Mort d'un commis (de l'Etat) voyageur
Affaire. Le casse-tête Chinouiya
Procès. La chasse aux "gorges profondes"
Zoom. La nouvelle Libye est arrivée
Jorvan Vieira. "Sunnites et Chiites refusaient de se passer le ballon"
Grande distribution. Auchan en emporte le vent
Nour-Eddine Lakhmari. "J'ai voulu montrer la face sombre de Casablanca"
Nostalgie. Elvis n'est pas mort
N° 287
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Chadwane Bensalmia

La semaine.

Une scène de Chelh ou Bghaha
Fassia, de Brahim Chkiri.
(ALI N' PRODUCTION)

DVD. Du souk à la saka

C’est une première. Lassé de la toute-puissance du piratage, Ali N’Production se lance dans un vrai réseau de distribution de DVD. Grâce à un partenariat avec Altadis, les trente longs-métrages de Film Industry seront mis en vente dans 2000 bureaux de tabacs du royaume, entre villes et campagnes. Focus groups et études de coûts ont permis d’évaluer qu’au “prix psychologique” de 39 DH, les DVD disponibles pourraient relever d’un “achat impulsif”, projette Nabil Ayouch, à l’image d’un journal ou d’un paquet de cigarettes. “Chaque DVD ne sera pas seulement un film, précise le directeur de Ali N’. L’acheteur
aura droit non seulement à interview du réalisateur, making off, commentaires, spots anti-piratage et bande-annonces, mais aussi à un choix de langues inédit, entre la darija, le tarifite, le tamazight et le tachelhit. Vingt mois ont été nécessaires pour mettre en place, à Casablanca, une industrie du doublage (qui coûte entre 50 000 et 100 000 DH par film) et en domestiquer les techniques”. Si les DVD sortiront à raison de deux par mois, le lancement du projet, début septembre, se fera via quatre premiers films, tous du réalisateur Brahim Chkiri, mais illustrant la palette des genres explorés par la Film Industry : la comédie Manhouss ou Zadouh Kadouss (un jeune se coince la main dans une plaque d’égoût), Sidi Mohamed Ou Ali, opus historique sur la vie de ce saint du 17ème siècle, le film d’horreur/fantastique Tiwerga, racontant les visions d’une femme au foyer, et la comédie romantique Chelh ou Bghaha Fassia (devinez…). Souhaitons-leur de faire un tabac !


Sortie. Rat des goûts

Blasé des casse-croûte dégueu et des manières de gueux qu’affectionne tant son clan, Rémy le rat de banlieue gourmet se rêve en cuistot cinq étoiles. Un jour, ses moustaches alléchées le conduisent vers les cuisines d’un grand resto parisien… Après les irrésistibles Indestructibles, le trio Disney/Pixar/Brad Bird renouvelle sa recette magique et monte plus que jamais la 3D en sauce. Scénario pétillant, humour croustillant, images gourmandes et bisous généreux dans un Paris gastronomique reconstitué avec virtuosité : Ratatouille, croyez-le ou non, est aussi un film politique jouant sur la reconnaissance du ventre. Si, si ! Le journal La Vanguardia de Barcelone y voit l’instrument de la réconciliation franco-américaine, trente-sept ans après que Les Aristochats, en 1970, a finement joué sur le combo “cuisine hexagonale/clichés parisiens” pour adoucir le courroux gaullien ! Et on le croit ! Car Ratatouille a un deuxième effet French Kiss Cool : le culte du self made man nappé d’une fine couche de kitsch franchouillard. Slurp !

Ratatouille, au Mégarama.



Résidence. Nayda ? Nada !

Privée de spectacle ! Après deux semaines d’immersion métissée à Casa en février dernier, la résidence Nayda, réunissant - sous l’égide du BIJ de Belgique - soixante musiciens, chanteurs, danseurs, circassiens et stylistes belges, algériens et marocains (dont des membres de Amarg Fusion et Inouras ainsi que Hmar ou bikheer, Mountassif Najia, Laskrouif Ghita) avait vu sa création finale annulée pour cause de “panne d’électricité” au Théâtre Mohammed VI. La troupe survoltée ne s’est pas laissé abattre, et s’est retrouvée à Bruxelles pour reconduire le fruit de sa cuisine artistique, ce samedi 1er septembre. Quand au rattrapage marocain, il se fait toujours attendre…


Photo. À bicycleeeette...

