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Par Fahd Iraqi

Spécial élections législatives
Marchés. Des urnes et des thunes


Les dépenses de l’Etat.

500 MDH
de budget global
30 MDH en dépenses de communication
8,5 MDH en recharges téléphoniques
17 MDH pour les bulletins de vote


Les élections, une affaire politique…
mais aussi économique
pour certains.
(DR)

Avec 500 millions de dirhams déboursés par l’Etat et trois fois plus d’argent mobilisé par les candidats, les élections représentent une manne non négligeable pour certains fournisseurs et autres prestataires de service. Dépouillement du business des élections…


Les législatives 2007 auront fait couler beaucoup d’encre. Au propre comme au figuré : l’imprimerie est effectivement le secteur qui tire le plus grand profit de la période électorale. Outre les tirages de journaux (surtout ceux de la presse partisane) qui atteignent des sommets et les
affiches qui prolifèrent sur les murs, les rotatives ont surtout craché une quantité astronomique de tracts et autres flyers. Ces petits papiers volants - censés convaincre les votants avec des informations élémentaires (symbole et slogan du parti, présentation des candidats et de vagues axes de programme) – ont inondé les chaussées des villes et les sentiers des campagnes. Plusieurs dizaines de millions de ces billets doux ont été imprimés, si l’on considère que la quasi-totalité des 900 listes en compétition ont eu recours à cet instrument de campagne. “Il était impossible, ces deux dernières semaines, de mettre la main sur une machine libre : les carnets de commande de tous les imprimeurs étaient monopolisés par les élections”, explique cette responsable d’une régie de travaux d’impression. Pour autant, à en croire cet imprimeur casablancais, ce marché juteux reste relativement concentré entre les mains d’une poignée d’opérateurs. “Les partis qui disposent de leur propre imprimerie travaillent en interne, explique-t-il. Et seuls les imprimeurs qui ont des relations privilégiées avec les partis obtiennent de gros marchés. Le reste, c’est-à-dire la majorité des opérateurs, se contentent de quelques petites commandes”. Mais ces “petites commandes”, qui oscillent entre 50 000 et 100 000 exemplaires, laissent tout de même une marge confortable à ces imprimeurs, qui facturent leur prestation au prix fort (10 à 20 centimes l’unité).

Toutefois, les imprimeurs qui ont profité le plus des élections sont ceux qui ont décroché des marchés de l’Etat. Les chiffres avancés par le ministère de l’Intérieur donnent le tournis : avec 6,7 millions d’imprimés et de documents électoraux, en plus de 17 millions de bulletins de vote, le marché flirte avec les 17 millions de dirhams. Une manne qui est tombée dans l’escarcelle de six imprimeurs (sur une quinzaine consultée), ce qui fait forcément des mécontents dans la profession. “Des confrères préparent un courrier de protestation qui sera adressé au ministère de l’Intérieur. Ils y relèvent que la liste des imprimeurs consultés se limite aux clients d’un seul fournisseur de matériel. Beaucoup d’autres opérateurs se sont retrouvés injustement écartés”, confie un imprimeur casablancais.

L’Etat reste en fait le premier promoteur des élections. En plus de l’avance accordée aux partis politiques (voir encadré), le Trésor public a déboursé plus de 300 millions de dirhams supplémentaires, que ce soit pour l’équipement des 38 687 bureaux de vote (isoloirs, urnes, cadenas et… portraits du roi), pour l’indemnisation des quelque 300 000 fonctionnaires mobilisés, ou encore pour le renforcement des parcs informatiques des administrations territoriales.

La fièvre de la com’
Le ministère de l’Intérieur a également décaissé 30 millions de dirhams pour ses besoins de communication. La grande part du gâteau est revenue à l’agence Saga Communication, qui a remporté l’appel d’offres pour la conduite de la campagne publicitaire, qui a duré tout le long du processus électoral (la sensibilisation à l’inscription sur les listes électorales, au retrait des cartes électorales et enfin au vote). Montant de la facture : 20 millions de dirhams ! Une facture (politiquement) correcte, sachant qu’il s’agissait de “vendre” une cause nationale. “Les différents prestataires auxquels nous avons fait appel ont fait preuve d’une louable générosité. Des afficheurs nous ont gracieusement offert leurs espaces. Les télés et les radios nous ont accordé des dégressifs respectifs de 75 et 50% sur les spots publicitaires et ont diffusé gratuitement nos capsules pédagogiques”, explique Chakir Fassi Fihri, président de Saga Communication. L’agence a elle-même réduit substantiellement sa commission à 5% du budget, au lieu des 15% usuels.

