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Par Youssef Ben Larbi
Campings. Des vacances de fortune
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La plupart des campings marocains
sont loin de saligner sur les
standards internationaux en
matière de commodités
et de sécurité.
(DR)
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Le camping offre aux touristes marocains et étrangers l'occasion de passer des vacances en plein air, pour pas cher. Mais souvent, la qualité de ce mode dhébergement désuet déçoit.
Adil est un jeune lycéen de Rabat qui s'apprête, pour la première fois de sa vie, à voyager sans ses parents. Avec quatre amis, il a choisi la région du Nord. Mode d'hébergement presque évident : le camping. Nous n'avons pas les moyens de séjourner dans des hôtels. Le camping est aussi l'assurance d'un séjour convivial entre copains et |
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d'une certaine liberté de mouvement, dit-il. La joyeuse bande cotise pour l'achat de la tente, dénichée chez ces innombrables artisans qui parsèment le quartier Al Qamra de la capitale. A des prix plus au moins abordables. Ils vont de 1500 DH pour les tentes moyennes, pouvant abriter 2 à 3 personnes, à 3000 DH pour les tailles XL. Il faut aussi faire le calcul des frais de séjour, partagés entre les quatre compagnons à parts égales. En moyenne, une petite soixantaine de dirhams par jour pour la location du terrain sur lequel la tente sera érigée, à laquelle sajoute 10 à 15 DH par personne. Ces charges mises à part, il leur reste, à peu près, 1500 DH chacun pour passer des vacances programmées sur deux semaines. Qui dit mieux !
Comme Adil, ils sont quelque 200 000 Marocains, jeunes et moins jeunes, à choisir le camping comme lieu dhébergement. Principal attrait : l'accessibilité financière. Nous sommes une famille de 6 personnes et tout le séjour ne nous coûte que 6000 DH, tous frais compris. Avec un budget aussi limité, il nous est impossible de séjourner dans un hôtel, dit Abdeslam El Gouchi, campeur invétéré, qui affirme avoir toujours passé ses vacances de la sorte.
Véritable niche pour le développement du tourisme intérieur, le camping séduit de plus en plus destivants qui préfèrent les installations de plein air au béton.
Une question de budget
Mais on l'aura compris, si les Marocains font du camping, c'est moins par passion que par souci d'économie, quitte à reproduire leur quotidien dans un environnement différent. Pour la plupart de nos clients, il s'agit plus d'un changement de cadre que de véritables vacances, lance ce responsable de camping. Chez les jeunes, c'est surtout une manière de fuir le carcan familial. Les sites les plus recherchés par les campeurs locaux sont situés sur le littoral et dans les grandes villes, le but étant moins la recherche du dépaysement que la possibilité de se rendre dans les centres-villes, pour les balades des soirées d'été.
Qu'en est-il des structures d'accueil ? Le ministère du Tourisme avance une capacité globale de l'ordre de 19 000 lits dans les campings recensés, gérés directement par les municipalités ou loués à des opérateurs privés. Une manne financière non négligeable en découle durant les mois de grande affluence (juillet et août). Ceci sans compter les innombrables campings sauvages disséminés un peu partout, notamment dans les régions Sud.
Mais tous les campings ne se valent pas. Si les plus réputés (ceux de Tanger et d'Agadir notamment) sont correctement équipés -, proposant piscines, restaurants, sanitaires et autres aires de jeux, la plupart des campings nationaux sont encore loin de saligner sur les standards internationaux en matière de commodités et de sécurité. On a pris l'habitude de baptiser camping nimporte quel terrain, sans prendre la peine dy proposer les services propres à un établissement digne de ce nom, commente Emile Verhooste, co-auteur, avec Jacques Gandini, du guide Campings du Maroc, comptant 200 sites visités, dont les deux tiers à peine sont dignes de recevoir le public.