Non, ce n’est pas le plat pays qui lui a donné l’amour de la petite reine et des fourmis dans les jambes : son Essaouira natale l’a toujours connu sur son vélo. Installé (et marié) à Bruxelles depuis bientôt deux ans, le photographe Youssef Amchir se lance dans un pari un peu fou : un aller simple symbolique de Bruxelles à Tanger, sur deux roues. Dans ses bagages, une exposition intitulée “Bruxelles, vue de l’autre”, bientôt accrochée à Dar Souiri. “J’ai vu ces jeunes dormir sur des bancs, avec une couverture pour trois et un vieux sac pour oreiller (...) J’ai vu l’abîme entre les pauvres sans-abri et les riches consommateurs”. Une expo en forme d’antithèse des clichés répandus en Afrique, qui voient l’Europe comme “une destination prospère ultime... Je veux montrer une image plus nuancée et plus complexe”. Dans l’autre sens, les photos ramenées du voyage feront l’objet d’une expo à Bruxelles, pour un projet original soutenu par la créatrice de mode parisienne Agnès B. Roulez jeunesse !


Cinéma. Eclats de rire

“Une petite idée pour un grand thème” : c’est ainsi que Hakim Belabbès, oiseau rare du cinéma d’auteur marocain, décrit son nouveau long-métrage, tourné en deux semaines cet été, dans sa ville natale de Bijaâd. Une histoire de rire, de sueur et de cinéma, avec laquelle il s’interroge sur cet humour du quotidien, du café, de la rue, chez les artisans de Bejjad. Le cinéaste suit (en HD, transférable en 35 mm) un ami universitaire qui, soucieux de conserver en images le patrimoine local en voie d’extinction, revient sur le terrain caméra à la main. Menuisier-philosophe, coiffeur-poète, forgeron-cinéphile... Des petites gens qui “vivent de rien mais survivent grâce au rire”, dont Belabbès se veut le témoin, dans une nouvelle réflexion sur le cinéma via ce film inclassable, entre fiction et documentaire, proche de Alech Lbhar ? pour la démarche : “À nouveau, la SNRT m’a fait confiance, m’ont dit ‘éclate-toi !’”, se réjouit le cinéaste, qui, cet hiver, tournera ses caméras vers Imilchil…


Tournage. Mémoire en production

L’histoire de deux familles casablancaises autour des destins respectifs de leurs fils, entre Maroc et Italie : c’est ce que racontera le premier long-métrage fiction de Mohamed Zineddaine, produit par Ouarzazate Films. En tournage, depuis le 21 août et jusqu’au 16 septembre, dans les quartiers Habous, Bourgogne et la Corniche, Tu te souviens d’Adil, qui a reçu trois millions de dirhams de la Commission d’aide du CCM, rassemble Omar Lotfi, Selma Agoumi et Mehdi El Aroubi. Marocain installé à Bologne, Mohamed Zineddaine est un auteur prolifique, s’intéressant autant à l’art (le court Réveil sur un jeune écrivain et le documentaire Après le silence sur Pablo Pinto, un disciple de Picasso) qu’à l’immigration (le docu Khénifra-Livorne sur la communauté berbéro-marocaine de Livourne), en plus de verser dans la photo et le théâtre. Artiste à suivre.


Radio. Match Point

Pour sa rentrée, Hit Radio s’offre une nouvelle émission : du lundi au vendredi de 17h à 19h30, “Les Matchs”, dont l’animateur est encore inconnu, opposera des artistes en direct – exemple : H-Kayne vs Sean Paul – pour être ensuite départagés par les auditeurs. “Le titre gagnant passera encore plus sur les ondes, illustre Younès Boumehdi. On veut aller plus loin dans la libre antenne”, poursuit le directeur de Hit, annonçant le retour de Momo aux “Dédicaces” de minuit et au “Morning” du 7-10. Débarque aussi Info Sports, dès le 17 septembre, chaque dimanche en fin de matinée, et l’animatrice Nabila (Star Ac’ Maghreb) pour le 10-14. S’il grince des dents face au “glissement” de concurrents vers le format et le ton de Hit, Younès Boumehdi se félicite que sa radio soit privilégiée chez les moins de trente ans, notamment à Marrakech (33% d’audience).


Beaux livres. Esthète de l’Est

La belle de l’Est balayée par l’objectif de Khalil Nemmaoui, c’est l’objet d’un volume publié par La Croisée des Chemins et prochainement distribué en France. Fruits d’un mois de travail à Oujda, quelque 300 clichés d’une ville “complètement oubliée mais qui essaie de se relever”, note l’artiste. Nemmaoui travaille actuellement en vue d’un ouvrage sur le cigare cubain en terre marocaine (!), à paraître fin octobre chez le même éditeur. La revue marseillaise Art Sud vient en outre de lui consacrer un portfolio dédié à ses images de Jazz in Marciac, où il découvrit la note bleue et fît ses classes auprès des grands noms de la photo de concert. Bravo.

