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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Nadia Lamlili

Spécial élections législatives.
USFP. La douche froide


Mohamed Elyazghi,
le secrétaire général de l’USFP.
(TNIOUNI / NICHANE)

La défaite électorale de l’USFP a revigoré les voix contestataires. Alors qu’une partie des militants réclame la tête d’Elyazghi, d’autres appellent à un retour à l’opposition. Que faire ?


Si les législatives du 7 septembre n’ont pas consacré de véritable vainqueur, elles ont en revanche désigné un grand perdant : l’USFP. Le résultat ne s’est pas fait attendre puisque le parti de la rose essuie déjà une première vague de contestation, qui menace de le conduire vers une sérieuse crise interne. Il faut dire que la formation a subi la plus
cuisante débâcle de son histoire : 38 sièges contre 50 en 2002, et 55 en 1997. Du coup, l’USFP est reléguée à une peu glorieuse cinquième position, derrière l’Istiqlal, le PJD, le Mouvement populaire et le RNI. Surtout, à l’exception de Habib El Malki et Latifa Jbabdi, aucun de ses ténors n’a été (ré)élu. À la trappe, les Mohamed Achaâri, Nezha Chekrouni, Mohamed Karam, etc. Même le remuant Driss Lachgar, bras droit attitré d’Elyazghi, ne retrouvera pas son siège dans l’hémicycle parlementaire. Le soir de l’annonce des résultats, celui qui faisait la loi au sein de l’Ittihad, tenant d’une main de fer la machine des accréditations électorales, suait à grandes gouttes. Comme les autres membres du bureau politique, Lachgar a choisi de s’éclipser durant tout le week-end, évitant d’affronter les nombreuses questions des journalistes et les mines défaites des militants.

Maniant avec une rare virtuosité l’art de la langue de bois, la direction du parti a, pour sa part, publié sur les colonnes de ses organes de presse un communiqué aux accents bizarrement victorieux, où elle remerciait tous ceux qui ont voté pour le parti, leur annonçait que “le parti s’arrimera sur les décisions de la Koutla”. Une manière de dire : “On ne sait pas encore si on va rejoindre le gouvernement ou l’opposition”.

Un vote sanction
En fait, les apparatchiks de l’USFP n’ont aucun intérêt à faire face à la réalité. Même quand ils reconnaissent leur défaite, ils ne résistent pas à la tentation de la relativiser, voire de la retourner à leur avantage ! Avec des arguments peu convaincants. Ainsi, à en croire les hiérarques socialistes, si les électeurs ont sanctionné l’USFP, c’est parce que le parti a eu “le courage et l’honnêteté de défendre le processus démocratique et le bilan du gouvernement dans sa campagne électorale, contrairement aux autres partis”. Sinon, “l’énorme taux d’abstention est un désaveu pour l’ensemble de la classe politique marocaine”.

Mais rien ne dit que les “explications” officielles passeront comme une lettre à la poste. Pour beaucoup de militants, la couleuvre est difficile à avaler. Les voix contestataires, appelant à une urgente et nécessaire refondation de l’appareil socialiste, se font de plus en plus nombreuses. Lahbib Cherkaoui, un vétéran du parti de la rose, a tiré la première salve en réclamant, dès le lendemain de l’annonce des résultats, la démission du bureau politique, à commencer par le secrétaire général. “Mohamed Elyazghi et son équipe ont échoué. Ils doivent se retirer”, fulmine-t-il.

Dans une contribution adressée à TelQuel, Nasr Hajji, ancien ministre des Télécommunications dans le gouvernement Youssoufi 2, appelle au rassemblement de la gauche, toute la gauche, même si cela oblige l’USFP à composer avec des courants controversés. Avec ses 77 sièges (USFP, PPS, FFD, Union PADS/PSU/CNI, Parti socialiste, Parti travailliste), soit 24% des députés, la gauche aurait pu être la première force politique idéologiquement cohérente, pour peu qu’elle arrive à s’unir. “Si on continue à pratiquer la politique de l’autruche, la méthode Coué et l’autojustification infondée, on va sûrement au-devant de déconvenues encore plus sévères”, écrit l’ancien ministre.