Si Saga Communication a décroché le gros lot, les autres agences n’ont pas chômé non plus. Quelques partis ont fait appel à leurs compétences, même si les budgets correspondants sont bien plus modestes que celui du ministère. “Quand on travaille pour les partis, la prestation intellectuelle est généralement gratuite. Et c’est à peine si l’on se rattrape avec les commissions des autres prestations, comme l’événementiel, pour couvrir nos charges fixes”, nuance un publicitaire.

À côté des agences de com’, quelques sociétés de production ont également tourné à plein régime, en réalisant des films commandés par les candidats. “Les prix varient de 70 000 à 200 000 dirhams, selon le produit et le client”, raconte ce réalisateur qui a vu défiler sur sa station de montage pas moins de cinq candidats. Et certains ont placé la barre très haut, avec des budgets atteignant parfois les 800 000 dirhams !

Mais dans la plupart des cas, l’investissement est beaucoup plus modeste. “Pour 150 000 à 250 000 dirhams, on peut financer une campagne correcte. Cela suffirait pour assurer les charges relatives à la logistique, aux télécommunications et à l’organisation de certains événements”, explique Anouar Zine, qui a mené campagne dans une circonscription à Casablanca. En effet, la majorité des candidats se contentent de simples actions de proximité : des tournées dans les quartiers, du porte-à-porte et quelques meetings électoraux. Mais là encore, il faut mettre la main à la poche : les bénévoles qui entourent chaque candidat sont loin de suffire. “Il faut recruter au moins une trentaine de personnes pour garantir un niveau acceptable dans l’applaudimètre des rassemblements populaires”, ironise un candidat. Collage d’affiches, distribution de flyers et, parfois, sabotage de la campagne des concurrents… le job ne requiert pas de qualification particulière. Surtout, il est mieux payé que le SMIG journalier : 100 dirhams quotidiens. Des conditions qui attirent des milliers de jeunes désoeuvrés, qui désertent les terrasses des cafés pour se convertir, une quinzaine de jours durant, en saisonniers des partis politiques. Sauf que la contribution de ces sympathisants intéressés s’arrête la veille du scrutin. Quant à les convaincre de voter, c’est une paire de manches...



Financement de la campagne. Les recalés remboursent

L’avance accordée aux partis pour le financement de la campagne électorale constitue le gros des dépenses engagées par l’Etat à l’occasion des législatives. 200 MDH ont été ainsi distribués avant le démarrage officiel de la campagne, répartis selon plusieurs critères (niveau de représentation actuelle au Parlement, nombre de circonscriptions couvertes…). Les partis restent cependant libres de l’affectation en interne de la subvention reçue. Pour certaines formations politiques, le partage entre les candidats se fait en fonction des caractéristiques des circonscriptions (superficie et population, entre autres). D’autres se contentent d’appuyer leurs candidats, par le financement de travaux d’impression ou quelques appoints logistiques, laissant le gros des frais à la charge des prétendants. “C’est pour cela que les partis choisissent des têtes de liste capables de financer eux-mêmes leur campagne”, explique un candidat. Au mieux, ces partis remboursent une bonne partie des frais engagés par leurs candidats dans le cas où ils réaliseraient de bons scores. Et pour cause, les partis sont eux-mêmes tenus de rembourser l’avance accordée par l’Etat, au cas où ils recueilleraient moins de 6% des voix. Un seuil que 7 partis seulement ont pu franchir. Ils gagnent ainsi le droit de garder l’acompte versé par l’Etat, auquel s’ajoutera une rallonge, puisque la subvention accordée aux partis tient compte du nombre de voix récoltées lors du scrutin. Une facture additionnelle pour le budget de l’Etat, et donc le contribuable.

 
 
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