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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Chadwane Bensalmia

La semaine.

Les trois rappeurs du groupe 113.
(AFP)

Concert. 113 degrés sud

Les puristes du genre diraient que leur quart d’heure de gloire est passé, que leur révolte s’est embourgeoisée et que leur rage s’est adoucie, sacrifiées sur l’autel des recettes sonnantes et trébuchantes des tubes d’été. Il faut reconnaître que les 113 excellent en la matière : leur fameux Partir loin, avec Cheb Réda Taliani en featuring, squatte sempiternellement, depuis sa sortie il y a deux ans, les playlists des ondes des ondes FM - parfois bien longues à se renouveler…

Il est bien loin le temps de leur connivence avec le collectif originel
Mafia K’1 Fry, crew mythique du rap français (avec graffeurs et danseurs) qui, au passage, a vu deux de ses membres décéder, d'autres séjourner en prison, révélé des rappeurs tels que Kerry James ou Rohff, avec à la clé un double disque d’or en 2003 pour La cerise sur le ghetto… Il y a somme toute beaucoup à dire sur la carrière des 113, mais certainement rien à redire sur leur jeu de scène et leur capacité à chauffer les salles. Après une demi-douzaine de show cases dans les boîtes de Casablanca, Tanger et Agadir, le trio enflammait la scène du stade El Harti à Marrakech, le 9 août, où il a été programmé par une paire de fans, organisateurs du Festival des calèches. Rim-K l’Algérien, Mokobé le Malien et Yoann Duport le Guadeloupéen ressortaient pour l’occasion un généreux pan de leur historique, de l’inusable Tonton du bled à “l’antique” Ni barreaux, ni barrières, ni frontières, leur titre révélateur en 1997.


Sortie. Une famille culte

Burlesque, irrévérencieux, hilarant… Bref, parfait dans son genre. Au bout de 19 ans de gags, on aurait pourtant cru que le réservoir à gags de Homer finirait par s’épuiser, ou au mieux souffrirait de quelque redondance. Le grassouillet en fera d’ailleurs sa toute première réplique : “Quand j’pense qu’on a payé pour un truc gratos qu’on peut voir à la téloche”, annonce la voix off au début du film… Faut croire qu’il avait tort ! Petit pitch pour résumer l’histoire : les habitants de Springfield en veulent à mort à Homer Simpson. La ville a été mise en quarantaine par sa faute, après qu’il ait pollué son lac en y jetant les excréments d’un porc. Devant cette vague d'hostilité, les Simpson partent s'exiler en Alaska. De cette leçon écolo, installée en trame de fond, le film part sur 1h30 de parodie de l’Amérique contemporaine, spécialité de la série d’animation culte. Bourré de clins d’œil, à un certain président Schwarzenneger, à Blanche-Neige de Disney, aux jeux vidéo et aux stars dociles comme Tom Hanks ou les rockeurs de Green Day, tout le monde en prend pour son grade. Et c’est tant mieux…

Les Simpson, le Film, au Mégarama.



Théâtre. Mi Casa es su casa

Mehdi Ouazzani est revenu aux planches. Le comédien, ex-animateur de Lalla Laroussa, est actuellement à l’affiche de “En casa/En Kabul”, une distribution cosmopolite réunissant cinq acteurs espagnols et six autres venus du Maroc, d’Algérie et d’Iran. Adaptation par Mario Gas- directeur du théâtre espagnol- des textes de l’auteur dramatique américain Tony Kushner (qui se définit comme juif, homosexuel et antisioniste), la pièce traite du choc entre Orient et Occident. L’auteur y critique l’autoritarisme et relègue au banc des accusés la CIA, les Etats-Unis, la Russie, Ben Laden, le trafic d’armes… Mario Gas et son équipe sont actuellement en pourparlers avec les responsables du théâtre Mohammed V pour étudier la possibilité de programmer la pièce lors de la prochaine édition du Festival des deux rives prévue pour décembre.


Cinéma. Trois hommes et un deuil

Michel Serrault, Ingmar Bergman et Michelangelo Antonioni, trois géants du cinéma partis coup sur coup, à quelques heures d’intervalle. Serrault restera comme l’un des derniers (très) grands acteurs français, rendu célèbre par son rôle dans La Cage aux folles, mais qui a beaucoup tourné, autant de comédies que de films dramatiques, dont l’inoubliable Garde à vue. Bergman, lui, fut l’inventeur du cinéma psychologique. Des films comme Les Fraises sauvages ou Cris et chuchotements ont influencé des générations de cinéphiles et de cinéastes (exemple de Woody Allen, fan absolu du maître suédois). Quant à Antonioni, il était tout simplement le père du cinéma “courant d’air”, fuyant, d’une intensité introvertie, comme Identification d’une femme, Blow Up ou Profession reporter. On verse tous une larme. Et c’est pas du cinéma.


