En attendant le n°2
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Ahmed R. Benchemsi
(SEBASTIEN MICKE/PARIS MATCH)
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Et si cette fois, cétait le Premier ministre qui jouait ce rôle ? Ce serait une première !
Alors, vous voyez bien que les législatives nont rien changé, au fond
Le PJD a fait un bon score ? Cétait prévu. Ça ne lui suffit pas pour arriver aux affaires, toutes les combinaisons gouvernementales demeurent possibles ? Cétait prévu aussi. La grande question est maintenant : qui sera Premier ministre ? Là aussi, tout est possible, dEl Othmani à
Benmoussa ! Eh oui, les mêmes causes produisant les mêmes effets, il serait encore une fois logique que le roi nomme un
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premier ministre technocrate seule solution pour mettre daccord des partis dont aucun na de réelle prééminence sur les autres. Pourquoi Benmoussa ? Mais parce quil connaît toute la classe politique, pardi ! Comme Jettou en 2002, il a négocié avec elle le Code et le découpage électoraux, il peut bien négocier la formation dun gouvernement. Ou peut-être que ce sera quelquun dautre
lun des jeunes loups qui ont forcé la porte de lIstiqlal ou de lUSFP au risque que cela fasse imploser son parti, puisque El Fassi et Elyazghi ne se laisseront pas faire aussi facilement, eux dont le but ultime a toujours été la primature
Mais pour quoi faire, au fond ? Sil sagit de faire du Jettou, autant que ce soit Benmoussa, voire Jettou lui-même qui le fasse. Le mieux que puisse faire un premier ministre, sous nos cieux, est de se tenir à lécart du pouvoir réel. Jettou la fait avec loyauté et abnégation, tout en se concentrant sur léconomie, lindustrie, le commerce, les infrastructures
Bref, toutes ces choses utiles pour le pays, mais sans quelles soient cruciales pour son avenir. En tout cas, moins cruciales que des réformes institutionnelles profondes comme, par exemple, celle de la Justice, voire celle
de la Constitution !
Cela dit, il y a tout de même une nouvelle donne importante, dans le paysage politique marocain : la sortie de scène de Fouad Ali El Himma. Valeur daujourdhui, il ny a pas de numéro 2 du régime, quelquun qui pourrait jouer le rôle traditionnel de tampon entre le roi et les islamistes, le roi et les sécuritaires, le roi et la presse
bref, entre le roi et les problèmes. Basri avait joué ce rôle aux côtés de Hassan II. El Himma a rempli la même fonction pendant les huit ans de règne de Mohammed VI. Deux hommes différents, deux styles différents, mais aussi deux rois différents. Qui succédera à El Himma ? Cest la vraie question de la rentrée, beaucoup plus que le résultat des élections. Et il est très difficile dy répondre. Le style M6 - du moins ce quon en a vu jusquà présent - consiste à déléguer au premier ministre les affaires courantes, et à sappuyer sur des amis proches en qui il a entière confiance, pour gérer les affaires sérieuses. Ces derniers étaient principalement recrutés dans le cercle très restreint des camarades de collège du roi.
Mais il nen reste plus ! El Himma est out, Aourid aussi, Chraïbi ne soccupe pas de politique (du moins, pas à notre connaissance), Mansouri est très utile (et manifestement compétent) là où il est, cest-à-dire dans lombre
Qui, alors ? A moins quAourid revienne (ce qui est improbable) ou quEl Himma revienne (ce qui nest pas improbable, mais ça prendra du temps), Mohammed VI est seul en première ligne. Mais la nature a horreur du vide et il faudra bien, bon gré mal gré, quun n°2 émerge. Tel quil est, le système politique marocain ne peut sen passer.
Et si ce rôle était joué
par le Premier ministre ? Même par défaut, ce serait une grande première. Mais dans ce cas, les chances de voir un politicien à la primature sont dautant plus réduites. Elyazghi, El Fassi, voire El Othmani ? Exclu de les voir jouer un rôle aussi prégnant que celui que jouait El Himma. Un jeune techno, du genre Ghellab ou Douiri ? Difficile à imaginer quun profil de ce type se transforme en un clin dil en expert roué et chevronné du système politico-makhzénien
Tout ça nous ramène donc à lhypothèse Benmoussa ou, pourquoi pas, Meziane Belfqih (mais avec Benmoussa en appoint, par exemple en conservant son poste actuel). à moins que Mohammed VI ne veuille sexposer directement
ça, ce serait du changement ! |