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N° 289
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Karim Boukhari

Spécial élections législatives.
Premier ministre. Tous, sauf Abbas !


Si le roi privilégie la logique démocratique, il devrait désigner son futur premier ministre parmi les actuels ministres de l'Istiqlal. De préférence jeunes et dynamiques !

(TNIOUNI / NICHANE)

Adil Douiri. Technocrate mais pas trop


Pour
Profil. Son bilan à la tête du département du Tourisme est positif. Son sens du terrain, son côté pratique et direct, plaident pour lui. Sa jeunesse (44 ans) aussi.
Popularité. Ecouté par les opérateurs économiques, il est parmi les rares ministres sortants à avoir toujours gardé une cote assez élevée.
Méthode. Banquier à l'origine, il en a gardé un sens du pragmatisme qui fait de lui une parfaite jointure entre le technocrate et le politique,
sans les défauts généralement collés aux deux étiquettes.

Contre
Inexpérience. Reversé en politique sur le tard, ses partenaires politiques lui contestent encore son engagement partisan, malgré son appartenance à une grande famille istiqlalienne.
Vécu. Homme de chiffres par excellence, il a fait ses preuves face à des opérateurs économiques. Qu'en sera-t-il face à des partenaires politiques, sociaux, etc. ?

Notre analyse
La minceur de son vécu politique peut constituer un handicap dans la gestion des dossiers lourds liés à la primature. Mais elle peut être aussi un atout, puisqu'elle lui confère une virginité qui peut s'avérer utile. Douiri, comme Ghellab, est un produit des grandes écoles françaises. Il a les défauts de ses qualités. Sa jeunesse est un atout qui peut se retourner contre lui. Surtout, le portefeuille dont il s'est occupé depuis cinq ans (le tourisme), certes avec réussite, n'est pas une garantie suffisante pour mener à bien les tâches, toutes les tâches, d'un premier ministre.


(TNIOUNI / NICHANE)

Karim Ghellab. Jeune mais pas (encore) fédérateur


Pour
Fraîcheur. Un ministre souriant, disponible, prêt à en découdre pour défendre ses idées : c'est trop rare !
Visibilité. Sa gestion de la crise du transport et la polémique sur le projet de Code de la route, n'a pas fait l'unanimité. Mais elle lui a permis de se forger une image et un noyau de supporters.
Jeunesse. Il n'a toujours que 41 ans, ce qui ferait de lui le premier ministre le plus jeune de l'histoire du Maroc indépendant. Si le roi le
choisit bien sûr !

Contre
Entêtement. Même s'il a eu raison sur la crise du transport, ses prises de position ont été jugées hâtives, parfois cassantes, jusque dans les cercles de ses supporters. “Il réussit bien, il a de bonnes idées, mais il peut faire des dégâts” est une réflexion qui revient souvent dans son Sillage. D'où la question : comment gérerait-t-il les moments de crise à un niveau supérieur, celui de la primature ?
Inexpérience. Idem que pour Adil Douiri.

Notre analyse
Karim Ghellab présente de nombreuses similitudes avec Adil Douiri, l'autre (brillant) candidat istiqlalien. Son investiture serait un pari audacieux, mais risqué, sur l'avenir. La principale incertitude qui plane sur lui ne tient pas forcément à son jeune âge, mais à son caractère : saura-t-il, demain, se transformer en fédérateur pour (bien) tenir son monde ?


(TNIOUNI / NICHANE)

Toufiq Hjira. Le juste milieu


Pour
Personnalité. Homme de consensus par excellence, il a tout pour plaire au plus grand nombre : vrai Istiqlalien (contrairement à ses rivaux) et vrai gestionnaire, il sait négocier sans faire de vagues. Ce n'est pas un hasard s'il n'a jamais été attaqué par personne, lui qui a pourtant géré un portefeuille ultra-sensible : l'Habitat.
Rendement. Il n'a pas effacé les bidonvilles de la carte du royaume, objectif irréalisable en cinq ans, mais a grandement participé à réduire
le phénomène.
Contact. Rompu aux joutes oratoires et aux contraintes de la realpolitik, lui qui a rejoint très jeune les rangs de l'Istiqlal, il “passe” aussi bien auprès des vieux caciques du monde politico-syndical qu'auprès de la jeune élite des affaires.

