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Nostalgie. Elvis n'est pas mort
N° 287
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Abdeslam Kadiri

Nostalgie. Elvis n’est pas mort


Elvis en chiffres.

Elvis est le plus gros vendeur de disques. Au total, on estime qu’il en aurait vendu près de 1,4 milliard. De son vivant, il en avait vendu 700 millions.
40 de ses chansons ont été classées dans les 10 premières places des charts.
Une trentaine de ses chansons ont été classées n°1 de par le monde.
Il a interprété plus de
700 chansons et obtenu 132 disques d’or et de platine.
700 000 visiteurs se rendent chaque année à Graceland, sa maison devenue musée.


(DR)

Le 16 août 1977, Elvis Presley quittait Graceland pour toujours. Pour le trentième anniversaire de sa mort, TelQuel rend hommage à une légende qui n’est pas près de s’éteindre.


Le 19 juillet 1954, un “redneck” venu de Louisiane débarque sur Union Avenue, à Memphis, dans les studios de Sam Philips. Il a 18 ans, conduit des camions pour la Crown Electric Company, pour 1,25 dollars de l’heure. Il s’appelle Elvis Presley. Il est venu enregistrer une chanson pour l’anniversaire de sa mère, Gladys. Sam Philips branche ses micros. Le jeune homme empoigne sa guitare Fender et balance
une vieille chanson d’Arthur Crudup : That’s All Right Mama. Il bouge, se déhanche, invente une nouvelle manière de chanter. Philips est KO debout : il n’a jamais rien entendu de pareil.

Un blanc avec une voix noire
Le tube passe et repasse sans cesse à la radio. Les coups de téléphone saturent le standard du studio. Elvis enregistre Good Rockin’ tonight et Blue Moon of Kentucky. On dira de lui que c’est “un blanc qui chante avec la voix d’un noir”. Il se produit dans le sud et dans l’ouest du pays. Dans ses concerts, les minettes hurlent et s’évanouissent devant les déhanchements de ce garçon au visage angélique. Une sacrée claque dans le visage de l’Amérique blanche et puritaine, qui découvre, interloquée, le phénomène. Choquée, la télé ordonne aux réalisateurs de ne filmer Elvis “the pelvis” qu’au-dessus de la ceinture… Qu’importe ! Avec Heartbreak Hotel, Elvis accède définitivement au statut de roi, le King du rock’n roll.

Si le succès d’Elvis a été favorisé par son talent, il a aussi été possible grâce au contexte de l’époque : Chuck Berry, véritable grammairien du rock, était noir, Jerry Lee Lewis a lui-même saboté sa carrière, Buddy Holly est mort dans un accident d’avion et Eddie Cochran a eu le même sort dans une voiture.

1956-1958 sont les années d’or du rock. Elvis sort tour à tour Hound Dog, Jailhouse Rock, Don’t be cruel, All Shook Up, One night, Trouble… Mais aussi des ballades romantiques : Love me tender, Are you lonesome tonight, Love me… Véritable alchimiste musical, le chanteur transforme tout ce qu’il touche en or.

En 1958, il part en Allemagne faire son service militaire. Lors d’une soirée chez son capitaine, il rencontre sa future femme, Priscilla Beaulieu, qui n’a alors que 14 ans. Mais il n’a pas le temps de goûter à l’idylle. Sa mère, gravement malade, décède subitement. Elvis l’adorait. Déjà marqué par la mort de son frère jumeau, Jesse Garon, il ne s’en remettra jamais.

En 1961, Elvis rentre au bercail. Il prouve qu’il est toujours le patron en enregistrant un album somptueux, intitulé très justement “Elvis is back”, avec des chansons comme Fever, Reconsider baby et It feels so right. Des diamants à l’état brut, qui feront dire à Joe Cooker qu’“Elvis est le plus grand chanteur de blues de tous les temps”.

Nanars à gogo
Mais l’ancien rebelle veut aussi profiter du soleil hollywoodien. Il faillira s’y griller. Il enchaîne navet sur navet (dont l’inénarrable Harum Scarum, où il est grimé en prince arabe !), une trentaine de longs-métrages valant leur pesant en celluloïd tournés entre 1962 et 1968, qui n’ont d’intérêt que pour leur bande-son, et qui n’ont pour but que de vendre l’image de Presley ! Quelques films tirent pourtant leur épingle du jeu : Jailhouse Rock (Le Rock du bagne), Flaming star, King Creole (Bagarres au King Creole) ou Fun in Acapulco (L’Idole d’Acapulco). Car on oublie souvent qu’Elvis rêvait de devenir acteur, sur les pas d’un James Dean ou d’un Marlon Brando. Mais son manager hollandais, le colonel Tom Parker, lui fit faire de mauvais choix, privilégiant systématiquement l’argent à l’art.

