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N° 287
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Majdoulein El Atouabi

Procès. La chasse aux “gorges profondes”

Le verdict sonne comme un ordre
adressé aux militaires : “Motus
et bouche cousue” !
(AFP)

La condamnation des huit militaires impliqués dans l’affaire Al Watan Al An n’a suscité que peu d’intérêt auprès de l’opinion publique. Son impact sur l’accès à l’information est pourtant capital.


Un été pourri pour la presse, mais un été studieux pour la justice marocaine !

Le 15 août 2007, Abderrahim Ariri, le directeur de l’hebdomadaire Al Watan Al An, et son journaliste, Mustapha Hormatallah, ont été
condamnés respectivement à des peines de six mois de prison avec sursis et huit mois de prison ferme, assorties d’une amende de 1000 dirhams. La sévérité du verdict a, bien entendu, soulevé une vive indignation dans les milieux journalistiques et parmi les associations de défense des droits de l’homme, où les voix se sont élevées pour dénoncer la tour de vis sécuritaire contre les médias nationaux. Cependant, rares sont ceux qui se sont intéressés au sort des huit militaires (dont trois colonels et un capitaine), également poursuivis dans l’affaire Al Watan Al An. Jugés par la Cour martiale de Rabat pour le motif de “divulgation de secrets professionnels et atteinte à la sûreté de l’Etat”, ces derniers avaient été condamnés le 7 août, quasiment dans l’indifférence générale, à des peines allant de six mois à cinq ans de prison ferme. “Dans ce genre d’affaires, la logique voudrait que les dossiers d’instruction des journalistes poursuivis et ceux de leurs sources ne soient pas dissociés. Malheureusement, le procès des huit miliaires a été instruit de façon discrétionnaire, sans aucune garantie juridique pouvant les mettre à l’abri d’éventuels dérapages. Même les témoignages des journalistes leur ont été refusés. D’où des sentences disproportionnées”, déplore Saïd Essoulami, le directeur du Centre pour la liberté des médias en Afrique du Nord et Moyen-Orient (CMF MENA).

Assécher les sources d’information
Pour ce connaisseur des milieux médiatiques marocains, les enjeux de l’affaire Al Watan Al An dépassent la simple atteinte à la liberté d’informer. “Cette affaire dénote d’une volonté certaine des autorités marocaines de s’attaquer à la capacité même des journalistes de recueillir l’information. C’est comme si l’Etat voulait définitivement bloquer l’accès à l’information en intimidant les habituelles sources que sont les policiers, les militaires et autres fonctionnaires de l’administration publique”, affirme-t-il.

On peut en effet facilement imaginer le degré d’inquiétude et de méfiance que doit susciter cette affaire dans les milieux sécuritaires et administratifs marocains. Le message est on ne peut plus clair : quiconque, parmi les fonctionnaires de l’Etat, oserait informer des journalistes, sait dorénavant à quoi s’en tenir. La chasse aux “gorges profondes” a bel et bien commencé ! Pis, plusieurs sources évoquent des consignes diffusées au sein de ces corps (armée et police), incitant leurs membres à faire état d’éventuels liens de parenté ou d’amitié qu’ils auraient avec des journalistes ! Résultat : ces institutions, déjà réputées pour leur tradition de mutisme, ne manqueront pas dans l’avenir de se fermer davantage, privant ainsi les journalistes d’une précieuse matière première. En attendant, plusieurs questions demeurent en suspens. La plus lancinante étant, sans nul doute, celle de savoir si, dans l’affaire Al Watan Al An, les informations divulguées par les militaires revêtaient un réel degré d’importance et de confidentialité, au point que leur diffusion aurait représenté une “atteinte à la sûreté de l’Etat”. C’est pour répondre à cette interrogation, entre autres, que Saïd Essoulami multiplie les contacts en vue d’initier une enquête sur cette affaire. Objectif : connaître les motivations des militaires incriminés et, surtout, déterminer s’ils ont été aussi lourdement condamnés à cause de la nature des documents divulgués, ou simplement parce qu’ils ont communiqué des informations à des journalistes. La nuance est de taille.

 
 
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