|
Par Driss Bennani
Spécial élections législatives.
PJD. Retour sur terre
|
Saâdeddine El Othmani.
(TNIOUNI / NICHANE)
|
En arrivant second, le PJD redécouvre les dures réalités du terrain électoral et les limites de sa stratégie. Le prochain gouvernement ne devrait pas se faire sans nous, avertissent pourtant ses ténors.
Après une soirée électorale enivrante (où lon a failli, au figuré, sabrer le champagne au QG du PJD, un vendredi soir de surcroît), les leaders du parti islamiste se sont réveillés avec une douloureuse gueule de bois, le samedi 8 septembre. La soixantaine de sièges fêtés la veille se sont réduits comme une peau de chagrin à la mi-journée. Au |
|
téléphone, les voix hier enthousiastes se font plus modestes pour annoncer : Nous sommes à 41 sièges jusquà présent. Et les résultats de la liste nationale ne risquent pas dy changer grand-chose. Que sest-il passé ? LÉtat aurait-il failli à sa promesse de neutralité active ? Non, affirme cet observateur étranger. Vendredi soir, le PJD sest essentiellement basé sur les PV des différents bureaux de vote pour calculer instantanément les voix que ses candidats ont remportées partout dans le pays. Sauf que cette opération de calcul est extrêmement hasardeuse lorsquil sagit dun scrutin par liste. Finalement, le parti de Saâdeddine El Othmani termine à la seconde place, derrière lIstiqlal, avec 46 sièges. Le coup est dur. Le PJD lencaisse en maugréant à propos de lutilisation de largent sale. Premier à monter au créneau : Lahcen Daoudi, membre du secrétariat général du PJD. Le parlementaire fassi multiplie les sorties médiatiques pour affirmer que les partis politiques ont gâché le rendez-vous du 7 septembre 2007, comme ils avaient gâché celui du renouvellement du tiers de la Chambre des conseillers. Réflexe de mauvais perdant ? Pas du tout, se défend Daoudi. Nous aurions pu décrocher nos 70 sièges si on ne sétait pas trompés sur lusage de largent lors de ces élections. Nous avons, à tort, cru que cette pratique allait totalement disparaître en 2007. Dans labsolu, le PJD na pourtant pas perdu. Il a même gagné des sièges par rapport à 2002 et sest renforcé dans certaines villes comme Salé et Casablanca. Ses ténors sont tous passés haut la main et, souvent, ils ont repêché leurs seconds sur les listes locales. Comment expliquer alors cette impression déchec islamiste, y compris chez les dirigeants du parti ?
La non-victoire
Le PJD a été otage dune spéculation qui le propulsait en tête. Ses responsables sont tombés dans le piège des sondages et des rapports internationaux. Ils ont cédé à leuphorie ambiante. Et limpression déchec vient essentiellement du fait quils nont pas atteint les objectifs quils se sont eux-mêmes fixés, analyse luniversitaire Mohamed Layadi. Le PJD a-t-il, dans ce cas, atteint ses limites ? La formation islamiste ne pèserait-elle pas plus quune quarantaine de sièges parlementaires sur léchiquier politique ? Jamaâ Moâtassim, membre du secrétariat général du parti et directeur de sa campagne électorale, ladmet à demi-mots : Les résultats du parti ont été très moyens dans le monde rural à cause de lorientation des électeurs et lusage de largent. En clair, cela signifie que, jusquà aujourdhui, le PJD est toujours un parti essentiellement urbain. Pour diverses raisons, les zones rurales, qui votent en masse, lui restent impénétrables.
Puis il y a ce mythe de la discipline quasi militaire des militants islamistes, partiellement écorné lors de ces élections. Entre les désignations forcées, quelques démissions médiatisées et une certaine désobéissance des bases, le PJD a donné par moments limage dun parti comme les autres, note cet observateur, qui a suivi de près la campagne islamiste. Cest peut-être même ce qui a coûté au parti ses sièges dans la circonscription dAnfa, par exemple : selon différentes sources, la liste islamiste, qui y a été menée par un candidat parachuté, comme Abderrahim Lahjouji, a été combattue par la base du parti, qui a finalement préféré voter pour un ancien de la maison : le prédicateur Abdelbari Zemzmi. Ce dernier sest présenté sous la bannière du Parti de la Renaissance et de la Vertu
né dune récente scission au sein du PJD.