Le King ne symbolise alors plus le rock des débuts. Il s’est glissé dans la grande variété. Les fans ont désormais pour idoles les Beatles, les Rolling Stones, David Bowie et autres Led Zeppelin. Tapi sous des montagnes de dollars, Elvis s’enferme à Graceland, le palais qu’il s’est offert. Il y loge, en bon fils de famille, toute sa tribu (père, grand-mère, cousine, etc.), ses copains et autres parasites. Il se marie avec Priscilla le 1er mai 1967. De leur union naît une petite fille : Lisa Marie. Repu, isolé, Elvis est convaincu qu’il n’est plus dans le coup et que, bientôt, il ne sera plus qu’une étoile filante au panthéon des stars…

Les années Vegas
Pourtant, la chanson lui manque. Le public aussi. Il prépare alors très discrètement son come-back. Le 3 décembre 1968, Elvis réapparaît à la télé pour les fêtes de Noël. Moulé de cuir noir, il reprend, en acoustique, ses grands succès et des nouveautés comme Guitar man et Baby what you want me to do. L’émission, intitulée Elvis 68 NBC, le remet en selle. Deux albums suivent et redorent sa couronne : From Elvis to Memphis et Back in Memphis. À la clé, deux chansons qui deviendront des tubes planétaires, In the ghetto et Suspicious Minds.

En 1969, Elvis est au top de sa forme artistique et vocale. Il a 34 ans et enchaîne les concerts à Las Vegas. Sa voix a mûri, devenue rocailleuse, grave et sensuelle. Le public en redemande. Peu à peu, son look devient kitsch mais culte : pantalons pattes d’éléphant, rouflaquettes, grosses bagues et lunettes à verres fumés.

Les années 70 sont loin d’être, comme on le croit, celles de sa déchéance artistique. En sept ans, il va donner plus de 1500 concerts, tous en Amérique. Il sacrifie sa vie privée pour ses fans. En 1972, alors que son mariage bat de l’aile, il chante au célèbre Madison Square Garden de New York. En janvier 1973, il donne un grand concert à Hawaï, diffusé à travers le monde par satellite, comme pour donner de lui une image éternelle. Mais l’homme est triste : Priscilla l’a quitté pour son professeur de karaté.

Pour noyer son chagrin, il sillonne les USA, de scène en scène. Il s’enferme aussi dans un mysticisme inquiétant, rattrapé par sa fragilité. Son mythe le dépasse. Souffrant d’une boulimie chronique, Elvis ingurgite chaque jour une quantité énorme de nourriture. Il pèse plus de 110 kilos en 1977. Les dernières années, ses concerts deviennent stéréotypés et virent au divertissement familial. Le 16 août 1977, Ginger Alden, sa dernière compagne, le retrouve mort, dans ses toilettes. Diagnostic : attaque cardiaque. John Lennon lui rendra hommage : “Sans Elvis, je ne serai rien”. Bruce Springsteen aussi : “Elvis, mec, il n’y a rien d’autre. Tout commence et finit avec lui. Il a écrit LE livre”.

Elvis, côté business
Il faut retenir d’Elvis son formidable talent d’interprète surtout, car il a écrit très peu de chansons. Mais il savait mieux que quiconque reprendre des chansons méconnues (ou écrites pour lui), avec sa “patte”, les accélérer ou les ralentir, pour les rendre siennes. Il savait tout chanter : gospel, ballades, rock, country, blues… Sa carrière a embrassé trois décennies, alors que son mythe se confond avec l’histoire des Etats-Unis.

Trente ans après sa mort, la légende a survécu à la succession de tendances musicales. Elle se perpétue aussi via un business colossal, générant une montagne de dollars à coups de royalties, disques, films, livres et babioles, sur lequel règne Priscilla, la seule femme qu’il ait jamais aimée. Sans oublier Graceland, sa dernière demeure, et les centaines de milliers de fans qui s’y rendent chaque année en pèlerinage. En fait, trente ans après son départ, Elvis est toujours vivant...

 
 
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