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Algérie. La violence, encore et toujours
Marchés. Des urnes et des thunes
Portrait. Le retour du couple éternel
Musique. La radio à Manu
N° 289
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Ahmed R. Benchemsi

Spécial élections législatives.
Le choc La gifle L'espoir



37% C'est le taux de participation officiellement annoncé par le ministre de l'Intérieur. Un pourcentage qui comprend également les bulletins nuls, dont le nombre a avoisiné le million.

24% C'est le taux de participation réel, puisque seulement 30% des Marocains en âge de voter se sont effectivement déplacés dans les bureaux de vote, et que 20% des voix ont été annulées.


(DR)

Le choc : 2 Marocains sur 3 n'ont pas voté
La gifle : Les islamistes tombent de haut
L'espoir : Un quadra à la primature ?



La cuisine politique marocaine est souvent indigeste, les mêmes personnes s'y repassent les mêmes plats en baîllant d'ennui. Le 7 septembre 2007, le peuple s'est invité au repas, et… il a renversé la table ! On attendait les islamistes ? Raté. Les trouble-fête des législatives auront été les abstentionnistes. 63% des inscrits sur les listes électorales (soit, après calcul, 70% des Marocains en âge de
voter - lire l'éditorial) ont en effet boudé les urnes. Un message politique d'envergure, inédit dans toute l'histoire du royaume, et au sujet duquel l'encre ne va pas cesser de couler, pendant les 5 années à venir.
Quant au classement final (Istiqlal premier, PJD second, USFP cinquième, après le MP et le RNI), il a sonné comme un rappel à l'ordre de tous les experts, analystes, et autres “observateurs avertis” de la vie politique nationale, journalistes inclus. Les islamistes raflant la mise politique, séduisant la masse des désenchantés par une idéologie potentiellement dangereuse ? Ce n'était, finalement, que fantasme d'intellectuels citadins. Les résultats nous l'ont rappelé avec quelque brusquerie : le Maroc réel est bien loin de ces débats théoriques. Sa structure sociologique n'a pas fondamentalement changé, les “notables” tiennent toujours les campagnes et les élections sont, plus que jamais, une affaire d'appareils. En 2007, comme en 2002, ceux qui ont les “machines électorales” les plus rodées ont gagné, et l'idéologie (ou son absence) n'avait rien à voir là-dedans…

Le choc est d'autant plus rude que ces élections, pas de doute, ont été libres et transparentes. Hormis quelques incidents résiduels (il en faut bien), les observateurs, nationaux comme étrangers, n'ont rien trouvé à y redire. Le peuple marocain s'est prononcé en son âme et conscience et a délivré plusieurs messages, dont le plus important est le suivant : “Tel qu'il est, le système politique ne mérite pas notre confiance”.

63% de refuzniks
Le chiffe de 37% de taux de participation est à mettre en relief avec un autre chiffre, tout aussi important : 80% des Marocains en âge de voter, soit 11,6 millions de personnes, avaient retiré leur carte d'électeur dans les délais impartis. On a bien entendu, ça et là, des histoires de moqadems qui livraient les cartes à domicile. Mais cela aussi relevait de l'exception. La plupart de ces 11 millions et demi d'adultes ont fait l'effort de se déplacer jusqu'à l'arrondissement le plus proche pour retirer cette fameuse carte, dont l'unique finalité était de voter. Le jour J, la moitié d'entre eux ne l'a pas utilisée. Sciemment. Toutes les tentatives d'explication du type “c'était un vendredi, jour de la prière et veille du week-end”, “les Marocains étaient plus préoccupés par la rentrée scolaire et la préparation du ramadan que par les élections”, etc. se heurtent au mur de cette évidence : ces gens n'ont pas voté, mais ils comptaient le faire. La preuve : ils avaient retiré leur carte. Ils ont donc changé d'avis en cours de route. Pourquoi ?