Oujda, porte du Maroc, 1000 ans d’histoire, Editions La Croisée des chemins. Signature à Oujda le 21 septembre.



Cinéma. Courts Mostra

Un an après le voyage de WWW What a Wonderful World de Faouzi Bensaïdi, à la section autonome Venice Days de la Mostra, c’est au tour du court marocain de s’afficher à Venise. Chiens errants de Yasmine Kassari, Au murmure de la fontaine de Kamal Belghmi, Lahna Lalhih et Une place au soleil de Rachid Boutounès, Accord parental de Mohamed Miftah, R’da d’Ahmed Bensouda, Loin des yeux de Ismaïl Saïdi, Le Cadeau de Jamal Souissi, Sang d’encre de Leïla Triqui, Chambr’a de Rachid Cheikh et Mawal de Mohamed Chrif Tribak : ces treize promesses d’une nouvelle génération de cinéastes s’offriront le regard du président du jury Zhang Yimou et de son équipe, dont Jane Campion, Paul Verhoeven et Alejandro Gonzales Inarritu. Du 29 août au 8 septembre.


Le livre.

Salman est professeur universitaire. Sa vie de célibataire est bien calée entre son travail, ses essais de poésie et le sexe qu’il consomme sans modération. Polygame dans l’âme et misogyne jusqu’au bout des neurones, pétri de contradictions, il en use et abuse sans vergogne, avec aisance et bonne conscience. Dans le Maroc tout aussi schizo dont ils sont le fruit, Salman et Abire entament une relation : pour lui du sexe, pour elle, du sexe et le mariage… S’engage un duel des corps et des âmes dont personne ne sort indemne. Tout en mettant légèrement le doigt sur les contrastes et maux de sa société, l’auteur poursuit l’histoire, en somme banale, de Salma et Abire, dans un récit plein de fraîcheur et de spontanéité.

Permettez-moi madame de vous répudier ; Mokhtar Chaoui ; Ed. Eddif Paris




Humeur.
Settat beach

Hassan Hamdani
h.hamdani@telquel.info

Ma tante restée dans le douar familial, près de Settat, doit certainement porter le deuil depuis une semaine. Depuis que “Driss Basri n’est plus”, comme a titré poétiquement Le Matin du Sahara. Ma tante “est” toujours, quant à elle, et n’a jamais tari d’éloges sur l’homme que tout le Maroc adorait détester. Elle respectait Basri car il lui avait offert la mer. Elle faisait référence à cette bande large comme une piste d’athlétisme qui relie Settat à Sidi Rahal. J’avais beau lui expliquer que cette ouverture sur la mer était une hérésie géographique créée artificiellement par décision administrative, elle s’en battait le popotin dans les grandes largeurs, quand bien même elle n’a jamais su nager. “Il nous a offert la mer”, ne cessait-elle de répéter, même si la seule brise marine qui parvenait à vos narines, dans son douar, était celle d’une vache esseulée dans l’étable. Un militant des droits de l’homme trouverait sans doute ma tante puérile et sans conscience politique. Il se mettrait le doigt dans l’œil jusqu’à la clavicule. Aux yeux de ma tante, Basri était avant tout ce paysan du douar voisin qui avait étudié, réussi dans la vie et qui l’a vengée par procuration de l’aristocratie fassie. Et surtout, celui qui a décentralisé la mer. Il faudrait tout de même que je songe à offrir un maillot de bain à ma tante…



Amazigh Kitab
La Culture amazighe et le développement humain : après le colloque, le livre. Sous la plume coordinatrice du Pr Moha Ennaji, linguiste et directeur du Festival de la Culture amazighe de Fès, les travaux, hommage au Dr Leïla Mezian Benjelloun, y sont publiés en arabe et en français. Et en tamazight ?


Mauvaise herbe, bon son
Le groupe de rap français Mauvaise herbe a passé deux mois à Casa, pour composer et mettre en boîte un premier album à la tchatche rebelle qui devrait sortir d’ici deux mois, avec un featuring des Fez City Clan. En vue, une distribution dans l’Hexagone. Si ça pouvait être le cas de quiconque enregistre à Casa…


20 ans, 10 talents
L’Institut du monde arabe a 20 ans ! Pour fêter l’anniversaire, l’IMA piochera dans sa collection privée pour une grande expo d’art contemporain qui rassemblera, entre autres, dès le 10 décembre, les artistes marocains Kacimi, Belkahia, Qotbi, Cherkaoui, Bennani, Bellamine, Melehi, Ben Dahmane et Talal.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2008 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés