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Par Majdoulein El Atouabi
Procès. La chasse aux gorges profondes
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Le verdict sonne comme un ordre
adressé aux militaires : Motus
et bouche cousue !
(AFP)
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La condamnation des huit militaires impliqués dans laffaire Al Watan Al An na suscité que peu dintérêt auprès de lopinion publique. Son impact sur laccès à linformation est pourtant capital.
Un été pourri pour la presse, mais un été studieux pour la justice marocaine !
Le 15 août 2007, Abderrahim Ariri, le directeur de lhebdomadaire Al Watan Al An, et son journaliste, Mustapha Hormatallah, ont été |
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condamnés respectivement à des peines de six mois de prison avec sursis et huit mois de prison ferme, assorties dune amende de 1000 dirhams. La sévérité du verdict a, bien entendu, soulevé une vive indignation dans les milieux journalistiques et parmi les associations de défense des droits de lhomme, où les voix se sont élevées pour dénoncer la tour de vis sécuritaire contre les médias nationaux. Cependant, rares sont ceux qui se sont intéressés au sort des huit militaires (dont trois colonels et un capitaine), également poursuivis dans laffaire Al Watan Al An. Jugés par la Cour martiale de Rabat pour le motif de divulgation de secrets professionnels et atteinte à la sûreté de lEtat, ces derniers avaient été condamnés le 7 août, quasiment dans lindifférence générale, à des peines allant de six mois à cinq ans de prison ferme. Dans ce genre daffaires, la logique voudrait que les dossiers dinstruction des journalistes poursuivis et ceux de leurs sources ne soient pas dissociés. Malheureusement, le procès des huit miliaires a été instruit de façon discrétionnaire, sans aucune garantie juridique pouvant les mettre à labri déventuels dérapages. Même les témoignages des journalistes leur ont été refusés. Doù des sentences disproportionnées, déplore Saïd Essoulami, le directeur du Centre pour la liberté des médias en Afrique du Nord et Moyen-Orient (CMF MENA).
Assécher les sources dinformation
Pour ce connaisseur des milieux médiatiques marocains, les enjeux de laffaire Al Watan Al An dépassent la simple atteinte à la liberté dinformer. Cette affaire dénote dune volonté certaine des autorités marocaines de sattaquer à la capacité même des journalistes de recueillir linformation. Cest comme si lEtat voulait définitivement bloquer laccès à linformation en intimidant les habituelles sources que sont les policiers, les militaires et autres fonctionnaires de ladministration publique, affirme-t-il.
On peut en effet facilement imaginer le degré dinquiétude et de méfiance que doit susciter cette affaire dans les milieux sécuritaires et administratifs marocains. Le message est on ne peut plus clair : quiconque, parmi les fonctionnaires de lEtat, oserait informer des journalistes, sait dorénavant à quoi sen tenir. La chasse aux gorges profondes a bel et bien commencé ! Pis, plusieurs sources évoquent des consignes diffusées au sein de ces corps (armée et police), incitant leurs membres à faire état déventuels liens de parenté ou damitié quils auraient avec des journalistes ! Résultat : ces institutions, déjà réputées pour leur tradition de mutisme, ne manqueront pas dans lavenir de se fermer davantage, privant ainsi les journalistes dune précieuse matière première. En attendant, plusieurs questions demeurent en suspens. La plus lancinante étant, sans nul doute, celle de savoir si, dans laffaire Al Watan Al An, les informations divulguées par les militaires revêtaient un réel degré dimportance et de confidentialité, au point que leur diffusion aurait représenté une atteinte à la sûreté de lEtat. Cest pour répondre à cette interrogation, entre autres, que Saïd Essoulami multiplie les contacts en vue dinitier une enquête sur cette affaire. Objectif : connaître les motivations des militaires incriminés et, surtout, déterminer sils ont été aussi lourdement condamnés à cause de la nature des documents divulgués, ou simplement parce quils ont communiqué des informations à des journalistes. La nuance est de taille. |
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