Retour à l’opposition ?
D’autres militants vont jusqu’à appeler au basculement de l’USFP dans l’opposition, unique moyen, d’après eux, de restaurer l’aura du parti et de redorer son blason, terni par deux participations gouvernementales.
En fait, même si ses dirigeants se refusent à l’entendre, le parti est en train de payer le prix des défections en masse et de la dilution de son identité politique. Pour renflouer ses rangs, la formation a recruté à tour de bras des nomades politiques. 20 des 38 nouveaux députés ne seraient pas de sensibilité de gauche et n’auraient rejoint l’USFP que sur le tard. “Les véritables socialistes ne votent plus. Ils pleurent en silence une USFP militante, devenue un parti de notables”, déplore un ancien socialiste.

La solution ? Hassan Tariq, ancien secrétaire général de la Chabiba et tête de pont du mouvement des “nouveaux socialistes”, la conçoit ainsi : “Il faut créer des clivages idéologiques autour de deux pôles clairs : la droite et la gauche. Et pour cela, l’USFP doit prendre du recul par rapport au gouvernement”. La débâcle électorale peut donner une légitimité à cette revendication, mais rien ne garantit qu’elle sera entendue en haut de la hiérarchie. Il est en effet peu probable que l’USFP refuse une participation, qui se dessine déjà, au prochain gouvernement. D’abord, parce que son alliance avec l’Istiqlal, à la faveur d’un pacte conclu au sein de la Koutla, l’y oblige. Ensuite, le premier camouflet reçu en 2002 n’avait guère dissuadé le parti de rentrer au gouvernement. À l’époque, les élections législatives avaient consacré l’USFP comme premier parti politique du Maroc, ce qui n’a pas empêché Mohammed VI de désigner un technocrate (Driss Jettou) à la tête du gouvernement.

Et si, comme le relèvent certains observateurs, l’USFP avait tout simplement du mal, aujourd’hui, à se défaire d’un “pouvoir” auquel elle a goûté depuis près de dix ans ? Le bureau politique ittihadi estime, en tout cas, “qu’il est difficile d’abandonner en cours de route les chantiers que les ministres (du parti) ont démarrés”. Evidemment. “Tout porte à croire que l’USFP se cachera dans les jupons de la Koutla, quitte à se contenter de quelques postes ministériels”, pronostique un membre du conseil national. Quid d’un retour à l’opposition ? “Si jamais cela se produisait, c’est que le roi l’aurait quelque part décidé. Il y a peu de chances qu’Elyazghi se remette spontanément en question”, commente un ancien compagnon de Abderrahim Bouabid, qui a suivi la montée en puissance de l’actuel patron de l’USFP.

Il est donc plus que probable qu’Elyazghi fasse fi des voix dissonantes et reconduise la participation de l’USFP dans le prochain gouvernement. “Il le fera sans problème, parce qu’il sait qu’il ne risque rien. Les sections locales lui sont totalement acquises”, glisse notre source. Quant aux protestations des Cherkaoui et autre Hajji, le bureau politique choisira une nouvelle fois de les minimiser. Jusqu’à quand ?



Istiqlal/USFP. Le riche et le pauvre

Le vendredi 7 septembre, l’USFP ne se doutait pas que la fête qu’il avait concoctée pour cette longue nuit électorale allait se transformer en funérailles. Pour l’occasion, le parti de la rose s’était attaché les services d’un traiteur haut de gamme et installé un écran géant à l’entrée de son bâtiment flambant neuf (ce fleuron architectural aurait coûté 26 millions de DH). A l’heure H, les tables étaient dressées mais les chaises désespérément vides… Au même moment, l’Istiqlal fêtait sa première place dans son traditionnel siège r’bati de Bab El Had. Un bâtiment qui flaire bon le syndicalisme des années 70 : mobilier vétuste, bureaux mal équipés, peinture écaillée… aucun signe de richesse n’était visible chez le vieux parti, à l’exception des voitures de luxe parquées dans la cour intérieure. La contradiction était trop flagrante pour ne pas être relevée. L’USFP, présumé défenseur des “forces populaires”, exhibait ses richesses, le soir d’une défaite. Alors que l’Istiqlal, parti de notables par excellence, restait humble dans sa victoire. Etonnant.

 
 
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