, transformant la vieillotte Afriquia SMDC en Akwa Holding, aujourd'hui l'acteur principal du secteur énergétique marocain. Akhennouch a su jouer de sa proximité avec le premier cercle royal dans son ascension vers les sommets, réussissant au passage à faire oublier sa relative proximité avec l'ex-homme fort du régime, Driss Basri. Un exploit en soi. Akhennouch préside également aux destinées de la région du Souss, la deuxième plus riche du Maroc. Il y a notamment créé le festival Timitar et délocalisé le défilé Caftan du magazine Femmes du Maroc (qui lui appartient aussi). C'est qu'Akennouch est également un homme de médias, puisqu'il possède le groupe Caractères, l'un des plus importants groupes de presse du royaume. Son empire pourrait bientôt accueillir une station radio.
Miloud Chaâbi
L'Haj Miloud, comme l'appelle tout le personnel d'Ynna Holding (BTP, industrie, distribution
) vient de mettre la barre très haut en annonçant un programme d'investissement de 11 milliards de dirhams dans la région de la Chaouia. Une annonce qui sonne comme une réponse à ses détracteurs, qui lui reprochaient d'avoir diversifié ses investissements à l'étranger (notamment en Afrique) au détriment de l'investissement national. Le self-made man septuagénaire est également connu pour son audace. Sa sortie médiatique fracassante contre les avantages accordés à Addoha ou encore la concurrence qu'il livre avec pugnacité au tout puissant groupe ONA font de lui un véritable baromètre de la confiance des milieux daffaires. Ynna Holding reste en effet un des rares champions nationaux qui sortent du moule confectionné par les gestionnaires des affaires royales.
Samir El Omari
Dans les milieux scientifiques et industriels, Samir El Omari est une petite célebrité. Et pour cause, ce Marocain installé au Canada, diplômé du prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT), est derrière une invention révolutionnaire : un alliage métallique plus léger que l'aluminium et plus résistant que l'acier, qui laisse entrevoir des changements majeurs dans les domaines de l'industrie aérospatiale et de l'automobile, et dont le potentiel de commercialisation avoisine les deux milliards de dollars rien quau Canada ! Pourtant, l'histoire aurait pu se terminer autrement, sachant que l'agence spatiale canadienne, l'ancien employeur dEl Omari, revendiquait la paternité de l'invention. Il a fallu se tourner vers la justice canadienne qui a tranché, au terme d'un procès qui a duré des années, en faveur du Khouribgui.
Mohamed Horani
En 2006, ce discret patron casablancais a été consacré meilleur investisseur dans la région du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord, lors d'une réunion interministérielle tenue en Jordanie. Fort de plus de 23 ans de métier, Horani est aujourd'hui l'un des plus grands spécialistes de la monétique dans le monde. Le logiciel développé par son entreprise (HPS) fait tourner plus de 80 institutions bancaires et financières sur trois continents. En 2006, son chiffre d'affaires a atteint 127 millions de dirhams
dont 87% réalisés à l'export ! En 2003, Horani a ouvert une première succursale au cur de la fameuse Internet Dubaï City, un des hubs où se dessine l'avenir numérique de la planète. Il est à ce jour l'un des rares opérateurs à avoir développé des solutions adaptées aux
produits bancaires islamiques !
Karim Tazi
Tout au long de son mandat (achevé récemment) à la tête de l'Association marocaine de l'industrie textile et de l'habillement (AMITH), Karim Tazi n'a eu cesse de défendre un secteur en mauvaise passe il y a à peine quelques années, mais qui fait désormais office de locomotive des exportations marocaines. Son franc-parler et son pragmatisme lui ont valu le respect de tous ses interlocuteurs, y compris ceux qui lui reprochent ses envolées lyriques, parfois coléreuses. Patron de Richbond, et riche d'un réseau familial et professionnel étoffé, il est l'un des initiateurs du contrat-programme pour le développement du secteur. Ne jurant que par l'impérative modernisation du secteur et par le fast-fashion, il a entamé, en commun accord entre l'AMITH et le ministère de l'Industrie, une véritable conquête de marchés et de donneurs d'ordre. Si l'Espagne est devenue le premier client du Maroc, c'est notamment grâce à lui.
