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N° 287
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

El Himma. La surprise du chef
Partis. La guerre des chefs
Com'. Une campagne new age

Par Driss Bennani

Spécial élections législatives 2007
Partis. La guerre des chefs


Fès Nord.
Istiqlal vs PJD



C’est un signe qui ne trompe pas. Pour inaugurer la campagne électorale de son parti, Abbas El Fassi, secrétaire général de l'Istiqlal, s'est rendu à un grand meeting à Fès. “Depuis que Hamid Chabat est maire de la ville, l'Istiqlal y dispose de plus en plus de sympathisants. El Fassi ne pouvait avoir ce bain de foule ailleurs”, résume un journaliste local. Pour l'occasion, d'autres poids lourds comme M'hamed et Adil Douiri ont fait le déplacement. Car c'est bien à Fès que l'Istiqlal livre sa plus grande bataille contre … le PJD. Une bataille pour l'honneur presque. Il y a quelques mois, Lahcen Daoudi avait accusé Hamid Chabat d'employer des milices armées pour agresser les militants islamistes. Cette année, du coup, Lahcen Daoudi mène sa campagne sous escorte policière. “La campagne est difficile dans cette circonscription, se plaint Daoudi. Certains de nos adversaires emploient des méthodes de gangsters”. L'allusion à Hamid Chabat est à peine voilée. Ce dernier en rigole. “Choisissez le quartier le plus difficile de Fès et partons y tester ma popularité. En plus, je n'ai besoin d'aucune escorte policière pour approcher les gens qui votent pour moi”, affirme Chabat. Finalement, il jette son dévolu sur la médina de Fès, où il avait engagé des gardes privés pour lutter contre des mafias locales armées l'année dernière. L'homme y rentre avec quatre militants du parti et en ressort accompagné de plusieurs dizaines d'habitants qui scandent des slogans à sa gloire. Le spectacle est surprenant : Chabat serre des mains, prend de parfaits inconnus dans ses bras et embrasse les plus petits. “Normalement, nous devons remporter tous les sièges de la circonscription. Mais deux ou trois sur quatre feront déjà notre bonheur”, affirme Chabat. Daoudi n'a qu'à bien se tenir !


Casablanca Hay Hassani.
Des vieux loups et un jeune challenger



Dimanche après-midi au stade Oulfa à Casablanca. Saâdeddine El Othmani tient le premier meeting électoral du parti, devant près de 500 personnes (seulement !) et affirme en substance : “Si la prochaine coalition gouvernementale exclut notre parti, qu'elle s'attende à une rude opposition”. Depuis l'arrondissement casablancais où il a été parachuté, le leader islamiste a fixé un objectif à ses troupes : 70 sièges parlementaires au moins. A l'issue du meeting électoral, El Othmani est parti serrer quelques mains, probablement pour assouvir la soif de quelques photographes présents sur place. “C'est un homme politique d'envergure nationale. Il passerait dans n'importe quel arrondissement au Maroc”, affirme un membre de son staff de campagne. A Hay Hassani, Saâdeddine El Othmani a pourtant de sérieux concurrents. Pêle-mêle, on retrouve l'avocat ittihadi Mohamed Karam, Bouchta Jamaï, grand promoteur immobilier, Mostapha Boudraâ, propriétaire de plusieurs commerces dans le quartier, et le journaliste Anouar Zyne, 29 ans, qui se présente pour la première fois sous la bannière de l'UC. Ce dernier est d'ailleurs, jusqu'à présent, le seul à mener réellement une campagne sur le terrain. Son quotidien gratuit de 12 pages, imprimé à 10 000 exemplaires, est devenu un petit rendez-vous local. Anouar Zyne a également mis en place un centre d'appel et un site Internet qui diffuse ses propositions concernant l'emploi, la santé, l'éducation ou la sécurité sous forme de vidéos. Sur le terrain, l'homme serre des mains et a déjà disputé deux matchs de foot avec les jeunes du quartier. “Je crois en ces jeunes et je parle leur langage. J'étais exactement comme eux il y a huit ou neuf ans. Aujourd'hui, je propose de les encadrer et de leur inculquer les valeurs du travail et de la patience”, affirmait Zyne lors d'une réunion avec des femmes du quartier. Et s'il créait la surprise ?


