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N° 288
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Chadwane Bensalmia

La semaine.

Une scène de Chelh ou Bghaha
Fassia, de Brahim Chkiri.
(DR)

Rajae Belmlih n’est plus. La dame aux camélias

Elle aurait pu l’être, la courtisane d’Alexandre Dumas, douce, altruiste, admirable par son courage et sa générosité. À la différence près que son amour à elle avait pour nom la musique. Grande cantatrice, amatrice de peinture et de poésie classique, doctoresse en littérature arabe, Rajae Belmlih était sans nul doute la plus cultivée et la plus discrète des chanteuses marocaines. Une grande dame dont la scène artistique est trop avare. Révélée, comme tous les visages de sa génération, par les soins du parrain Abdennbi El Jirari, elle avait pris le chemin du Caire au début des années 90, mais avait toujours refusé
d’entrer dans le moule moyen-oriental. Vingt ans plus tard, elle était restée la même jeune fille réservée et passionnée, au sourire éternel et à l’élégant caftan vert, qui avait conquis le Maroc entier avec Ya Jara Wadina, avant de séduire tout le monde arabe. Et quitte à se faire rare, elle prenait le temps de trouver ses idées, d’un classique revisité comme Sabri Aalik Tal ou plus tard d’un Chouq El Ouyoun qu’elle ouvre avec la voix de Abdelhalim Hafez et ponctue sur Oum Kaltoum. Elle avait sa propre vision de la musique et s’y tenait contre vents et marées, comme elle tenait à son humanisme. En 1999, l’UNICEF la désignait ambassadrice de bonne volonté, en reconnaissance de ses contributions artistiques, humanitaires et caritatives. Les larmes versées par Abdelhadi Belkhayat et Latifa Raafat à ses funérailles, le 3 septembre, pleuraient autant la cantatrice, la femme que l’amie. Partie trop vite, trop tôt, trop jeune.


Sortie. Faux-semblants

Découvrant que sa jeune épouse le trompe, Ted Crawford (Anthony Hopkins) décide de l'assassiner. Mais rien ne marche comme prévu : non seulement l'épouse survit, mais le policier qui s'occupe de l'enquête se trouve être... son amant. Willy Beachum (Ryan Gosling), ambitieux procureur adjoint, se voit confier l'affaire, qui va tourner à l'affrontement entre deux hommes à la personnalité et aux objectifs opposés. Il est vrai que l'intrigue, d'inspiration outrageusement hitchcockienne, est un peu tortueuse et la mise en scène sans véritable originalité. Certes, avec La Faille, Gregory Hoblit livre un thriller judiciaire qui ne révolutionne pas le genre, mais le réalisateur a surtout le mérite de donner à ses acteurs, l'inusable Hopkins et le très prometteur Ryan Gosling, des interprétations de haut vol, sans jamais tomber dans la caricature. Au final, La Faille est un film sans prétention, combinant les recettes classiques du genre (rebondissements, plaidoiries, manipulation psychologique...), pour faire un honnête moment de divertissement.

La Faille, au Mégarama.



Comédie musicale. Joudia la môme

Initialement annoncée pour camper le rôle d’Edith Piaf dans la comédie musicale de Maïa Vion, la jeune Nabyla Maân s’est finalement retirée du casting, faute de disponibilité, pour être remplacée par Joudia Belkbir. La lauréate de Studio 2M, qui avait, pour rappel, brillé par sa superbe reprise de Milord, de Piaf, retrouvera ses anciens camarades de classe de chez Christie Caro. Elle donnera la réplique à Marouane El Bekri, improvisé boxeur pour entrer dans la peau de Marcel Cerdan. Le contre-temps causé par le départ de Maân n’aura cependant eu aucune incidence sur les dates des représentations. Encore quelques séances de répétition, et la troupe sera fin prête pour la première.

Le 17 novembre au théâtre Mohammed V à Rabat.