Contre
Image. Ses adversaires le trouvent “gentil mais un peu mou, trop à l'écoute, à la limite du makhzénien”. Le mot est lâché. Assez proche de l'entourage royal - surtout depuis l'irruption du terrorisme - qui a fait de l'habitat et de l'urbanisme (Hjira est urbaniste de formation) l'un des principaux chantiers de Mohammed VI, cette proximité lui a collé une étiquette “Makhzen” pas toujours usurpée.
Couleur politique. Cela peut surprendre, mais la différenciation partisane particulièrement marquée de Hjira peut poser un problème auprès des ministres non istiqlaliens, surtout si les socialistes de l'USFP figurent dans le prochain gouvernement. Plus que Ghellab et Douiri, largement perçus comme des “technocrates”, Hjira est le vrai Istiqlalien de la bande, celui dont l'investiture signifierait la suprématie de l'Istiqlal. De quoi attiser la tension au sein de l'équipe (multicolore !) gouvernementale.

Notre analyse
En plus d'être un vrai politique, Toufiq Hjira a l'avantage d'être jeune (48 ans) et d'avoir parfaitement compris les réalités du pays. Cela peut être utile. Le ministre (de l'Habitat) a tiré son épingle du jeu, il connaît les rouages du système, et ceux du terrain. Moins clinquant mais plus fédérateur qu'un Ghellab ou un Douiri, il présente suffisamment de garanties pour postuler à la primature. Le choix du juste milieu, c'est lui.


(AIC PRESS)

Ce sera un partisan !
(C’est El Himma qui l’a dit)



C'est Fouad Ali El Himma qui le dit : il ne sera pas le prochain premier ministre de Sa Majesté. Le député des Rhamna a chassé le doute, lundi dernier sur 2M, dans sa première interview télévisée. El Himma, qui avait l'air de s'exprimer en porte-parole du roi, a clairement indiqué que le premier ministre ne pouvait qu'être issu d'un parti politique. Il s'est lui-même éliminé de la course, réduisant au passage les chances d'un Chakib Benmoussa, un Meziane Belfqih ou un Driss Jettou. Et on
voit mal l'ancien ministre délégué à l'Intérieur s'engager aussi loin sans un feu vert royal… Le roi, qui devait entamer jeudi ses consultations avec les partis, a toute latitude pour désigner un chef de gouvernement en dehors du premier parti (l'Istiqlal), voire un pur technocrate, comme en 2002 avec Driss Jettou. L'article 24 de la Constitution règle le problème par une phrase courte (“Le Roi nomme le Premier ministre”) qui n'oblige pas le souverain à respecter la logique démocratique, celle de restreindre le choix du premier ministre au parti vainqueur des élections. Parmi les politiques, des outsiders comme Mohand Laenser (MP) ou Mustapha Mansouri (RNI) peuvent encore espérer. Mais si, comme tout porte à le croire, la logique est - pour une fois - respectée, la primature ne devrait guère échapper à l'Istiqlal, surprenant champion du scrutin du 7 septembre. Le parti fondé par Allal El Fassi le sait, mais se garde bien de le revendiquer clairement. Un des principaux dirigeants de l'Istiqlal nous a d'ailleurs lâché cette phrase, qui résume à elle seule l'état d'esprit du parti : “Vous savez, nous sommes prêts à nous plier pour respecter le choix du roi, quel qu'il soit, conformément à l'article 24 de la Constitution”. Dans les coulisses, pourtant, El Fassi piaffe d'impatience de briguer cette primature dont il a tant rêvé. Mais il n'est pas le seul à caresser ce rêve. Heureusement...


(TNIOUNI / NICHANE)

Abbas El Fassi. Pas lui, pas lui !


