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Media Films Development. De l'écrit à l'écran
N° 288
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Cerise Maréchaud

Cinéma.
Media Films Development. De l’écrit à l’écran

Photo de famille des participants à
la session estivale du MFD 2007.
(DR)

MFD 2007, acte II. L’atelier de développement de longs-métrages conduit par Nabil Ayouch vient de clore sa session d’été. État des lieux.


Cliquetis de couverts, mines sérieuses, bruissements de confidences autour d’un flan au chocolat… À défaut d’entendre les conversations au buffet de midi du Méridien, on les devine : ça parle sûrement cinéma. Du 23 au 30 Juillet 2007, le luxueux hôtel, bulle d’air conditionné dans la fournaise marrakchie de juillet, a accueilli la deuxième session de Meda Films Development (MFD) (Voir TelQuel N° 264).

Signe particulier de cet atelier cinématographique : réhabiliter le duo scénariste / producteur, à l’origine du Septième art. “Cela ne se fait plus depuis quatre-vingts ans, on a oublié nos fondamentaux, constate son chef de file, Nabil Ayouch. Le cinéma n’est pas un art de l’instant, mais une transformation d’une matière écrite en matière audiovisuelle”, et au cours de laquelle vision artistique et questions de financement vont naturellement de pair. D’autant que, dans les pays méditerranéens de ce workshop, scénaristes et producteurs professionnels se comptent sur les doigts d’une seule main.

Mieux que la “vraie vie”
S8, T3, P2, T6… Sous ces codes se structure une intense semaine de travail pour les vingt participants. “Passer ainsi, en vase clos, trois semaines entières avec son auteur ou son producteur, c’est devenu impossible dans la ‘vraie vie’”, souligne Isabelle Fauvel, directrice d’Initiative Film, structure spécialisée dans le développement, et l’une des deux “tuteurs producteurs” de MFD 2007 avec l’Allemand Christoph Thoke.

“Normalement, la phase de développement va de l’idée au premier clap, explique Nabil Ayouch, mais nous sommes les seuls dans le genre à dépasser ce cadre strict”. Ecriture, son, musique, titre, montage, image, distribution… rien n’est laissé de côté. Et chaque volet a droit à son “expert” ou invité : Lary Sider, directeur de School of Sound Symposium ; Charlie Van Damme, ancien chef du département image de la FEMIS (Fondation européenne pour les métiers de l’image et du son) ; Jacques Fieschi, scénariste et réalisateur ; ou encore Nelleke Drissen, directrice de la société de marketing et de distribution Fortissimo. Des expertises gratuites et précieuses, dans une période de développement souvent longue (cinq à six ans) “où l’on se sent très seul”, témoigne Selma Bargach, auteur de La Cinquième corde, l’un des deux projets marocains.
Plus qu’un enseignement, le cycle MFD est surtout un échange. Et pas seulement entre maîtres et disciples. “Je suis enchanté de voir à quel point les participants arabes et israéliens se mélangent et sont critiques envers les politiques ségrégationnistes de leurs pays respectifs”, note Nabil Ayouch. Une flèche décochée en direction de la presse islamiste qui s’était, sans surprise, offusquée de la présence d’Israéliens dans le programme. C’est d’ailleurs un tandem israélo-palestinien, dont le projet L’Héritage raconte l’histoire d’une famille arabe israélienne qui se déchire et se révèle au chevet du père, qui s’installe un peu timidement dans cet étroit bureau moquetté, face aux deux “tuteurs producteurs”. Car à MFD, il faut parfois accepter d’être un peu bousculé par les avis extérieurs, et le débat s’emballe quand Ala Hlel, l’auteur, et Arik Bernstein, le producteur, annoncent vouloir confier la réalisation du film à Hiam Abbas. “C’est une femme, OK, palestinienne, très bien, elle a un nom, encore mieux. Mais vous n’avez même pas vu ses films !”, s’étonne Isabelle Fauvel. “Et n’utilisez plus le mot ‘universel’. Il ne veut rien dire !”, supplie plus tard Christoph Thoke. Au diable les susceptibilités ! “Une bonne critique ne remet pas en cause la personne, mais plutôt des choix”, temporise Isabelle Fauvel. Ce midi, elle recommandait vivement à un autre tandem de changer le titre de leur film, Bells in Jerusalem. “Je voudrais deux cloches, s’il vous plaît !”, moque-t-elle gentiment en imaginant deux spectateurs potentiels au guichet. “Difficile de définir un bon titre, mais je sais ce que c’est qu’un mauvais”.