Il y a d'abord les explications d'ordre pratique. La transparence est peut-être acquise, mais elle n'en est pas moins une donnée nouvelle dans les esprits. Les élections de 2002 en avaient donné un solide avant-goût mais, comme le rappelle cet observateur du scrutin, “il y a cinq ans, on assistait encore à beaucoup d'opérations de 'ramassage' des électeurs dans des camions ou des bus municipaux, pour les conduire aux bureaux de vote”. Une vieille habitude héritée des années Basri… Autre mauvaise habitude qui, si elle n'a pas totalement disparu, a quand même très sérieusement régressé : celle de l'achat de voix par les candidats. Mais tant que la journée électorale n'était pas écoulée, les Marocains n'étaient pas obligés de croire que tout cela relevait du passé. Il faut noter, comme nous y invite cet analyste qui a épluché les listings du ministère de l'Intérieur, que 57% du corps électoral, cette année, était composé d'analphabètes. Autrement dit, de gens qui ont encore moins de raisons que les autres de croire sur parole les “clips citoyens” au langage ampoulé, qui passaient en boucle à la télé. Le scénario suivant semble donc s'être dessiné : 11 millions et demi de Marocains ont retiré leurs cartes d'électeurs à tout hasard, au cas où les moqadems penseraient encore, malgré ce qu'en dit la télé, à leur faire payer leur manque d'enthousiasme citoyen. Puis ils ont attendu. La campagne avançant, ils ont constaté que la corruption électorale était nettement plus rare (car plus risquée) que naguère. Puis, le jour du vote, ils ont également constaté que personne ne venait les chercher. Beaucoup ont donc fini par comprendre, ce 7 septembre, que cette fois, l'Etat a vraiment tenu sa promesse d'un scrutin libre. La seule question qui restait était finalement : “Ai-je envie, en mon âme et conscience, de voter, d'entériner ce système ?”. En plus simple : “Est-ce que j'y crois ?”. Cinq millions et demi de Marocains ont répondu non. Pourquoi ? C'est là que les analyses divergent.

La première explication qui vient à l'esprit se fonde évidemment sur le fonctionnement réel du régime marocain. On l'a assez dit et écrit, les pouvoirs du Parlement, et même ceux du gouvernement, sont très limités en comparaison avec ceux du roi. Autrement dit, les élections n'ont, finalement, qu'une utilité très relative, à l'ombre d'une monarchie qui se revendique “exécutive” et à laquelle la Constitution (notamment son article 19) octroie des pouvoirs quasi illimités. Le peuple l’a-t-il compris ? Kamal Lahbib, homme de gauche et cheville ouvrière de l'association 2007 Daba, qui a fait de la lutte contre l'abstention son cheval de bataille, ne le pense pas. “Même fondées, les critiques de l'article 19 ne circulent que dans une petite élite politico-médiatique. Pour le peuple, tout ça reste de l'abstraction. La plupart du temps, les gens n'en ont même jamais entendu parler”. Peut-être, mais ça n'empêche pas les gens d'être convaincus, même instinctivement, que le seul acteur politique réel dans ce pays, c'est le roi. Selon le sociologue Mohamed Layadi, une récente étude statistique a abouti à ce stupéfiant résultat : 95% des Marocains estiment que le roi devrait avoir… plus de pouvoir ! Constitutionnellement parlant, c'est tout bonnement impossible. Mais ce chiffre démontre une chose : les Marocains attendent tout de leur roi, et rien des autres. Si l'image du souverain est immaculée, celle des hommes politiques est, en effet, plus qu'entachée aux yeux du peuple. “Profiteurs, corrompus, mus uniquement par des intérêts personnels et égoïstes”… En 2007 comme en 2002 et avant, la phrase-clé déclamée devant tous les micros était le classique “On ne voit les candidats que pendant les campagnes électorales. Après, ils disparaissent”. Généralisation abusive et réductrice ? Peut-être. Mais elle n'en est pas moins prégnante dans le discours public, et révélatrice d'un malaise profond. Et puis, comment penser autrement, quand tous les soirs, les journaux télévisés des deux chaînes s'ouvrent sur des visites “de terrain” du roi inaugurant des projets sociaux en tous genres, tandis que les reportages suivants montrent des hommes politiques assis autour d'une table, déroulant sans fin un discours aussi vain qu'incompréhensible… Vendredi 8 septembre au soir, le journal télévisé de la RTM n'a donné les résultats des élections qu'après 16 minutes (!) de reportages dédiés au roi, à son inauguration du jour, et même à une réunion d'obscures instances sportives présidées, au Caire, par la tante du roi, la princesse Lalla Amina !… Allez convaincre le peuple, après ça, que la royauté n'est pas le centre du monde politique.