Pour
Légitimité. Il est le numéro un du parti sorti vainqueur des élections, en plus d'avoir gagné son siège de député après le scrutin du 7 septembre
Expérience. Il a cumulé suffisamment de vécu politique et de séjours au gouvernement pour pouvoir driver une équipe de ministres de gauche (USFP, PPS) comme de droite (MP, éventuellement UC ou RNI).
Stature. Chef d'un parti historique, ancien ambassadeur du royaume, il a le sens du contact et les réseaux nécessaires pour dialoguer et convaincre ses ministres et ses interlocuteurs étrangers.

Contre
Antécédents. Il traîne le scandale Annajat, survenu au moment où il était ministre de l'Emploi, comme une tache noire indélébile sur son CV.
Contestation. Il ne fait pas l'unanimité dans son propre parti, où il compte, étonnamment, autant d'adversaires que de partisans.
Image. Il n'incarne pas la nouveauté, la jeunesse ou le changement, autant de vertus cardinales pour le style Mohammed VI.
Caractère. Son sens du consensus (vis-à-vis du Palais) est tellement aiguisé qu'il confine parfois au mimétisme, voire à la servitude. Mou, effacé, les seules idées fortes qu'il pourrait faire aboutir seront celles du roi, point à la ligne.

Notre analyse
Personne ne crierait au scandale si le choix du souverain se portait sur Abbas El Fassi. Mais l'expérience et la légitimité sont des trompe-l'œil qui ne peuvent masquer, à elles seules, toutes les insuffisances du leader de l'Istiqlal. Le successeur de M'hammed Boucetta traîne des casseroles partout : ambassadeur du Maroc en France à la funeste époque de “Notre ami le Roi” (le brûlot de Gilles Perrault a creusé un fossé entre le Maroc de Hassan II et la France de Mitterrand), ministre de l'Emploi en plein scandale Annajat, Abbas El Fassi n'a jamais rien prouvé, si ce n'est son incapacité chronique à (s')assumer, à s'affranchir d'une certaine tutelle makhzénienne. Le député de Larache n'a pas de programme, pas d'idées propres. “Durant la campagne, j'ai expliqué à mes électeurs que mon programme s'appelle le discours (royal) du trône”, a-t-il avoué, mercredi, sur un plateau de télévision. Que peut gagner le Maroc avec un homme qui n'a jamais fait l'unanimité dans sa propre famille politique, et dont la seule hantise est de plaire à son roi en le citant abondamment ?
Si “Abbas premier ministre” est une formule qui respecte tant la logique démocratique que mécanique, elle sent le réchauffé, la fausse note qui dénoterait au lendemain d'élections transparentes. Avec l'éventualité d'un regain de tension avec les partenaires sociaux (syndicats notamment), échaudés par le précédent Annajat… et le risque non négligeable d'avoir (très) mauvaise presse. Pas la meilleure idée de l'année.


(AFP)

Yasmina Baddou. Improbable mais tentant


Le jackpot, la (très) grosse cote, c'est elle. Madame la secrétaire d'Etat a pourtant bien des atouts à faire valoir : elle est jeune (44 ans), elle a déjà goûté aux responsabilités gouvernementales et son travail sur le terrain, tout en discrétion, lui a valu un début de reconnaissance. Yasmina Baddou s'appuie, en outre, sur de nombreux et solides réseaux familiaux (les puissants clans El Fassi et Fassi Fihri notamment), ce qui est tout sauf un handicap. Surtout, elle a eu la “bonne idée” de gagner aux élections, dans une circonscription
(Casablanca - Anfa) où bien des ténors de la politique ont échoué. Même si beaucoup doutent, à juste titre, de la capacité d'une “Cendrillon” à conduire un gouvernement, son investiture ressemblerait à une énorme (et très belle) opération marketing. Imaginez un peu : une jeune femme de 44 ans, plébiscitée par les électeurs, portée à la primature dans le très conservateur royaume du Maroc ! Que du bonheur... sur le papier.

 
 
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