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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Chadwane Bensalmia

Télé. Le menu du ramadan

Une scène de Mademoiselle
Kamilia, la sitcom ramadanesque
d’Al Aoula.
(DR)

Après les ratages des trois dernières années, les sœurs ennemies du PAM, 2M et SNRT, croiseront à nouveau le fer pour capter l’audience ramadanesque. Petit round-up des grilles.


La question a valu six mois d’angoisse aux directeurs des chaînes nationales : comment titiller les zygomatiques marocains ce ramadan ? En juillet, Fayçal Laraïchi, président de la SNRT, décidait de superviser lui-même les séances de visionnage des commandes d’Al Aoula, accompagné de son armada de directeurs et d’un cahier des charges sans concessions. La vieille dame, fraîchement relookée, s’est même
attaché les services d’une agence de marketing pour trancher entre les productions proposées. Du côté de 2M, et à quelques jours du mois sacré, on n’avait pas encore fini de peaufiner la grille des programmes.

El Aouni vs Kamilia
“C’est un panel de téléspectateurs qui a choisi la sitcom du prime”, affirme-t-on au sein d’Al Aoula. Et le public aurait craqué pour une certaine “Mademoiselle Kamilia”. La sitcom, écrite et réalisée conjointement par Narjiss Nejjar et Mohamed Achaouar (l’une comme l’autre s’essaient pour la première fois à l’exercice), aurait séduit par son originalité. Le pitch ? “Monté” de son petit village pour étudier le théâtre au conservatoire de Casablanca, Kamal s’installe chez sa sœur… quelques semaines avant de se faire chasser par son beau-frère. SDF par la force des choses, Kamal tombe sur une petite annonce dans un journal, proposant une colocation pour une jeune fille. En désespoir de cause, et petite bourse oblige, l’apprenti théâtreux décide d’user de son talent de comédien, se travestit et se transforme en Mademoiselle Kamilia. Pour camper le rôle principal, le duo de réalisateurs a misé sur Youssef Ouzilal, illustre inconnu du petit écran. “Mais un inconnu à découvrir”, s’enthousiasme la direction.

Du côté de Aïn Sebaâ, on a plutôt préféré (re)faire confiance aux “habitués”. Le rendez-vous du prime time sera, de nouveau, assuré par Saïd Naciri. L’humoriste reconduit en effet son El Aouni pour une deuxième saison. “Mais presque tout a été revu”, s’empresse-t-on d’ajouter, histoire de rassurer les (nombreux) sceptiques : nouveaux décors, nouveaux personnages, nouveaux comédiens… Et pour surfer sur l’air du temps, Naciri est allé jusqu’à aligner dans le casting l’un des rappeurs du groupe gadiri Style Souss. Fatman, alias Aziz Akouz, campera donc le nouveau voisin d’El Aouni, un enfant de l’ancienne médina qui rêve de devenir une star de rap. Ça change, certes, mais on se gardera bien de présager du résultat, vu les promesses non tenues des expériences passées. En attendant, et quel que soit le score d’audience de Naciri, 2M pourra toujours se vanter d’accueillir le come-back télévisuel de Abderraouf. Le comique des années 80 officiera dans une sitcom intitulée “Abderraouf F’lantrite” (Abderraouf à la retraite), qui sera, selon toute vraisemblance, diffusée quotidiennement avant la rupture du jeûne.

Mais c’est Mohamed El Jem, autre visage habituel de l’humour ramadanesque, qui risque de créer la surprise sur Al Aoula. L’homme de théâtre fait preuve de témérité en se lançant dans le talk-show, avec “Jwa men Jem”. Un rendez-vous hebdomadaire où El Jem se propose de commenter l’actualité nationale et internationale, armé de son humour, assisté de ses invités et accompagné d’une bande de musiciens. L’audace de l’idée l’emportera-t-elle sur l’inhabituel casting ? C’est à voir…

De la fiction aussi
Les deux sœurs rivales ne s’opposeront pas uniquement sur le terrain classique de l’humour. La fiction et le cinéma auront également droit de cité. À 2M, on annonce d’emblée la couleur : “Nous avons axé notre programmation sur les productions nationales”. Et par productions nationales, il faut entendre les co-productions cinéma de la chaîne et les productions de téléfilms et documentaires. Ainsi, le magazine Cinéstar accueillera au moins deux petites perles cinématographiques vert et rouge, L’enfant endormi, de Yasmine Kassari et (enfin) Le grand voyage, d’Ismaïl Ferroukhi. Une assez timide incursion documentaire vient s’ajouter à la grille, avec la programmation de trois productions, dont le très bon Nouba d’or d’Izza Genini et un 52 minutes consacré à Mokhtar Soussi. Et pour finir, la grande fierté de la chaîne : les trois derniers épisodes d’Al Kadia, la série de téléfilms signée Noureddine Lakhmari… auxquels Dar El Brihi répliquera par des productions de la Film Industry.
Une fois n’est pas coutume, les deux chaînes ont fait preuve de fair play, en évitant de superposer leurs grilles horaires. Exemple : les productions de la Film Industry d’Al Aoula ont été réservées aux soirées du samedi, alors que 2M caserait plutôt ses téléfilms en semaine. Le rendez-vous sportif de la TVM, Samar Ryadi, a été fixé pour la soirée du vendredi, quand 2M a préféré troquer son émission sportive contre une série de portraits documentaires, le samedi après-midi.

Pour le reste, les cinéphiles peuvent d’ores et déjà réserver quelques soirées devant le petit écran, tant la sélection des deux chaînes respire l’effort, avec une mention spéciale pour 2M. On n’y cache d’ailleurs pas sa fierté de compter des productions de l’année 2007, comme La cité interdite, de Zhang Yimou. On retrouve aussi dans son cycle cinéma international Kingdom of Heaven, de Ridley Scott, L’interprète, de Sydney Pollack, ou encore Collatéral, de Michael Mann. Le cru d’Al Aoula sera certes (à peine) moins jeune, mais il comportera quelques bonnes surprises, dont Troie, de Wolfgang Petersen, Mission to Mars, de Brian de Palma et La mort dans la peau, de Paul Greengrass. La vieille dame la jouera également populaire, avec deux cycles consacrés aux cinémas indien et arabe. Cela suffira-t-il pour nous faire oublier la télécommande du récepteur satellite ? Rien n’est moins sûr...

 
 
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