D’une session à l’autre, un scénario peut changer radicalement. “Certaines scènes cassaient le rythme ou étaient mal comprises”, explique Rachida Saâdi, productrice de La Cinquième corde, impressionnée par Rebecca O’Flanagan, professeur de scénario à la School of Film and Digital Media de Galway. “En une lecture, elle a su totalement analyser notre rôle principal”. “On ne visualisait pas suffisamment les personnages, et il a fallu trouver un fil directeur plus clair entre les quatre chapitres de l’histoire”, retient pour sa part Salima Benmoumen, auteur de Une place pour les pieds d’Atlas, avec lequel elle a participé à d’autres ateliers.

Croiser les regards
Une nouveauté précieuse cette année : le recours à plus d’experts anglo-saxons, pour s’émanciper d’une “relation à la francophonie qui traîne depuis le protectorat”, justifie Nabil Ayouch, intéressé par cette autre vision du cinéma. “Elle offre un sens plus aigu de la dramaturgie, à travers des scénarios plus structurés, ou une façon de mettre en avant, dans le son, tantôt les voix, les bruitages ou l’ambiance. Ce sont des choix que les francophones ont plus de mal à faire”.

Côté production, contrat et argent, tout le monde s’accorde : “Tout encadrer, par écrit et le plus tôt possible”, insiste Pierre Lautier, avocat au barreau de Paris spécialisé dans les droits d’auteur. Cette deuxième session de MFD 2007 a d’ailleurs pour thème principal les mille et une contraintes réglementaires et juridiques qui jalonnent le parcours d’un film. “Dans la production créative, tout le monde s’entend, mais on ne parle pas assez des choses qui embarrassent”, fait remarquer le juriste. Fort heureusement, pour adoucir les angles parfois douloureux des questions juridico-financières, l’équipe de MFD a eu droit à quelques moments de grâce. Invité pour évoquer l’importance d’une collaboration précoce – dès l’écriture – entre scénariste et compositeur, l’oscarisé Gabriel Yared, Français d’origine libanaise qui a signé les musiques de 37°2 le matin et Le Talentueux Mr Ripley, s’est installé au piano. “Il nous a joué certains morceaux de films que l’on a retrouvés ensuite lors de la projection d’extraits correspondants”, rapporte Selma Bargach, encore hypnotisée. Notamment cette scène culte du Patient anglais, où l’infirmière Hanna (campée par Juliette Binoche) découvre les fresques murales d’une église toscane à la lueur d’une bougie. Une lumière qui, souhaitons-le, éclairera aussi l’avenir des films à développer de MFD.



MFD 2007. Le cru marocain

Heureuse surprise : ce sont deux équipes féminines qui représentaient le Maroc à l’édition 2007 du MFD. Actrice sur les planches, au cinéma et à la télé, metteur en scène et réalisatrice de trois documentaires, Salima Benmoumen fait équipe avec Nezha Drissi, directrice de Tact Production, rencontrée lors d’un récent Festival de Salé, et qui en douze ans a produit une trentaine de documentaires. Leur projet de long-métrage, intitulé Une place pour les pieds d’Atlas, raconte les vies de quatre générations de femmes du Moyen Atlas au 20ème siècle, sur fond de haydouss et de confrontation avec les hommes. À leurs côtés, l’auteur Selma Bargach et Rachida Saâdi, associée de Hassan Benjelloun au sein de Bentaqerla et ayant déjà produit un des courts-métrages de Selma (Jamais plus), sont une nouvelle fois liées par La Cinquième corde, une histoire d’apprentissage et de parcours initiatique, des notes de luth en toile de fond.

 
 
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