Nabyl Lahlou. La lettre à Jettou

Nabyl Lahlou a encore fait des siennes. L’enfant terrible du cinéma marocain a adressé, cette semaine, une lettre ouverte au premier ministre, Driss Jettou, criant au complot… pour changer. Absent à la réunion de Jettou avec les professionnels du cinéma le 25 juillet dernier - et qui a donné lieu à l’adoption d’une stratégie nationale pour le 7ème Art - Lahlou a affirmé que l’invitation qui lui avait été faite évoquait un simple déjeuner. Il s’est lancé ensuite dans l’énumération de ses “détracteurs” - producteurs, réalisateurs, directeurs de salles de cinéma et autres ministres-, sacrifiant au classique récapitulatif des censures dont il aurait été victime ces dernières années. Et de conclure par un verdict sans appel : les objectifs de la stratégie de la primature sont - techniquement - irréalisables. Sacré Nabyl.


Le livre.

Fdéla, une grand-mère marocaine, raconte sa vie. Elle commence à Taza, quelque part au début du 20ème Siècle. Sa mère lapidée, Fdéla, alors enfant, est vendue à un notable comme domestique ; puis à une maquerelle, qui la force à se prostituer. Elle finit par fuir, vers Casablanca puis Fès. Elle voyage à travers tout le Maroc… Fdéla a vu un siècle de son histoire défiler devant elle. Ses souvenirs vont de l’occupation française en 1912 aux émeutes de Fès en 1990, se mêlent avec ses confessions de concubine et ses récits de voyage. Ecrit à la première personne, en compilation chronologique de petites histoires fragmentées aux allures de journal intime, Le ciel sans détours est le roman d’un essayiste qui “voulait raconter une histoire qui traverse un siècle du Maroc”. Un exercice de style intéressant, mais sans surprises.

Le ciel sans détours, Kebir M. Ammi ; Ed. Gallimard.




Humeur.
À voile et à rameur

Hassan Hamdani
h.hamdani@telquel.info

La semaine dernière, dans une mosquée d’Al Hoceïma, un imam a affirmé que la migration illégale est “comparable à l’acte qui consiste à pénétrer par effraction dans le domicile d’autrui, en violation des règles de bienséance communément admises”. Eliminée la poussière administrative et la crasse juridique, une fois ignorée l’absence totale de compassion - de la part d’un homme de religion, censé en avoir plein son chapelet -, que reste-t-il de ce prêche ? Un condensé abrupt : tout herrague est un cambrioleur qui s’ignore, doublé d’un malotru sans notion aucune des bonnes manières. Comme dans cette dépêche de l’AFP, publiée la même semaine : “Quatre émigrants marocains qui tentaient de rallier les côtes espagnoles en ramant sur des planches à voile ont été secourus au large de l’enclave espagnole de Ceuta”. Nul doute que les quatre véliplanchistes n’ont pas dû un instant songer au manque de savoir-vivre dont ils faisaient preuve. Ni à l’islam. Pas plus que l’auteur du sermon, cela dit. L’imam ne donnait pas une leçon de morale aux potentiels herraguas. Le prêche du vendredi s’adressait à un fidèle en particulier. Mohammed VI, en pause prière, après une tournée d’inauguration dans la région. Décidément, cette dépêche de l’AFP tombait vraiment au mauvais moment et au mauvais endroit. Pendant qu’on promettait de l’emploi local, pas très loin de là, certains chômeurs se reconvertissaient dans les sports de glisse. Quitte à ramer beaucoup...



1, 2, 3… télés !
C’est l’été de la procréation au sein du Pôle audiovisuel public. Le holding prépare deux lancements pour la rentrée : 2M musique, qui sera vraisemblablement lancée fin août, et une seconde, Amazighe, promise pour le dernier trimestre 2007. Un troisième projet, d’une chaîne de cinéma – provisoirement baptisée Aflam – est également en gestation.


Kalila & compagnie
Kalila wa Dimna, les deux chacals conteurs d'Ibn Al-Muquaffa, se font une place dans les rayons des libraires cet été. Une nouvelle édition (en français) du classique de la littérature arabe vient de paraître chez Tarik éditions. Bonne (re) lecture


Slam ou klam
En mai dernier, H-Kayne et la troupe de malhoun de Hassan Meftahi, réunis par la fondation Esprit de Fès, tentaient une première expérience de fusion entre rap et malhoun, par l’adaptation de la qsida “Naker Lehssane”. Le résultat est prêt, à découvrir à Fès, du 27 au 29 septembre, à la première édition du festival Slam Klam.

 
 
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