“Coupés du peuple”
A l'occasion de ses deux derniers discours, Mohammed VI avait pourtant fortement incité les Marocains à aller voter. Le taux d'abstention massif est-il un désaveu direct du souverain ? Selon l'homme de gauche Abdessamad Belkbir, il s'agirait carrément d'un “acte de désobéissance civile”. Mais une lecture radicalement différente est possible, surtout si on garde en tête le taux de participation élevé (50%) enregistré dans la région des Rhamna, où se présentait l'ami personnel du roi, Fouad Ali El Himma, et le score triomphal réalisé par ce dernier (74% des voix !). En boudant les urnes partout ailleurs, les deux tiers des Marocains ont en quelque sorte envoyé… un message d'amour exclusif à leur souverain : “Nous ne croyons qu'en toi”. La monarchie, pourtant, aurait tort de s'en satisfaire. À force d'affirmer sa prééminence sur les partis politiques, à force de les écraser du poids de sa légitimité divine et constitutionnelle, elle a fini par les tuer. Bien sûr, les politiciens ont largement contribué à leur décrédibilisation. En s'enfermant dans le clientélisme et la propagande, même Basri parti, ils ont creusé leur propre tombe. “Les partis de masse ont disparu depuis longtemps, affirme Layadi. Aujourd'hui, il n'y a plus que des partis de cadres”. On a ainsi constaté, pendant cette campagne, une présence plutôt timide des militants sur le terrain. Pour distribuer leurs tracts et convaincre les gens de voter pour eux, la plupart des partis politiques ont engagé des saisonniers, souvent mineurs, payés à la journée. “Ce n'est pas un gosse de 14 ans qui va me convaincre de la pertinence d'un programme politique”, affirmait, passablement agacé, un enseignant de la capitale. Autre témoignage, celui de cette chef d'entreprise casablancaise : “En marchant dans la rue, je me suis fait aborder par un jeune portant un T-shirt et une casquette de l'USFP, qui m'a tendu un tract. Je lui ai dit que je ne comptais pas voter parce que je ne croyais pas en la politique. À ma grande surprise, il a tout de suite renoncé, en me répondant que j'avais raison et que lui aussi, d'ailleurs, n'allait pas voter ! Du coup, je me suis arrêtée pour discuter un peu avec lui. J'ai vite compris qu'il ne faisait ça que pour les 200 DH qu'il allait toucher en fin de journée”. Les partis politiques se sont “coupés du peuple”, disent les analystes depuis 30 ans. Voilà, concrètement, ce que ça donne.

