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N° 288
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Ahmed R. Benchemsi

En attendant le n°2

Ahmed R. Benchemsi
(SEBASTIEN MICKE/PARIS MATCH)

Et si cette fois, c’était le Premier ministre qui jouait ce rôle ? Ce serait une première !


Alors, vous voyez bien que les législatives n’ont rien changé, au fond… Le PJD a fait un bon score ? C’était prévu. Ça ne lui suffit pas pour arriver aux affaires, toutes les combinaisons gouvernementales demeurent possibles ? C’était prévu aussi. La grande question est maintenant : qui sera Premier ministre ? Là aussi, tout est possible, d’El Othmani à… Benmoussa ! Eh oui, les mêmes causes produisant les mêmes effets, il serait encore une fois logique que le roi nomme un
premier ministre technocrate – seule solution pour mettre d’accord des partis dont aucun n’a de réelle prééminence sur les autres. Pourquoi Benmoussa ? Mais parce qu’il connaît toute la classe politique, pardi ! Comme Jettou en 2002, il a négocié avec elle le Code et le découpage électoraux, il peut bien négocier la formation d’un gouvernement. Ou peut-être que ce sera quelqu’un d’autre… l’un des jeunes loups qui ont forcé la porte de l’Istiqlal ou de l’USFP – au risque que cela fasse imploser son parti, puisque El Fassi et Elyazghi ne se laisseront pas faire aussi facilement, eux dont le but ultime a toujours été la primature…

Mais pour quoi faire, au fond ? S’il s’agit de faire du Jettou, autant que ce soit Benmoussa, voire Jettou lui-même qui le fasse. Le mieux que puisse faire un premier ministre, sous nos cieux, est de se tenir à l’écart du pouvoir réel. Jettou l’a fait avec loyauté et abnégation, tout en se concentrant sur l’économie, l’industrie, le commerce, les infrastructures… Bref, toutes ces choses utiles pour le pays, mais sans qu’elles soient cruciales pour son avenir. En tout cas, moins cruciales que des réformes institutionnelles profondes comme, par exemple, celle de la Justice, voire celle… de la Constitution !

Cela dit, il y a tout de même une nouvelle donne importante, dans le paysage politique marocain : la sortie de scène de Fouad Ali El Himma. Valeur d’aujourd’hui, il n’y a pas de numéro 2 du régime, quelqu’un qui pourrait jouer le rôle traditionnel de “tampon” entre le roi et les islamistes, le roi et les sécuritaires, le roi et la presse… bref, entre le roi et les problèmes. Basri avait joué ce rôle aux côtés de Hassan II. El Himma a rempli la même fonction pendant les huit ans de règne de Mohammed VI. Deux hommes différents, deux styles différents, mais aussi deux rois différents. Qui succédera à El Himma ? C’est la vraie question de la rentrée, beaucoup plus que le résultat des élections. Et il est très difficile d’y répondre. Le “style M6” - du moins ce qu’on en a vu jusqu’à présent - consiste à déléguer au premier ministre les affaires courantes, et à s’appuyer sur des amis proches en qui il a entière confiance, pour gérer les affaires sérieuses. Ces derniers étaient principalement recrutés dans le cercle très restreint des camarades de collège du roi.

Mais il n’en reste plus ! El Himma est out, Aourid aussi, Chraïbi ne s’occupe pas de politique (du moins, pas à notre connaissance), Mansouri est très utile (et manifestement compétent) là où il est, c’est-à-dire dans l’ombre… Qui, alors ? A moins qu’Aourid revienne (ce qui est improbable) ou qu’El Himma revienne (ce qui n’est pas improbable, mais ça prendra du temps), Mohammed VI est seul en première ligne. Mais la nature a horreur du vide et il faudra bien, bon gré mal gré, qu’un n°2 émerge. Tel qu’il est, le système politique marocain ne peut s’en passer.

Et si ce rôle était joué… par le Premier ministre ? Même par défaut, ce serait une grande première. Mais dans ce cas, les chances de voir un politicien à la primature sont d’autant plus réduites. Elyazghi, El Fassi, voire El Othmani ? Exclu de les voir jouer un rôle aussi prégnant que celui que jouait El Himma. Un “jeune techno”, du genre Ghellab ou Douiri ? Difficile à imaginer qu’un profil de ce type se transforme en un clin d’œil en expert roué et chevronné du système politico-makhzénien… Tout ça nous ramène donc à l’hypothèse Benmoussa ou, pourquoi pas, Meziane Belfqih (mais avec Benmoussa en appoint, par exemple en conservant son poste actuel). à moins que Mohammed VI ne veuille s’exposer directement… ça, ce serait du changement !

 
 
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