Brahim Zniber
Considéré comme une véritable icône dans le milieu très fermé de la viticulture marocaine, Brahim Zniber préfère plutôt se définir comme un simple fermier. En réalité, ce grand propriétaire terrien, doublé d'un homme d'affaires prospère, est à la tête d'un empire financier aux ramifications multiples : assurances, distribution, textile... Mais il est évident que la viticulture reste sa véritable passion. Les Celliers de Meknès, société créée au début des années soixante, produit 85% des vins consommés au Maroc, avec une production annuelle de 28 millions de bouteilles. Surtout, Zniber a inauguré le premier (et unique) château d'Afrique, où s'épanouissent quelques fleurons de l'oenologie marocaine tels que les Coteaux de l'Atlas, premier grand cru classé du royaume, et le tout récent Perle du Sud, un mousseux 100% marocain produit selon les méthodes ancestrales de la Champagne.
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Les figures de l'audiovisuel
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Latifa Akherbach
Après un passage remarqué à la tête de l'Institut supérieur de l'information et de la communication (ISIC), Latifa Akherbach est depuis trois mois à la tête de la Radio Marocaine. Sa mission : lui donner un coup de jeune et la repositionner dans un paysage audiovisuel chamboulé depuis la libéralisation des ondes. Je trouve cela passionnant de venir à un moment où la Radio Marocaine a compris qu'elle n'était plus seule, et où elle doit développer son identité de radio fédératrice, explique l'intéressée. Akherbach n'en oublie pas pour autant sa première passion : l'enseignement. En effet, même si elle n'est plus directrice de l'ISIC, elle continue d'y donner des cours (section presse écrite), au grand bonheur de ses étudiants, qui la regrettent toujours.
Younès Alami
Depuis sa nomination à la tête d'Arriyadia en février 2005, Younès Alami, ancien journaliste dans la presse écrite, a réussi à apporter un sérieux coup de jeune à un paysage médiatique sportif qui en avait grandement besoin. La nouvelle chaîne propose, au grand bonheur du téléspectateur marocain, un produit plus fouillé, une couverture géographique plus large, offrant ainsi une visibilité inespérée à nombre de clubs et de sportifs souffrant de sous-médiatisation chronique, et une plus grande place à des sports jusqu'ici trop longtemps snobés (rugby, volley-ball, handball
). Mieux encore, le team Alami s'est improvisé créateur d'évènements, en participant à la relance du Tour du Maroc cycliste et en organisant de nouvelles compétitions dont le Circuit international Mohammed VI de tennis ou le championnat du Maroc de football en salle.
Mostapha Benali
Cet homme se prête sans doute à beaucoup de commentaires. Il fait plus jeune sans moustache, par exemple. Et en effet, le directeur de 2M ressemble moins à un fonctionnaire depuis qu'il se rase de près. Et davantage à un homme de médias, dont la première mission est d'écouler du divertissement en gros. C'est le principe de la télé : plaire au plus grand nombre. Ce premier commandement (ou d'annonceurs, point tu n'auras !), Benali l'applique à la lettre en adaptant des recettes qui ont fait leurs preuves ailleurs. Studio 2M, 15 ans 15 talents et autres Challengers font rêver les téléspectateurs comme les participants. On peut crier à l'absence d'originalité, mais ça plaît au public. Le contrat est respecté
quoiqu'en disent les rumeurs persistantes quant à son prochain départ.
Younès Boumehdi
Tout vient à point à qui sait attendre. Younes Boumehdi, le fondateur de Hit Radio, a fait de cet adage sa devise ! Après avoir passé plus d'une dizaine d'années à essayer d'obtenir une autorisation pour lancer sa radio musicale, son rêve s'est enfin concrétisé depuis un an, avec la libéralisation des ondes. Et très vite, Hit Radio s'est taillé une jolie place dans le cur des jeunes auditeurs marocains. Pas étonnant lorsqu'on sait que 40% de sa programmation sont consacrés aux artistes de la nouvelle scène, et que ses émissions privilégient fun et interactivité. En attendant la diffusion nationale, Younès a lancé sa radio sur Internet. Depuis, les MRE ne jurent plus que par elle !
Ali Essafi
Réalisateur de documentaires, il aime semer des graines dans la tête des cinéastes en herbe. C'est ainsi que Ali Essafi est à l'origine, avec ses compères Hakim Belabbès et Khalid Benkirane, des master class qui se sont tenues en marge du Festival international du film de Marrakech en 2005. Pendant une dizaine de jours, Martin Scorsese et Abbas Kiarostami sont venus y exposer leur vision du cinéma à un parterre de réalisateurs marocains en devenir. Deux ans plus tard, Essafi se retrouve propulsé à la tête de la direction artistique de la SNRT. Il y est chargé du respect des règles élémentaires de la prise de vues par le mammouth de la rue Brihi, et plus si affinités. Si les premiers résultats commencent à faire leur apparition, nul doute que cette master-class là sera bien longue
Ahmed Ghazali
À la tête de la Haute autorité de la commun |