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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Meriem Saadi

Musique. Les albums de la rentrée

La rentrée musicale de la nouvelle scène marocaine s’annonce aussi riche que variée. Et il y en aura pour tous les goûts. Petit tour d’horizon des albums les plus prometteurs.


Darga.
L’âge de raison


Intitulé Stop Baraka, le second album de Darga sera celui de la maturité. Rien d’étonnant, lorsqu’on sait que les musiciens du groupe casablancais travaillent sur le CD depuis plus de deux années, pendant lesquelles ils ont sillonné les routes du Maroc, mais aussi d’Espagne. Et rien de mieux les tournées pour souder un groupe composé de dix membres et libérer ses énergies créatrices. “Nous avons enfin trouvé notre propre style, et nous savons exactement quelle empreinte nous voulons laisser avec notre nouvel album”, explique Badr Belhachmi, guitariste des cactus. Moins expérimental que le précédent album, Stop Baraka comptera 9 titres… dont pratiquement la moitié est déjà connue des aficionados du groupe. On retrouvera donc les désormais célèbres Tchoumira, Stop Baraka ou Malna Ala Hala, des titres devenus de véritables hymnes de la jeunesse marocaine, ainsi que deux classiques gnaouis. Au rayon nouveautés figurera notamment un featuring du groupe meknassi H-Kayne, intitulé Koul Wahed Yniyech Ala Kbaltou. Autre événement : pour la première fois de sa carrière, Darga tournera également deux clips, avant fin décembre, pour les fameux Tchoumira et Abdelkrim. En attendant la sortie de l’album et des vidéos, le groupe casaoui s’est produit en Espagne et en Belgique, et aura peut-être l’occasion d’entamer une première tournée dans le monde arabe.


Khansa Batma.
Mademoiselle chante du rock


Changement total de style pour la nièce de Larbi Batma ! En effet, Khansa a décidé de s’éloigner de la fusion de ses deux derniers albums, moyennement convaincants. Mais contre toute attente (et contrairement à ce que laissait présager sa collaboration avec Bigg et H-Kayne sur le clip publicitaire Sma3ni de MobiSud), ce n’est pas un prévisible virage R’n’B qu’elle prend… mais plutôt rock ! Un contre-pied que Khansa ne trouve guère surprenant : “J’ai toujours écouté cette musique, et je suis une grande fan des Rolling Stones, Iggy Pop ou encore les Sex Pistols”, affirm-t-elle. Pour autant, la fille de Hay Mohammadi ne jouera pas à la punkette. Elle ambitionne plutôt de faire du “rock oriental”, chanté en arabe avec des mélodies sensuelles, dans la veine des productions des frères Megri ou de Malek. Le premier single, Gharni, qui passe déjà sur les ondes depuis quelques semaines, illustre bien cette nouvelle orientation de Khansa : un chant mélodieux, sur des accords de guitare assez épurés. Le tout agrémenté d’une petite touche hip hop, grâce à la collaboration du rappeur américain Bossy Boss, qui pose sa voix rauque sur le refrain. Le reste de l’album - qui n’a toujours pas de titre définitif - sera d’après Khansa, imprégné des univers de tous les genres rock. Pour l’aider, elle a fait appel à son frère Tarik, sans lequel elle dit ne pas pouvoir travailler : “Il a une facilité d’écriture qui m’impressionnera toujours”, explique-t-elle. En attendant la sortie de cet opus, la jeune chanteuse a déjà profité de la tournée Maroc Telecom pour le faire découvrir au public. Une bonne manière de prendre la température, pour réussir son come-back, après trois bones années d’absence.


MobyDick.
L’album de la confirmation


à quelques encablures de la sortie de son premier album, Mobydick ne sait plus où donner de la tête. Rappeur perfectionniste et prolifique, l’auteur du tube Toc Toc (Chouf Chkoun) a actuellement toute une série de morceaux déjà prêts. Problème : il a un certain mal à choisir ceux qui trouveront place sur le nouveau CD et se demande même s’il y inclura des titres qui passent depuis plusieurs mois sur les ondes. “J’ai vraiment envie de sortir un album totalement inédit, avec de nombreuses surprises et des collaborations avec d’autres artistes”, confie le rappeur r’bati. Du coup, des tubes comme Ma clique et moi ou encore Image vraie, que MobyDick juge “trop anciens et déjà connus du public”, pourraient, au mieux, se retrouver sur une sorte de compilation, qui sortirait probablement plus tard dans l’année. Du côté des inédits, un titre à retenir : Oulad Chaâb, featuring explosif avec Caprice (Casa Crew) et Hablo, sur lequel Mobydick rappe entièrement en darija. Aurait-t-il décidé de laisser de côté la langue de Molière pour cet album ? “Pas du tout ! L’idée est d’avoir plutôt un équilibre entre les deux langues”, précise-t-il. Tant mieux pour les fans de hip hop français, étant donné que sur la scène actuelle, Mobydick est l’un des rares rappeurs parfaitement bilingues. L’artiste reste très énigmatique quant au titre de l’album. Il doit certainement hésiter entre une petite dizaine de formules qu’il a déjà en tête...