Laâyoune.
La hantise du boycott



La campagne a démarré sur les chapeaux de roue à Laâyoune. Chaque jour, des convois de plusieurs dizaines de voitures font le tour de la ville, inondant ses avenues et ses ruelles de tracts électoraux. Le match est pourtant un classique et le résultat connu d'avance. Comme d'habitude, Hamdi Ould Errachid (Istiqlal) dispute la première place à Hassan Derham (USFP). Le premier compte sur un bilan plutôt honorable en matière de gestion de la ville, le second mise sur ses multiples actions caritatives dans la région et ne cache pas son opposition à l'influence grandissante de la tribu des Rguibate (à laquelle appartiennent les Ould Errachid) dans la gestion des affaires sahariennes. “Deux des trois sièges que compte la circonscription de Laâyoune reviendront donc, sans surprises, à ces deux poids lourds du Sahara”, tranche un observateur local. Et le troisième ? “Ce sera l'un des principaux enjeux de ces élections. Cette année, Hamdi Ould Errachid bénéficie du soutien d'une partie de la tribu des Izerguiyine et de la grande famille des Joumani. Fort de cet appui, il veut remporter les deux premiers sièges de la circonscription”, explique un acteur associatif à Laâyoune. Mais pour l'Etat, l'enjeu est ailleurs. Selon une source à la wilaya de Laâyoune, “la réussite de l'opération électorale au Sahara sera jugée sur la base du taux de participation, qui doit être supérieur à 60%, pour montrer que les appels au boycott du Polisario n'ont pas d'écho chez les populations”. Lors de précédentes élections, certains indépendantistes n'hésitaient pas à mettre de petits drapeaux du Polisario dans les enveloppes censées contenir les bulletins de vote. “Au moins, ceux-là dopaient le taux de participation officiel”, ironise notre observateur.


Sidi Slimane.
Le roi est de la famille !



Logiquement, cette circonscription n'a pas sa place dans ce classement, puisqu'elle revient sans surprise à l'Ittihadi Abdelouahed Radi, et ce depuis plusieurs années. Mais cette fois, le dinosaure de l’USFP fait face à un islamiste inconnu au bataillon : Abdelwahed Bennani. Médecin à Kénitra, il est surtout l'oncle de Salma Bennani, l'épouse de Mohammed VI. Et le lien de parenté par alliance avec le roi se fait déjà ressentir sur le terrain. A Sidi Slimane, où il menait campagne ce week-end, certains habitants n'hésitaient pas à l'appeler “Chrif” plutôt que Docteur. “Je suis un citoyen marocain qui participe à des élections législatives au nom d'un parti légalement constitué. Mes relations familiales n'ont rien à voir avec tout ça”, martèle l’intéressé. Soit, mais peut-il créer la surprise et battre Radi dans son fief ? Rien n'est moins sûr. “Quand il parle, les habitants sont amusés par son accent fassi et ses manières de fils de bonne famille. Ici à Sidi Slimane, on ne jure que par la tribu et les origines âaroubies”, affirme un universitaire de la ville. Abdelouahed Radi, qui maîtrise la recette depuis plusieurs années, a justement démarré sa campagne dans les communes rurales de Sidi Slimane. “C'est son bastion traditionnel. Il sait qu'il y a plus de chances qu'au centre urbain de Sidi Slimane”, affirme un proche de Radi. La médiatisation de la circonscription a cependant eu le mérite de jeter la lumière sur un autre “sérieux” challenger de Radi. Un certain Mohamed Hanine, qui se présente sous les couleurs du RNI. A Sidi Slimane, certains (surtout parmi les jeunes) le préfèrent à Oustad Radi. “Ils sont de la même tribu, sauf que Hanine est plus jeune et plus instruit. Il a un doctorat”, nous lance, admiratif, un jeune qui distribuait des tracts électoraux aux couleurs du RNI.


