Fidèles, mais pas dupes
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Ahmed R. Benchemsi
(SEBASTIEN MICKE/PARIS MATCH)
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37% de participation ? A y voir de plus près, ça descend jusquà 24 !
Voilà donc le chiffre vedette : 37% des Marocains ont participé aux élections législatives. Pardon : il sagit plutôt de 37% des Marocains ayant retiré leurs cartes délecteurs, ces derniers représentant, eux, 80% des Marocains en âge de voter. Combinons ceci à cela, et on tombe sur le chiffre suivant : seuls 30% des Marocains en âge de voter lont fait. Et ce nest pas fini. 20% de ceux qui ont voté ont, par ignorance ou par défiance, glissé des bulletins nuls dans les urnes. Voici
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donc le chiffre final : le 7 septembre 2007, seuls 24% des Marocains ont exprimé un vote valide, en faveur de lun ou lautre des candidats. Un sur quatre !!!
Même si on retient le chiffre officiel de 37%, cest un recul historique, puisque le taux de participation était de 52% en 2002, et toujours supérieur à 60% avant. On a écrit, un peu partout, que les taux de participation sous Hassan II étaient peu fiables, car truqués. Faux ! Largument est valable pour les référendums où il sagissait de répondre, par oui ou par non, à des questions posées par le roi. Non seulement il était exclu de répondre non à de telles questions, mais il était même exclu
de ne pas y répondre. Doù les scores staliniens (oui comme participation) que tout le monde connaît bien. Quant à la participation aux législatives sous Hassan II, elle était massive, et bel et bien réelle. Souvenez-vous des camions, voire des bus municipaux affrétés pour transporter les électeurs, de gré ou de force, aux bureaux de vote
Souvenez-vous des attroupements à lextérieur de ces mêmes bureaux, des électeurs se faisant rémunérer sur le champ par leur candidat favori, contre présentation des bulletins de ses concurrents
Donc oui, les taux de participation aux législatives sous Hassan II (autour de 65%) étaient crédibles. Parce que les Marocains, à lépoque, avaient deux bonnes raisons pour voter : soit ils y étaient forcés, soit ils étaient payés pour ça.
Cette fois-ci, en 2007, pas de doute : les élections étaient honnêtes et transparentes. Personne na forcé les électeurs à voter et, nen déplaise aux mauvais perdants qui ont hurlé à la corruption, rares sont ceux quon a payés pour ça. Résultat : seulement un Marocain sur quatre a fait leffort de se déplacer et de voter correctement. Et il nest même pas certain quil lait fait pour de bonnes raisons. Les sociologues sattacheront, dans les mois à venir, à expliquer les motivations réelles de ces 24% de bons citoyens. Nul doute quils nous rappelleront beaucoup de choses sur le tribalisme, ou encore lattachement populaire aux candidats/seigneurs féodaux qui contrôlent encore largement les terres, le cheptel, les emplois
mais peut-être nous apprendront-ils aussi des choses sur le renouvellement des générations, la nouvelle vague de jeunes technos qui investissent les partis (notamment lIstiqlal), séduits par le modèle Douiri-Ghellab-Hjira, etc. Lespoir aussi est permis.
Reste que le taux dabstention (3 Marocains sur 4 !) est très préoccupant. Il a sans doute de multiples explications, mais ne nous y trompons pas : cest, globalement, une manifestation de rejet des institutions politiques. Nul besoin dêtre un expert en politique ou de connaître par cur larticle 19 de la Constitution pour comprendre quau Maroc, celui qui décide, cest Sidna et nul autre. Un signe qui ne trompe pas : la liste menée par Fouad Ali El Himma, surnommé lenvoyé du roi par les électeurs de sa circonscription (dont près de 50% ont voté), a récolté
74% des voix ! Aucune autre liste, nulle part ailleurs au royaume, na réalisé un score aussi élevé.
En boudant massivement les urnes, à léchelle nationale, les Marocains ont rejeté lappel royal à la participation citoyenne. Ce faisant, ils ont envoyé un message politique limpide à Mohammed VI : Nous taimons et te soutenons, toi notre roi. Mais ne nous demande pas dentériner un système en lequel nous ne croyons pas. On peut être fidèle sans être dupe... |