Numydia.
Fusion à l’orientale


Si vous êtes intimement convaincus que la musique gnaouie est la seule à pouvoir être fusionnée avec des sonorités occidentales, vous devez absolument écouter Chrouk Achark, le premier album de la formation r’batie Numydia. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’ils prouvent, en huit titres, qu’il est grand temps de tendre l’oreille vers un pan du patrimoine musical marocain, qui reste pratiquement inconnu pour la plupart des jeunes musiciens actuels. Chrouk Achark regorge ainsi de sonorités empruntées à la aïta marssaouia, au malhoun, au hassani, ou encore au gharnati. Le tout délicieusement mélangé à du flamenco ou encore du fado. Tout au long des morceaux, la guitare, élément central du pot-pourri musical de Numydia, est accompagnée par le cajon, instrument de percussion en bois, d’origine péruvienne.
Sur cet album, le groupe fait montre d’une jolie maîtrise, à l’image de leur leader, Tarik Hilal, professeur de guitare au Conservatoire national de Rabat. Depuis quelques mois, un chanteur a rejoint le groupe, histoire de briser la monotonie qui pouvait parfois se dégager de certains morceaux purement instrumentaux. Pari réussi pour le nouveau venu, de son nom Badr Lekhal, qui a bien su s’intégrer dans l’univers Numydia, tout en apportant une intéressante touche personnelle. Si vos oreilles n’ont pas encore croisé, sur les ondes radio, le premier single du groupe, sorti en mars dernier, pas de panique ! Kannadi, reprise d’un classique marocain, est en ligne sur leur site Internet à l’adresse myspace.com/numydia. Un second single sera diffusé sur les ondes dans les prochains jours, et un concert est prévu le 29 septembre, à la Villa des Arts de Rabat.


Barry.
Objectif Double Album


Pour son retour, Barry entend frapper fort en sortant, avant la fin de l’année, un double album. Mais les deux volets pourraient arriver avec quelques mois d’intervalle, parce que l’artiste a conscience qu’il n’est pas évident pour le public d’acheter simultanément deux albums d’un même artiste. Mais pourquoi un double album ? “Parce que j’ai envie de me diriger vers de nouvelles sonorités, et que je n’ai pas envie de mélanger plusieurs styles éclectiques sur un même CD”, explique-t-il. En effet, le premier opus sera plutôt orienté world music, avec une préférence pour des instruments acoustiques, et verra la participation de plusieurs artistes, dont un certain Karim Ziad (qui a ssuré les arrangements sur Sleepin’ System, premier album solo de Barry). Quant au deuxième disque, il comportera un mélange d’électro, de hip hop, ou encore de ragga. Des DJs européens participeront à son élaboration, ainsi que DJ Van (membre de Fnaïre). Pour faire patienter ses fans, Barry a déjà sorti un single, l’Kaleb, titre engagé construit sur l’instrumental du légendaire Another Brick in the Wall de Pink Floyd. Côté scène, aucun concert n’est prévu avant la sortie de ce double album. Il faudra donc sagement attendre le mois d’octobre (si tout va bien) pour se faire une petite idée sur les nouvelles productions de Barry.


Ahmed Soultan.
Soul polyglotte


ahmed Soultan aurait pu être traducteur. C’est la première chose à laquelle on pense lorsqu’on écoute Tolérance, son précédent album trilingue, sorti en 2005. Mais pour son nouvel album, intitulé Code, prévu pour le mois de Ramadan, Soultan a encore élargi son spectre liguistique : en plus de chanter en arabe, en français et en anglais, il s’essaie cette fois-ci au tamazight. “Avec mon premier album, je me suis rendu compte que le public a apprécié d’écouter de la soul en darija. Je me suis dit alors : pourquoi ne pas essayer la même chose en berbère ?”, explique-t-il. Achkide, le premier single de l’album, tourne déjà sur les ondes, et son vidéoclip, tourné dans la région de Ouarzazate, est fin prêt. Ahmed Soultan reste donc fidèle au Sud marocain, région dans laquelle il habite tout au long de l’année, et où il a enregistré l’intégralité des morceaux de Code. “Je me suis offert un studio chez moi, ce qui me permet de travailler tranquillement, à mon propre rythme”, explique celui qui tient également un commerce d’huile d’argan dans la région d’Agadir. Côté influences, l’album sera teinté de sonorités urbaines, soul, gnaouies, et bien sûr berbères. Une world music qui s’inscrit dans la continuité de Tolérance, “avec un zeste de maturité en plus”, analyse le chanteur qui préfère ne pas en dire plus. Une tournée est prévue après la sortie de l’album, mais aucune date n’est encore fixée.


Nores.
Sortie de l’anonymat


Son nom ne vous dit rien ? Pas très surprenant, vu que ce rappeur slaoui va tout juste sortir son premier album solo. Mais dans le milieu du rap marocain, la réputation de Nores n’est plus à faire. Préférant jusqu’à présent travailler dans l’ombre, il a déjà à son actif une centaine de morceaux instrumentaux, qu’il a produits pour d’autres rappeurs, et une trentaine de featurings avec des artistes tels que Bigg, Jo ou Essofy (lauréat de L’Boulevard 2007). Mais pour son premier opus, intitulé Bit Ennar, Nores a préféré se détourner des collaborations intra-hip hop “pour réaliser un véritable album solo, où ne seront invités que des artistes venant d’autres univers que celui du rap”. C’est ainsi que Nores a fait appel à deux parmi les plus belles voix féminines du R’n’B marocain, à savoir Loubna & Fatiwiz, ainsi qu’à Mokhtar, un chanteur flamenco. Côté textes, en revanche, Nores a choisi de rester ancré dans ses thèmes de prédilection, comme l’éternel clash entre rap underground et rap commercial. Ceux qui s’attendent à des critiques acerbes de la société dans Bit Ennar seront déçus. “Je préfère laisser ce thème de côté, pour le moment, parce que je compte en parler en long et en large dans un livre autobiographique, qui retracerait aussi en filigrane le parcours des premiers rappeurs du Maroc”, justifie l’artiste. L'année 2007 symbolisera donc bien la sortie de l'anonymat de Nores, pourtant vétéran du mouvement hip hop marocain. Il était temps.

 
 
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