Les médias, il est vrai, n'ont pas aidé à les remettre à flot. Kamal Lahbib ne décolère pas contre “la presse privée qui n'a jamais cessé de décrédibiliser le processus démocratique, et qui a sa part de responsabilité dans le taux d'abstention”. Il a indéniablement raison. D'Al Massae à Al Ahdath Al Maghribia, en passant par le groupe TelQuel, la presse indépendante, dont l'audience est de plus en plus importante en milieu urbain, a abondamment abreuvé ses lecteurs, avant et pendant la campagne, de reportages, analyses et autres informations croustillantes soulignant le dramatique manque de sens du scrutin. Mais doit-on blâmer la presse d'avoir fait son travail, et les éditorialistes d'avoir exprimé librement leur opinion ? C'est aussi une facette de la démocratie et les défenseurs du “processus” devront s'en accommoder. Sur le front de la “com”, il faut plutôt tirer des leçons de l'échec cuisant de la vaste campagne, publique et para-publique, de sensibilisation au vote. Les “clips citoyens” diffusés en boucle à la télévision étaient, côté forme, très bien faits : images léchées, réalisation impeccable, grâce à la forte implication des agences de pub qui ont fait des tarifs préférentiels aux partis politiques. Mais côté fond, c’était le désert. “On a pensé que la société marocaine était une société de communication, comme en Europe, analyse un sociologue. Mais on a eu tort. Il y avait un décalage profond entre le type de communication choisi et ce qu'attendaient les Marocains”. Plutôt que de les inciter, clairement et en darija, à dépasser leur méfiance viscérale vis-à-vis des politiciens, on a préféré servir aux gens des slogans indigestes du type “Main dans la main, votons pour le Maroc de demain”. Plutôt que de leur expliquer, avec des mots simples, à quoi sert le Parlement (une question qui demeure ouverte aujourd'hui, quand on sait que la grande majorité des lois promulguées ont pour source des dahirs royaux), on a laissé les candidats, comme à chaque fois, faire des promesses décalées sur les infrastructures locales (le fameux “ghadi n'dekhel likoum do, l'ma ou triq” - je vais vous amener l'électricité, l'eau courante et l'asphalte)… et on a laissé les électeurs, encore une fois, se fourvoyer sur les pouvoirs réels des députés. Sauf que cette fois, ils ont montré qu'ils n'étaient plus dupes.

Le PJD “out”, l'Istiqlal “in”
Reste que, participation catastrophique ou pas, les Marocains ont choisi leur nouveau Parlement. Et là, surprise des analystes : non seulement les islamistes sont loin des 80 sièges qu'ils annonçaient, mais ils ne sont même pas premiers du classement. Vendredi soir, au siège du PJD, on a festoyé et crié “Allah Akbar” à chaque nouvelle circonscription arrachée. Le lendemain matin, à mesure que le leadership de l'Istiqlal s'affirmait, c'était la gueule de bois, et les accusations de corruption électorale tous azimuts. Un classique réflexe de mauvais perdants, maintes fois brandi par d'autres partis, dans d'autres scrutins… Pour Mohamed Layadi, le PJD serait plutôt un “mauvais gagnant” puisque, après tout, il a remporté 4 sièges de plus qu'en 2002 et s'est hissé du troisième au second rang. Mais l'écart entre la réalité et les illusions des islamistes était bien trop grand pour que leur cœur soit à la fête. “Le PJD s'est enfermé lui-même dans les sondages biaisés et les fantasmes des médias, notamment étrangers, qui le donnaient favori. Ils ont cru que l'enseigne islamiste était suffisante pour gagner, ce qui leur a fait commettre des erreurs. Par exemple, des parachutages dans certaines circonscriptions, au mépris des protestations des militants locaux”. Kamal Lahbib renchérit et, cette fois, c'est plutôt l'homme politique qui parle : “Le PJD, finalement, est devenu comme les autres partis. Lui aussi a rencontré des problèmes de désignation de candidats, de désobéissance des bases, de démission de cadres mécontents par leur non-désignation, etc.” Un parti comme les autres ? Et le référentiel islamiste, alors ? N'aurait-il, finalement, qu'un impact limité sur les Marocains ? Ne nous réjouissons pas trop vite… Selon le politologue Mohammed Tozy, “l'ascension du PJD a été freinée car il a mis en avant ses cadres technocrates au détriment des idéologues et des clercs”. Autrement dit, estimant la partie gagnée d'avance, le parti islamiste a préféré, pensant déjà aux tractations gouvernementales, séduire le sommet plutôt que la base. Et ce, en présentant des candidats cravatés et propres sur eux, plutôt que des barbus rébarbatifs qui risqueraient d'effrayer Rabat, autant que Paris et Washington. Mais l'électorat islamiste, manifestement, attendait autre chose. Ce qui s'est passé à Casablanca-Anfa est emblématique de cette erreur stratégique. Dans cette circonscription parsemée de villas cossues mais aussi de bidonvilles surpeuplés, le PJD a choisi de s'effacer pour soutenir la candidature de Abderrahim Lahjouji, ancien patron des patrons et chef du petit parti Forces citoyennes, avec lequel le PJD s'était allié il y a quelques mois pour crédibiliser son programme économique. Mauvais calcul : non seulement Lahjouji a été balayé, mais parmi les gagnants, il y avait le très médiatique Abdelbari Zemzmi, prédicateur notoirement sexiste et antisémite, candidat du Parti de la renaissance et de la vertu… lui-même fruit d'une scission du PJD !