Maisons sur quatre roues
Conscient de l'importance de ce mode d'hébergement dans la promotion du tourisme intérieur, le ministère de tutelle avait décrété l'année 2005 celle des campings au Maroc, avec pour objectif de les ériger en offre à part entière. Des sites-pilotes ont été aménagés ou rénovés, d'autres cédés au privé. Une législation spécifique a même vu le jour, bien que son application reste lettre morte. En attendant, des promoteurs privés commencent à surfer sur la hausse de la demande et proposent des séjours qui nont rien à envier aux campings les mieux structurés dEspagne ou de France. Cest notamment le cas dAtlantic Park à Agadir, qui offre non seulement des tentes équipées, mais aussi des chalets en bois, des mobile homes et des emplacements équipés pour les camping-cars. Si les tarifs appliqués sont conséquents (7000 DH pour une semaine dans un chalet et 80 DH par jour pour un emplacement), cest que loffre est destinée à une autre catégorie de clients : les touristes étrangers et plus particulièrement ceux débarquant en camping-car.
Chaque année, quelque 8000 de ces maisons roulantes sillonnent le pays. Le mot-clé de ce choix est la mobilité. Si, avec ma femme, nous venons régulièrement au Maroc, cest pour visiter le maximum de régions. Disposer de notre camping-car revient à avoir un vrai chez soi là où nous allons. Ce qui nous évite les mauvaises surprises dans certains campings, explique Serge, un quinquagénaire français habitué aux périples France-Mauritanie, en passant par lEspagne et le Maroc.
En période estivale, ces visiteurs préfèrent lhiver. Et au lieu des littoraux et autres campings proches des villes, ils optent pour les sites reculés, dans les montagnes et autres déserts, méconnus des campeurs marocains jugés bruyants et indiscrets. Une amabilité que les Marocains leur rendent bien. Ce genre de clientèle est plutôt mal vu, autant par les hôteliers, qui voient se rétrécir leurs taux de remplissage, que par les commerçants du tourisme (restaurateurs, bazaristes
), qui les considèrent comme de nouveaux hippies désargentés, sans intérêt du point de vue commercial. Du coup, peu dattention leur est accordé par les concepteurs du développement touristique du pays. Le Maroc sest concentré sur le développement de structures hôtelières, mais a totalement négligé cette forme de tourisme dont lEspagne a su tirer un grand bénéfice depuis des décennies, peut-on lire dans la préface du guide Campings du Maroc. Une négligence qui nest pas pour déplaire aux concernés, à en croire Serge : Cela nous donne la liberté de découvrir le vrai Maroc, au lieu de consommer un tourisme préfabriqué, affirme-t-il. Mais cette liberté tend de plus en plus à se réduire. La fermeture du site Kilomètre 17 à Taghazoute, en 2006, pour laisser la place à laménagement de la station balnéaire du même nom, en est un exemple éloquent. |
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Sites. Espèce en voie de disparition
Parallèlement à laugmentation constatée de la demande, loffre en campings structurés et équipés est paradoxalement en train de se rétrécir comme une peau de chagrin. Le développement de zones touristiques de standing dans certaines régions se fait le plus souvent dans des sites ayant abrité des campings. Cest le cas, depuis 2005, de toute la zone entre Mdiq et Fnideq, où des sites comme Tres piedras ont tout simplement disparu, remplacés par des résidences flambant neuf.
Cest également le cas, cette année, du camping municipal Oasis de Casablanca (120 places), fermé définitivement depuis fin juin, et qui sera déplacé 15 km plus loin, à Dar Bouazza. Les 15 000 m2 qui faisaient sa superficie seront évidemment repris par des promoteurs immobiliers, au grand dam des campeurs et camping-caristes, marocains comme étrangers, qui n'ont d'autre consolation qu'une maquette du futur camping comptant, en projet, une piscine, un terrain de jeux, un restaurant
et des tarifs nettement revus à la hausse ! |
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