Moi, Zakaria Boualem, je déclare officiellement que je vais voter.
Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque
Je soussigné Zakaria Boualem, originaire de la ville de Guercif et inscrit sur les listes électorales du Maârif, déclare officiellement par la présente ne rien comprendre du tout aux élections. Il ne sagit pas de mauvaise volonté, de mauvaise foi ou de nihilisme sceptique, cest juste un fait : je ne comprends rien à ce qui va se passer, même en essayant. Jajoute que jai quelques bonnes raisons de croire que je ne suis pas le seul. Même ceux qui croient avoir compris, eh ben, quand on leur pose deux ou trois questions, on se rend compte quils nont rien compris du tout. Cest en regardant un spot télé, qui montrait le bulletin de vote, que jai réalisé que je navais rien compris. Heureusement quils lont montré, ce bulletin de vote en forme de poster, sinon jaurai pris peur dans lisoloir. Sur le bulletin, un nombre absurde de symboles en tout genre, on dirait un peu la police wingdings de Microsoft Word 95. Il faut cocher deux fois, pour avoir des femmes au Parlement. Ensuite, il va y avoir un calcul de fait pour déterminer le nombre de sièges par parti. Dans le détail du calcul, il y a une histoire de coefficient électoral, de plus fort reste, de pondération
et je mets au défi quiconque de mexpliquer ça correctement.
Cela dit, jai quelques excuses à faire valoir : je rappelle aux plus jeunes lecteurs quil fut un temps où lon nous demandait de nous rendre aux urnes pour dire Na3am. Ça, au moins, cétait clair. Et en plus, pour éviter toute erreur, due à lanalphabétisme sans doute, on conseillait vivement à tout le monde de garder le bulletin La pour |
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lexhiber à la sortie. Bon, et maintenant, il y a un tableau avec des voitures, des lanternes, des éléphants, des poulpes
Euh, non, il n'y a pas de poulpes, jexagère, mais il y a bien un éléphant. Jai même vu le leader des éléphants à la télé hier. Un brave homme sans doute, qui a fait un discours en trois points :
Louange à tous les rois du Maroc.
Il y a plein de problèmes, cest de la faute des partis en place.
Il faut voter pour le renouveau, donc pour un parti nouveau, donc léléphant qui est le symbole de la confiance en lavenir.
Très bien construit le discours, sauf que dans la bouche dun homme qui a largement dépassé les 70 ans, ça passe pas très bien, lidée de renouveau. Non, cest pas cruel, cest juste des maths.
On élimine léléphant, donc, et le problème nest pas réglé. Les autres partis sont unanimes : ils veulent lutter contre lanalphabétisme, la corruption, la pollution, le chômage, améliorer la santé publique, augmenter le SMIC demain matin, et planter des espaces verts, le tout en conformité avec le cadre religieux et culturel du Maroc moderne et traditionnel, et en restant patient sil vous plaît. Ils disent tous la même chose. Cest très bien, je peux donc voter pour nimporte qui, puisque ça revient au même. Parce que moi, Zakaria Boualem, je déclare officiellement que je vais voter. Cest même la seule chose que jai comprise, quil faut que je vote. Vu la masse dargent quon a dépensée pour men convaincre, ça serait vraiment la moindre des choses. Il y a eu des spots, des affiches, des émissions, des sites Internet
Au final, une véritable séance dhypnose collective avec un seul mot dordre : VOTE. Il faut saluer au passage lexcellente qualité des moyens de communication mis en uvre. Les spots citoyens, ils sont classe, rien à dire. À limage de la modernité au Maroc : elle sapplique uniquement à la forme, pas au fond, aux moyens de véhiculer le message, pas au message lui-même. Cest comme lorsquun de ces types qui veulent nous renvoyer au Moyen-âge vient expliquer quil est moderne parce quil a lADSL.
Donc, pour qui voter ? Parce quen plus, ils samusent à brouiller les pistes
Le PJD nous explique quil présente des femmes non voilées (sic), lIstiqlal envoie des jeunes (sic et resic), lUC recrute des mecs dynamiques (rereresic), le Parti de laction se présente sous la forme dun il (mmm
). Allez vous y retrouver là-dedans, et merci. |