À dire vrai, Zemzmi ne s'est classé qu'au deuxième rang, à Casa-Anfa. La première place a été brillamment remportée par l'Istiqlalienne Yasmina Baddou, très populaire dans une circonscription qu'elle visite régulièrement depuis qu'elle y a été élue en 2002. Ici comme ailleurs, ce qui a vraiment fait la différence, c'est le travail de terrain. Et là-dessus, l'Istiqlal, encore une fois, a démontré l'excellente organisation de sa “machine électorale” : des militants en nombre qui “ratissent” les circonscriptions, des électeurs qu'on connaît pratiquement famille par famille, des candidats désignés, dans leur grande majorité, sur recommandation des cellules locales, etc. Le succès du parti de Abbas El Fassi (même si ce dernier n'est passé qu'in extremis à Larache, pourtant son fief) a rappelé ce que beaucoup avaient fini par oublier : l'Istiqlal a une vie politique riche et organisée. Que ce soit à travers son réseau d'“inspecteurs”, ses syndicats, ou même ses activités de scoutisme (eh oui !), le Parti de la balance, contrairement aux autres formations, ne se fait pas oublier entre deux scrutins. Une attitude manifestement payante, à laquelle il faut sans doute ajouter “l'effet Ghellab-Douiri-Hjira”, du nom des trois ministres les plus en vue du gouvernement sortant, aujourd'hui en compétition pour le poste de premier ministre (lire en page 30). Quand, sous prétexte de liens familiaux avec des hiérarques du parti, les jusque-là apolitiques Karim Ghellab et Adil Douiri avaient été cooptés en 2002 par l'Istiqlal puis par le premier cercle royal (à moins que ce ne soit l'inverse), tout le monde avait crié au parachutage. Et tout le monde avait raison. Cinq ans plus tard, leur compétence et leur surmédiatisation en ont fait, aux yeux des électeurs en tout cas, des Istiqlaliens de plein droit. D'où un retour d'image très bénéfique pour le parti, l'opinion publique plébiscitant les “jeunes compétents” dans tous les sondages. Bon gré mal gré (car la jalousie envers les trois “stars” est toujours vive au sein du vieux parti), l'Istiqlal a imposé l'image d'un nouveau leadership. Cela a sans doute contribué à son succès.

Les autres partis, et notamment l'USFP, ne l'ont compris que sur le tard, en confiant l'élaboration de leur programme économique à de “jeunes technos”. Mais les Khalid Hariri et autres Ahmed Chami n'ont été mis en avant que dans les derniers mois. C'est en 2002 que le premier secrétaire, Mohamed Elyazghi, aurait dû faire ce choix, pas à l'approche des élections. Un symptôme parmi d'autres de la “maladie de l'apparatchik”, qui a finalement fait dégringoler le parti socialiste de la seconde à la cinquième place. À force de mettre en avant les “dinosaures” de sa génération - sans s'oublier lui-même -, à force de faire la sourde oreille aux multiples courants contestataires qui secouaient son parti, à force de subir scissions et accusations de “makhzénisation” (emblème : l'Usfpéiste Mohamed Bouzoubaâ, qui a couvert le parti d'opprobre en coiffant une justice toujours aussi inféodée au Palais)… Elyazghi a profondément discrédité son parti aux yeux des “tihadis”, une force électorale puissante, jusqu'en 2002. Aujourd'hui, l'USFP est probablement le seul parti au sujet duquel il est justifié d'évoquer un “vote sanction”.