Cinéma. Le dico de la cinquantaine

La première avait été conçue à la hâte, en 2005. Pour l’inauguration de la salle “Cinémas du monde” par le Maroc au Festival de Cannes - et en préparation de la section Panorama du cinéma marocain au sein du FIFM - le CCM pondait une première filmographie du cinéma marocain, “1958, 2005”. Deux ans et quelque 25 productions supplémentaires plus tard, le CCM s’est penché sur l’actualisation de l’ouvrage. Opération de communication pour une rentrée chargée, ou simple prétexte pour rectifier les omissions et erreurs du premier volet ? Un peu des deux, finalement. La marocanité des films et leurs dates de sortie, même les plus anciens d’entre eux, ne font pas toujours l’unanimité. Le nouveau “dico” ne sera cependant pas commercialisé, mais mis à la disposition des professionnels avant la fin 2007. Un deuxième, consacré aux courts-métrages, suivra. Celui-là se serait probablement imposé après une certaine virée de nos courts à la Mostra de Venise !


Parution. L’histoire du Metal

Hier emprisonné, aujourd’hui témoin pour la postérité ! La roue tourne. Amine Hamma, l’un des musiciens incarcérés en 2003 pendant la triste et scabreuse “affaire des Satanistes”, a aujourd’hui droit à sa part de gloire – celle du metal marocain par la même occasion. Le rockeur a en effet été interviewé par le sociologue Gérôme Guibert pour les besoins d’un livre dédié aux scènes metal à travers le monde et publié conjointement par les éditions Mélanie Séteun et l’IRMA (Centre d’information et ressources pour les musiques actuelles), l’un des organismes de référence sur les musiques actuelles en France. Intitulé “De l’international metal au conflit sociétal local – la scène de Casablanca”, l’article d’une vingtaine de pages propose un historique complet du développement de la scène metal casablancaise par le témoignage de celui qui fut l’un des instigateurs d’Immortal Spirit, dès 1996... Quelquefois, le destin fait bien les choses.


Album. Re-Babylone

Moins de deux ans après avoir créé la surprise avec leur lumineux Agadir Ifawn, ressuscitant un rebab trop longtemps abandonné aux anciens, les Amarg Fusion remettent le couvert et préparent un second album, toujours à la gloire du patrimoine des rouaïss du Souss. Une recette qui a fait le succès du précédent album, vendu, selon le chanteur Ali Faïk, à plus de 80 000 exemplaires. Intitulé Argan, le nouvel opus comportera une douzaine de titres, dont neuf sont déjà prêts pour l’enregistrement, prévu en octobre. Les trois restants en sont encore au stade de “peaufinage”. Toujours chantés en tamazight, les textes reprendront les thèmes traditionnels du groupe, célébrant l’eau, l’arganier ou le travail collectif. Parrainés par l’association Timitar, les sept Gadiris devraient bientôt signer avec Platinium, et bénéficier du sponsoring de Méditel et Akwa.


Essaouira. La classe des koyos

“Préserver la mémoire et assurer l’avenir”. C’est l’ambition annoncée par la première Ecole d’art gnaoui, qui ouvrira ses portes, en octobre prochain, en pleine médina souirie, accueillie par le Conservatoire de musique de la ville. Fruit d’une convention de cinq ans, signée par la ville, la wilaya et les associations Essaouira-Mogador et Terre Gnaoua, avec un budget de démarrage de quelque 235 700 DH et une subvention mensuelle de 100 000 DH, accordée par la municipalité, l’école accueillera trente jeunes koyos de la ville (et des candidats libres) dans le cadre d’ateliers mensuels. Ils y seront encadrés par huit maâlems (dont Abdeslam Alikane), des ethnologues et des musicologues. L’école développera également un fonds documentaire (livres, cassettes, CD, études et enregistrements) sur la confrérie et les maîtres gnaouis. C’est pas trop tôt…


Cut Killler. La mix-tape vert et rouge

Annoncé depuis belle lurette, l’album Opération Freestyle Maroc de la star des DJs hip-hop et R’n B de l’Hexagone, Cut Killer (alias Anouar Hajoui), et qui promettait des featurings entre rappeurs du Maroc et d’ailleurs, devrait finalement voir le jour en janvier. Dans une interview accordée au site rocma-rap.ma, Cut Killer a annoncé le début des sessions d’enregistrement pour la fin du mois d’octobre, à Paris et au Maroc. En attendant, une mix-tape réunissant une vingtaine de titres d’enfants du rap rouge et vert (Aminoffice, DJ Med, Casa Crew, Fez City Clan, Hel Lmkan, Azed, Caprice, Steph Raggaman, Bigg ou encore Nores), et remixés par les soins du scratcheur beur, a d’ores et déjà été mise en vente à Casablanca et Meknès. On attendra la suite pour les commentaires.


