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N° 287
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

À la vue de ces hordes dénudées, ZB se dit que 2007, c’est le grand retour des hormones.

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Suite à une série d’événements qu’il m’est impossible de relater sans monopoliser l’intégralité de ce numéro de TelQuel, Zakaria Boualem s’est retrouvé en plein mois d’août dans la bonne ville de Malaga, el isbaniya précisons-le pour faire comme la TVM. Et il faut savoir qu’à cette période de l’année, la ville organise ce qu’ils appellent une feria. C’est donc tout naturellement que notre héros, conquérant comme jamais, s’est présenté vers minuit, le 11 août 2007, à l’entrée de la feria de Malaga. Il s’attendait à une fête, c’est sûr. On lui avait vaguement parlé de manèges, d’attractions de fête foraine, de troquets, de musique, de bonne humeur généralisée. Mais là, planté devant l’entrée de la feria en question, il est tout simplement paralysé. Il va falloir être très fort pour vous décrire ça… La porte d’entrée de la feria, c’est un truc immense, une sorte d’arc de triomphe illuminé. La consommation électrique de la seule porte pourrait fournir le Burkina Faso pendant une bonne semaine, sans problèmes. Ou Guercif pendant un an, vous avez raison, mais on va essayer d’éviter de vexer les gens, on démarre à peine une nouvelle saison. Derrière la porte, des hectares de bruits et de fureur. On ne distingue même pas la musique, tellement elle est forte. En fait, il s’agit de plusieurs centaines de musiques différentes superposées par toutes les sources de bruit possibles. Au final, c’est un vacarme infernal. Sous la porte, des centaines de jeunes filles, se déplaçant par grappes, pénètrent sans crainte apparente dans l’antre de la feria. Si l’on met bout à bout tout
ce qu’elles portent des pieds à la tête, on pourrait peut-être fabriquer un voile islamique ou deux. Si Zakaria Boualem vous parle des filles, ce n’est pas seulement parce qu’il est un hétérosexuel monomaniaque, c’est surtout parce qu’elles sont en nombre écrasant. À la vue de ces hordes dénudées, Zakaria Boualem se dit que 2007, c’est le grand retour des hormones. Des années de lutte féministe acharnée n’ont finalement rien changé. À la feria de Malaga, il n’est nullement question d’esprit brillant, d’égalité des sexes dans l’entreprise ou de la part de féminité terriblement touchante chez les hommes qui osent l’assumer. On montre ce qu’on a pour séduire, point. Tout ce beau monde boit des quantités effrayantes d’alcool. Ils ont une santé de taureau, c’est impressionnant.

Pendant quelques minutes, Zakaria Boualem s’est senti comme Tarik Bnou Ziad sur les côtes espagnoles, avec l’ennemi en face et la mer derrière lui, sans mafarr possible. Le mafarr, en arabe, c’est l’échappatoire, l’issue de secours. Tarik Bnou Ziad, s’adressant à des combattants exclusivement berbérophones et lui-même berbère, a parlé de mafarr. C’est très drôle, et c’est Hassan El Fad qui a fait remarquer ça à Zakaria Boualem. Tarik Bnou Ziad, pour info, c’était le wali de Tanger et sa conquête de l’Andalousie s’est faite grâce à une alliance avec le gouverneur romain de Sebta, qui lui a fourni les bateaux en espérant récupérer le territoire conquis par les guerriers berbères. Il s’est fait avoir, le pauvre. Toute cette expédition s’est faite sans l’aval des supérieurs arabes de Tarik, en premier lieu Moussa Bnou Noussaïr qui siégait à Kairouan, en Tunisie. D’où le choix exclusif de combattants berbères qui ne comprennent pas le mafarr. Si Zakaria Boualem vous raconte tout ça, c’est pas pour frimer, c’est juste parce qu’il vient de lire un bouquin passionnant et plein d’infos, “Tarik ou la conquête d’Allah”, largement plus efficace que nos cours de tarikh officiel où tout est beau et gentil.

Mais Zakaria Boualem n’est pas Tarik Bnou Ziad. La feria lui fait peur. Il ne sait pas si c’est une question de génétique ou un truc culturel, mais il ne se sent pas armé pour affronter ce qui apparaît désormais clairement comme une version terrestre de l’enfer. Il aurait besoin de bougies pour se les enfoncer dans les oreilles, d’un foie de rechange, et d’une ou deux leçons d’espagnol pour communiquer avec les autochtones. Sans gloire, il plie bagages, le fameux mafarr s’étant subitement matérialisé sous la forme d’un taxi à 42 euros.

 
 
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