Exécutif. En attendant le gouvernement...
Algérie. La violence, encore et toujours
Marchés. Des urnes et des thunes
Portrait. Le retour du couple éternel
Musique. La radio à Manu
N° 289
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Karim Boukhari

Musique. La radio à Manu

Manu Chao, troubadour
altermondialiste.
(DR)

Après les ratages des trois dernières années, les sœurs ennemies du PAM, 2M et SNRT, croiseront à nouveau le fer pour capter l’audience ramadanesque. Petit round-up des grilles.


Bonne nouvelle, le cinquième album solo de Manu Chao est sans surprise, c'est-à-dire remarquable, et il est en train de casser la baraque dans le seul endroit de la planète où le chanteur franco-espagnol n’est pas encore une star : l’Amérique de Bush. Il y a eu le cultissime “Clandestino”, la confirmation “Proxima estacion esperanza”, le live “Radio Bemba sound system”, et le très intimiste
“Sibérie m’était contée”, sans compter la parenthèse du magnifique “Dimanche à Bamako”, avec le duo Amadou & Mariam. Aujourd’hui, il nous faudra se résoudre à passer en boucle “La Radiolina”, un album rafraîchissant où chacune des 21 plages pèse plus lourd qu’une bonne partie de la production pop actuelle.

La première écoute dégage le hit “Rainin’ in paradize”, au beat très rock, dans lequel l’ancien leader des Mano Negra passe en revue les “paradis” terrestres, c'est-à-dire les régions de monde où la guerre bat son plein (Irak, Palestine, etc.). En dehors du gros son, parfaitement taillé pour les radios américaines, le texte, le phrasé et le message semblent sortir tout droit du mythique “So much trouble in the world” de Bob Marley. Oui, Marley, l’autre icône altermondialiste avant l’heure. Dans la même veine contestataire, Chao chante “Politik kills” et personne, à l’écoute de ce morceau aérien, n’aura envie de le contredire.

Si “Besoin de la lune”, “Siberia” et “13 Dias” semblent provenir des chutes du génial “Sibérie m’était contée”, “La vida tombola” creuse le sillon ultra latino, mémorable, des premières amours solo de Chao : Clandestino bien sûr. Mélodie entêtante et refrain répété à l’infini, guitares fines, arrangement foisonnant, “La vida tombola”, indiscutable sommet de l’album, résume pourquoi cet artiste est essentiel. Ses chansons sont si immédiates qu’une seule écoute suffit pour les fredonner sous la douche.

“Me llaman calle”, “A Cosa”, “Mundoreves”, “Otro mundo”, “Amalucada vida” sont les autres plages cool de l’album, le genre d’hymnes tranquilles, destinés à être repris en chœur par tout un peuple en liesse. “La Radiolina” offre par ailleurs son quota de rocks avec “Panik panik” ou “The bleeding clown”, dont la nervosité ne déparerait pas sur un album de Mano Negra. Et comment ne pas retenir les instrumentaux qui ponctuent l’album, avec mention très spéciale pour “Mala fama”, qui sonne comme une procession funèbre au Mexique.

Un dernier CD
Pour ceux qui ne sont pas encore familiers de l’univers du maître de Barcelone, “La Radiolina”, compilation de genres et de registres musicaux, constitue un joli moyen de faire connaissance. Il faudra vite courir l’acheter (lors d’un voyage à l’étranger ou par le biais d’un proche expatrié… à moins de disposer d’une carte de paiement internationale, auquel cas un achat sur le Net est vivement recommandé), parce qu’il risque d’être le dernier de l’artiste. Dans une interview parue sur l’hebdomadaire “Les Inrockuptibles”, Manu explique en effet que, désormais, il mettra en ligne ses prochaines chansons au fur et à mesure qu’elles sont prêtes, sans attendre d’en composer suffisamment pour publier un album. Rien d’étonnant de la part d’un artiste dont l’avant-dernier disque était distribué… dans les kiosques à journaux accompagné d’une hallucinante BD.

Si “La Radiolina” risque d’être l’événement musical de l’année, c’est que Manu Chao, en plus d’être un bricoleur de génie, est un parfait citoyen du monde. Français installé en Espagne, il chante dans toutes les langues (même en arabe) et adopte une “attitude” qui lui vaut partout le respect. Lire cette déclaration publiée par “Les Inrockuptibles” : “La dernière télé, je ne l’achète pas. Mes vieilles tennis, je les aime, je ne vois pourquoi je les changerais. Les marques, je m’en fous, j’ai la même moto depuis quinze ans. Mon appart, je l’adore, mais la taulière ne veut pas le vendre alors je le loue”. Loin, très loin, des standards du show-biz et du tout marketing, le lutin fou ferait un tabac si, d’aventure, le festival de Casablanca ou Essaouira, voire L’Boulevard, arrivaient à le convaincre de faire un petit tour dans le plus beau pays du monde. En attendant, longue vie à “La Radiolina”.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2008 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés