À la vue de ces hordes dénudées, ZB se dit que 2007, cest le grand retour des hormones.
Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque
Suite à une série dévénements quil mest impossible de relater sans monopoliser lintégralité de ce numéro de TelQuel, Zakaria Boualem sest retrouvé en plein mois daoût dans la bonne ville de Malaga, el isbaniya précisons-le pour faire comme la TVM. Et il faut savoir quà cette période de lannée, la ville organise ce quils appellent une feria. Cest donc tout naturellement que notre héros, conquérant comme jamais, sest présenté vers minuit, le 11 août 2007, à lentrée de la feria de Malaga. Il sattendait à une fête, cest sûr. On lui avait vaguement parlé de manèges, dattractions de fête foraine, de troquets, de musique, de bonne humeur généralisée. Mais là, planté devant lentrée de la feria en question, il est tout simplement paralysé. Il va falloir être très fort pour vous décrire ça
La porte dentrée de la feria, cest un truc immense, une sorte darc de triomphe illuminé. La consommation électrique de la seule porte pourrait fournir le Burkina Faso pendant une bonne semaine, sans problèmes. Ou Guercif pendant un an, vous avez raison, mais on va essayer déviter de vexer les gens, on démarre à peine une nouvelle saison. Derrière la porte, des hectares de bruits et de fureur. On ne distingue même pas la musique, tellement elle est forte. En fait, il sagit de plusieurs centaines de musiques différentes superposées par toutes les sources de bruit possibles. Au final, cest un vacarme infernal. Sous la porte, des centaines de jeunes filles, se déplaçant par grappes, pénètrent sans crainte apparente dans lantre de la feria. Si lon met bout à bout tout |
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ce quelles portent des pieds à la tête, on pourrait peut-être fabriquer un voile islamique ou deux. Si Zakaria Boualem vous parle des filles, ce nest pas seulement parce quil est un hétérosexuel monomaniaque, cest surtout parce quelles sont en nombre écrasant. À la vue de ces hordes dénudées, Zakaria Boualem se dit que 2007, cest le grand retour des hormones. Des années de lutte féministe acharnée nont finalement rien changé. À la feria de Malaga, il nest nullement question desprit brillant, dégalité des sexes dans lentreprise ou de la part de féminité terriblement touchante chez les hommes qui osent lassumer. On montre ce quon a pour séduire, point. Tout ce beau monde boit des quantités effrayantes dalcool. Ils ont une santé de taureau, cest impressionnant.
Pendant quelques minutes, Zakaria Boualem sest senti comme Tarik Bnou Ziad sur les côtes espagnoles, avec lennemi en face et la mer derrière lui, sans mafarr possible. Le mafarr, en arabe, cest léchappatoire, lissue de secours. Tarik Bnou Ziad, sadressant à des combattants exclusivement berbérophones et lui-même berbère, a parlé de mafarr. Cest très drôle, et cest Hassan El Fad qui a fait remarquer ça à Zakaria Boualem. Tarik Bnou Ziad, pour info, cétait le wali de Tanger et sa conquête de lAndalousie sest faite grâce à une alliance avec le gouverneur romain de Sebta, qui lui a fourni les bateaux en espérant récupérer le territoire conquis par les guerriers berbères. Il sest fait avoir, le pauvre. Toute cette expédition sest faite sans laval des supérieurs arabes de Tarik, en premier lieu Moussa Bnou Noussaïr qui siégait à Kairouan, en Tunisie. Doù le choix exclusif de combattants berbères qui ne comprennent pas le mafarr. Si Zakaria Boualem vous raconte tout ça, cest pas pour frimer, cest juste parce quil vient de lire un bouquin passionnant et plein dinfos, Tarik ou la conquête dAllah, largement plus efficace que nos cours de tarikh officiel où tout est beau et gentil.
Mais Zakaria Boualem nest pas Tarik Bnou Ziad. La feria lui fait peur. Il ne sait pas si cest une question de génétique ou un truc culturel, mais il ne se sent pas armé pour affronter ce qui apparaît désormais clairement comme une version terrestre de lenfer. Il aurait besoin de bougies pour se les enfoncer dans les oreilles, dun foie de rechange, et dune ou deux leçons despagnol pour communiquer avec les autochtones. Sans gloire, il plie bagages, le fameux mafarr sétant subitement matérialisé sous la forme dun taxi à 42 euros. |