Le parti dEl Othmani aurait enfin péché par utopisme, selon le politologue Mohamed Tozy. Dans une déclaration à lAFP, luniversitaire casablancais affirme que lascension du PJD a été freinée, car il a mis en avant des cadres technocrates au détriment des idéologues qui séduisent la jeunesse et des clercs qui plaisent aux conservateurs. Mohamed Layadi renchérit : À un moment, le PJD a cru pouvoir convaincre par lenseigne. Certains de ses leaders ont estimé que laccréditation du parti était suffisante pour rendre un candidat crédible. Sur ce point, même Lahcen Daoudi est, en partie, daccord. Certains partis ont poussé des notables et négocié les accréditations avec le plus offrant. La compétence na pas toujours été un critère déterminant. Dailleurs, la composition sociologique du Parlement a aujourdhui changé. Plusieurs notables et propriétaires terriens ont remplacé des avocats, des économistes ou des universitaires. Vous verrez tout le mal quon aura pour former des commissions efficaces et légiférer à propos de textes décisifs pour le pays, affirme Daoudi.
Et maintenant ?
En attendant, il faudra dabord nommer un premier ministre et former un gouvernement. Si dans la tête de Abbas El Fassi, SG de lIstiqlal, les choses semblent claires, puisquil a déjà fait le choix de la Koutla, rien nest encore tranché au PJD. Plus encore, ses responsables font du lobbying
pour figurer dans le prochain gouvernement. Il faut en finir avec un mythe qui sappelle la Koutla. Si ce gouvernement est reconduit, ce serait une catastrophe. Pour les Marocains, cela voudra dire que rien na changé. Ne nous étonnons donc pas dun taux de participation encore moindre en 2009, tonne Lahcen Daoudi. Cela voudrait-il dire que le PJD réclame des fauteuils ministériels ? Oui, répond sans ambages Daoudi. Nous plaidons pour un gouvernement de quatre partis, avec environ 25 ministres. Un gouvernement qui ne serait pas obligé daller chercher sa majorité chez de petits partis quil doit consoler avec des ministères inutiles. Si nous arrivons à trouver un accord avec les trois autres partis (NDLR : Istiqlal, MP et RNI), nous sommes prêts à gouverner. Lappel de Daoudi sera-t-il entendu par le roi, seul habilité à trancher dans la question du choix du premier ministre et, partant, de sa coalition ? Et dans ce cas, LIstiqlal sera-t-il prêt à oublier lUSFP, son allié historique ? Si cela ne se fait pas, rétorque Daoudi, nous serons bien installés dans lopposition et attendrons la majorité au tournant. Aux dernières informations, Saâdeddine El Othmani aurait pris son petit-déjeuner avec Mohand Laenser chez Mahjoubi Aherdane (MP) en début de semaine. Les grandes manuvres politiciennes ont déjà commencé... |
 |
Zoom. La (vraie) cartographie islamiste
Lanalyse détaillée des résultats du PJD lors des législatives réserve quelques surprises. Le parti islamiste est non seulement absent du monde rural, mais également de grandes villes et de régions entières, comme celles de Marrakech Tensift El Haouz, le Sahara ou le Rif (Taza Al Hoceïma Taounate), où le PJD na décroché aucun siège ! Finalement, le parti de Saâdeddine El Othmani ne contrôle quun seul axe : celui reliant Tanger à Casablanca, en raflant 23 sièges sur les 38 pourvus par les listes locales. Cest là que le parti affiche ses plus beaux scores, avec 17 sièges entre Rabat, Kénitra et Casablanca et six sièges à Tanger. Le reste est éparpillé entre les régions. LOriental, Fès, la Chaouïa et Tadla sont, par exemple, des régions où le PJD reste très peu représenté (deux élus par région). Après le 7 septembre 2007, léventuel raz-de-marée islamiste, longtemps brandi par les sondages et de nombreux médias étrangers, ressemble surtout à un mirage. |
|
|