Quant aux autres partis arrivés dans le peloton de tête (le Mouvement populaire, 3ème, le RNI, 4ème, et l'UC, 6ème), ils ont cartonné dans un Maroc que tout le monde avait eu tendance à oublier : celui des campagnes. Là-bas, la vieille recette des “notables” fonctionne toujours à plein. En offrant leur étiquette à des barons féodaux qui contrôlent les terres et le cheptel, donc les emplois, les anciens “partis de l'administration” ont tout misé sur deux critères de vote : l'argent et la notoriété. Un pari gagnant et qui illustre le paradigme, plus que jamais valable, du “Maroc à deux vitesses”. Moins d'une semaine après les résultats, il est encore malaisé de quantifier le nombre exact de “bourazza” (sobriquet populaire des notables ruraux) parmi des députés qu'on connaît encore mal. Mais il ne serait pas étonnant, pas du tout même, qu'ils représentent une bonne moitié, voire la majorité des 325 nouveaux députés. Réunis, ceux du MP, du RNI, de l'UC, du MDS (Archane) et du PND (Kadiri) représentent déjà 40% du Parlement. En puisant dans le kaléidoscope des petites formations issues du “parti boom” post-Basri, ont devrait atteindre facilement plus de 50%...

Et maintenant ?
Plus encore qu'en 2002, le roi dispose d'une carte politique lui donnant pleine latitude pour appointer le premier ministre (pas encore désigné, à l'heure où ces lignes sont écrites) et le gouvernement de son choix. La sortie médiatique très remarquée de Fouad Ali El Himma, lundi dernier, a définitivement écarté l'option d'un premier ministre non partisan. Il sera, a affirmé le proche compagnon de Mohammed VI, “issu de la majorité”, donc très probablement de l'Istiqlal, futur moteur de la majorité. Reste à choisir laquelle, car il y a deux options : d'une part, la reconduction de la formule actuelle, associant la Koutla (Istiqlal, USFP, PPS) au RNI et au MP, de l'autre, la constitution d'un nouveau pôle gouvernemental “libéral-conservateur” regroupant Istiqlal, PJD, RNI et MP. La première option est clairement privilégiée par Abbas El Fassi, secrétaire général de l'Istiqlal. C'est évidemment Mohammed VI qui aura le dernier mot, mais les pronostics penchent plutôt pour cette formule. Dommage, car la seconde option, outre qu'elle offrirait une configuration gouvernementale inédite, présenterait plusieurs avantages. D'abord, cela induirait une bonne dose de changement dans notre vie politique, qui en a sacrément besoin. Ensuite, le PJD mettrait la main à la pâte, perdant le bénéfice de la “virginité” sur lequel il a tant capitalisé jusqu'ici. Enfin, et ce ne serait pas le moindre avantage, cela clarifierait la scène politique marocaine comme jamais auparavant. Un bloc “de droite” convaincant serait aux affaires, et le retour de l'USFP dans l'opposition forcerait le parti de la rose à opérer une sérieuse restructuration interne, et pousserait à la constitution d'un bloc “de gauche” fort et homogène, qui se présenterait comme une alternative sérieuse en 2012. Comme quoi, même le meilleur n'est jamais exclu...


325 sièges
  PI : Parti de l'Istiqlal
52
  PJD : Parti de la justice et du développement
46
  MP : Mouvement populaire
41
  RNI : Rassemblement national des indépendants
39
  USFP : Union socialiste des forces populaires
38
  UC : Union constitutionnelle
27
  Autres
82



Taux de participation. (National 37%)

Urbain : 30%
Rural : 43%



Le plus fort taux de participation 62% Oued Eddahab - Lagouira
Le plus faible taux de participation 27% grand Casablanca



Quelle coalition gouvernementale ?


Scénario 1. Continuité de la majorité gouvernementale actuelle (Majorité actuelle)
42,85% Reste des partis
57,15% PI, USFP, PPS, MP, RNI.

Scénario 2. Coalition des partis de la droite conservatrice (Droite conservatrice)
44,62% Gauche et autres partis
55,38% PI, PJD, MP, RNI.

 
 
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