Tournage. FBI aïe aïe

À force de lire que le royaume ouvrait les bras à des centres secrets de la CIA, Hollywood commence à y voir désormais le cadre idéal pour filmer les tribulations d’un agent secret américain, en immersion dans une organisation terroriste, passé du côté obscur. Oh, le vilain ! Un scénario assez apocalyptique pour être réalisé par Jeffrey Nachmanoff, scénariste du Jour d’après. Traitor s’annonce ainsi comme un thriller d’espionnage ultra-classique, auquel on pardonnerait volontiers ses accointances avec les théories bushistes pour voir le génial Don Cheadle (Hotel Rwanda) et le trop rare Guy Pierce (Memento) jouer au chat et à la souris à Marrakech, où le tournage se délocalisera une semaine début novembre.


Le livre.

Le dossier falsifié des armes de destruction massive, qui a justifié l’invasion de l’Irak, le soutien au régime corrompu du Venezuela, le changement de la position américaine quant à la définition de la torture, le refus de se plier à une quelconque contrainte ou obligation internationale… la politique étrangère des Etats-Unis ne laisse aucune place au doute. La première puissance mondiale a toutes les caractéristiques de «l’Etat manqué», expression servie par l’Oncle Sam pour désigner les Etats incapables de protéger leurs citoyens, et partant, y légitimer son intervention militaire. Noam Chomsky répercute l’appel d’experts et de juristes, criant à la violation américaine des conventions et traités internationaux, notamment sur la question de l’armement de l’espace, menaçant la survie de l’humanité entière.

Les Etats manqués ; Noam Chomsky : Ed Fayard.




Humeur.
Amour vache

Hassan Hamdani
h.hamdani@telquel.info

Le parti d’extrême gauche Annahj Addimocrati me pose un problème cornélien. Je ne partage pas le plus infinitésimal atome crochu avec ses idées politiques moisies, mais je l’aime tout de même. Annahj, si l’on se fie à son programme, veut me dépouiller de mon petit confort personnel de citadin, pour le redistribuer à des pue-la-sueur que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam. Pas grave, je ne leur en tiens pas grief, puisque l’amour rend aveugle. Mais n’exagérons rien. Mon penchant sentimental pour Annahj Addimocrati est purement platonique. Dans l’intimité, son marxisme-léninisme, même s’il portait des shorts moulants, ne m’empêcherait pas de dormir. Mon inclination pour cet archaïsme des années 70 relève plutôt du respect. Celui dû au courage d’hommes qui ont fait de la politique, à une époque où cela équivalait à jouer à la roulette russe avec six balles dans le barillet. Et puis, les membres d’Annahj sont si distrayants. Ils font penser à un cercle des militants disparus qui ruent dans les brancards, bousculant le consensus mou et sa chape d’ennui qui vous tuent lentement, mais sûrement. Le slogan de mai 68, “Elections, piège à cons”, qui sonnait faux dans la bouche de révolutionnaires de salon, crié par ces grandes gueules, résonne juste. Comme un mot doux à mes oreilles sourdes au tapage électoral.



Le million de la Star’Ac
“Je lui pardonnerai, si jamais elle change d’avis”. C’est par ces mots paternalistes que le directeur de Karoui & Karoui a commenté cette semaine le conflit qui l’oppose à la lauréate de la 1ère édition de la Star Academy Maghreb, Hajar Adnane, qui aurait exigé un million de dirhams pour la tournée, montant revu à la baisse depuis (de 50%). Pas suffisamment, au goût de l’agence tunisienne.


Latif Lahlou primé
Projeté la semaine dernière en compétition de la 31ème édition du Festival des films du monde de Montréal, Les jardins de Samira, dernier film de Latif Lahlou - une critique sociale qui plaide la cause féminine - a glané le prix du meilleur scénario et celui de la critique internationale. Jolie moisson.


El Fad chez Nesma TV
Absents des grilles
nationales cette année, Hassan El Fad et Hanane El Fadili tournent actuellement sous la direction du tunisien Moncef Douib, aux côtés de compères algériens, tunisiens et libyens, dans une sitcom ramadanesque de Nesma TV.

 
 
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