Rabat Océan.
Le calme avant la tempête



Le Parti socialiste unifié (PSU) ne pouvait élire meilleur QG de campagne. Au quartier l'Océan, où il est tête de liste de la formation, Mohamed Sassi squatte une crèche populaire coincée entre une gargotte et un vendeur de fruits et légumes, le tout au beau milieu d'un marché de quartier très animé. A l'intérieur, trois jeunes militants du parti s'apprêtent à entamer leur tournée du dimanche matin. “La campagne n'a pas encore vraiment démarré. Mohamed Sassi n'est donc pas là aujourd'hui. Mais si vous repassez la semaine prochaine, vous le trouverez sûrement”, affirme l'un d'entre eux. Les rares visiteurs du QG du PSU ne repartent pas bredouilles pour autant. En plus des traditionnels tracts électoraux, l'équipe de campagne distribue une copie… de l'émission télé Hiwar, recevant Mohamed Sassi. Mostapha Alaoui contribuant à la campagne du PSU : qui l'eut cru ? à quelques encablures de la crèche du parti d'extrême gauche, on retrouve l'état-major du PJD. Un magasin sommairement aménagé en bas d'un immeuble flambant neuf. A l'Océan, le parti islamiste est, lui aussi, représenté par un poids lourd : Réda Benkhaldoun, responsable des relations extérieures de la formation. Mais lui aussi est absent. A l'intérieur de la boutique PJD, un poste télé diffuse en boucle des lectures coraniques, le volume poussé à fond. “Nous n'avons pas vraiment besoin d'organiser des meetings électoraux. Ce n'est pas en quelques jours qu'on gagne la confiance de la population. Notre stratégie est donc de faire de la communication de proximité et d'aller simplement à la rencontre des gens”, explique un proche collaborateur de Benkhaldoun. L'arrondissement r'bati, encore calme, promet de belles confrontations dans les jours à venir. La liste USFP y est menée par Latifa Jbabdi (après le désistement de Mohamed Elyazghi), alors que le RNI a choisi d'y placer Mohamed Aujar, présenté comme le numéro deux du parti. Autre grande figure encore absente de la campagne à l'Océan : Ahmed Benjelloun, secrétaire général du PADS (Parti de l'avant-garde démocratique et socialiste) dont le siège national se trouve justement à l'Océan.


Rabat Youssoufia.
Campagne à couteaux tirés



Comme prévu, la guerre entre les deux ennemis jurés de cette circonscription a déjà commencé. Elle oppose Omar Bahraoui, maire MP de Rabat, à Faouzi Chaâbi, la tête de liste PPS. Ce dernier a d'ailleurs été le premier à dégainer, accusant Bahraoui “de corrompre son staff de campagne et de terroriser ses comités de soutien”. “A quand une campagne transparente et saine ? Le report sine die du procès de Bahraoui a renforcé chez les électeurs cette image de politicien intouchable et au-dessus des lois”, affirme, furieux, Faouzi Chaâbi. A Youssoufia, la campagne se fait d'ailleurs en cachette, dans les maisons ou sur les terrasses de quelques cafés. “Chaque candidat guette les faux pas de l'autre. N'oubliez pas que Bahraoui a failli en faire les frais lorsqu'il a été accusé de mener une campagne avant l'heure, il y a quelques semaines”, confie un conseiller communal. Selon des sources proches de Bahraoui, ce dernier aurait juré de barrer “coûte que coûte” la route à Faouzi Chaâbi.
Deux autres candidats se livrent un combat d'un autre genre à Rabat Youssoufia. Le président du groupe USFP au Parlement, Driss Lachgar affronte le jeune patron du Parti travailliste, Abdelkrim Benatiq. Les deux hommes se connaissent bien, puisque Benatiq est un ancien de la maison ittihadie et qu'il a déjà déclaré “vouloir vaincre les vieux apparatchiks de l'USFP dans leur propre bastion”. Y arrivera-t-il ?

 
 
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