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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Ziraoui

“Je n’ai jamais demandé de grima”

Touria Jabrane, Actrice
(TNIOUNI / NICHANE)

Antécédents

1952. Naissance à Casablanca.
1968. Intègre l’Ecole supérieure d’art dramatique.
1969. Joue dans Antigone de Sophocle, avec Farid Benmbarek.
1979. Joue dans son premier film, Omar El Mokhtar de Mustapha Akkad.
1985. Prix d’interprétation au Festival de Bagdad.
1991. Se fait kidnapper.
2007. Joue dans le long-métrage Oud El Ouard.

Smyet bak ?
Bouazza Bencherki.

Smyet mok ?
Mounia El Haddaoui.

Nimirou d'la carte ?
B 2885.

On vous a vu rouler pour plusieurs têtes de liste lors des législatives, dont Nabil Benabdellah et Fouad Ali El Himma…
J’ai soutenu des amis en qui je croyais. Pour Nabil Benabdellah, je l’ai aidé parce qu’il a réalisé un excellent travail en tant que ministre de la Communication. Quant à Fouad Ali El Himma, je l’ai soutenu parce qu’il a quitté un poste important pour aider sa région. Il ne s’est pas présenté aux élections pour pouvoir s’acheter une villa.

Vous n’avez pas l’impression d’avoir retourné votre veste, vous qui êtes censée être une Ichtirakia ?
Je suis surtout une artiste libre de ses choix. Pour les législatives, je n’ai demandé ni “grima” ni aucun privilège. Je suis convaincue que les gens que j’ai soutenus oeuvrent pour le pays, au-delà des clivages gauche-droite.

Pourtant, en 1999, vous clôturiez une de vos pièces de théâtre par un message d’encouragement à Abderrahmane Youssoufi…
À l’époque, Youssoufi conduisait le gouvernement d’alternance. J’ai fini la pièce en lançant un “El Ayta 3lik yal Youssoufi”. C’était une manière d’encourager notre premier ministre.

Vous dites “notre”, parce que vous êtes socialiste ?
Dans le temps, je l’étais effectivement. Aujourd’hui, je n’ai pas de couleur politique. Certes, je me situe à gauche, mais cela ne veut plus dire grand-chose.

C’est Mehdi Ben Barka qui devrait être content là où il est. Lui dont vous avez un portrait accroché chez vous…
Mehdi Ben Barka est quelqu’un que j’aime beaucoup, de même que Abderrahim Bouabid et Mohamed Fqih Basri. Chez moi, j’ai accroché leurs portraits et j’ai demandé à mes enfants de les garder, pour que même mes petits-enfants puissent les connaître. Ma fille, qui réside en France, se rend chaque 29 octobre devant la Brasserie Lipp (Ndlr : lieu où fut enlevé Mehdi Ben Barka).

Bon, l’engagement politique, c’est sympa. Mais aux dernières nouvelles, vous êtes toujours actrice ?
Je viens d’achever le tournage du film Oud El Ouard. En parallèle, je prépare un rôle dans un téléfilm, intitulé Le siège numéro 13, tout en écrivant le scénario d’une série pour ramadan 2008.

Pourquoi vous-êtes vous enfermée dans des rôles de femme du peuple ou de campagnarde ?
Probablement parce que je suis fière d’être une femme du peuple, mais aussi parce que c’est un milieu que je connais bien. Je voyage souvent dans le Maroc profond. Je peux vous dire que, partout, des femmes du peuple souffrent en silence. C’est ma manière à moi de leur rendre hommage. Pour autant, j’ai joué pas mal de rôles plus intellectuels, mais le plus souvent dans des pièces de théâtre, que la télé ne diffusait pas. Il est donc normal que le public garde cette image de moi.

Vous avez aussi une affection particulière pour les rôles masculins. Vous aimez vous travestir ?
Non, c’est juste qu’un artiste doit être capable de se mettre dans la peau de n’importe quel personnage. J’ai effectivement eu des rôles d’homme à quelques reprises. Mais, vous savez, en trente ans de métier, j’ai presque tout fait.

Au début des années 90, vous avez été enlevée, avant d’être libérée, avec le crâne rasé. Qu’est-ce qui s’était passé ?
À l’époque, j’étais un peu l’égérie des socialistes. On m’avait invitée dans une émission télé (Ndlr : L’homme en question, sur 2M). Cela n’a pas plu à certains. Mes ravisseurs voulaient savoir ce que je comptais dire à la télévision. J’ai été enlevée, brutalisée et injuriée. Ils m’ont dit : “Tu te prends pour un homme ? Alors tu vas ressembler à un homme”. Et ils m’ont alors rasé le crâne.

Avez-vous fini par découvrir l’identité des ravisseurs ?
Ce sont les mêmes qui ont enlevé des centaines de personnes. Je pense que vous voyez de qui je parle. Vous savez, sous l’ère Basri, il était risqué de dire ce qu’on pense. J’en ai payé le prix. Mais je me dis que ce que j’ai subi, ce n’est rien comparé à ce qu’ont enduré beaucoup d’autres. Certains l’ont même payé de leur vie. Mais tout cela, c’est de l’histoire ancienne. Quelque temps plus tard, j’ai reçu une lettre de Hassan II, où il m’écrivait : “Al khaïr fil moustakbal” (l’avenir sera meilleur). Cela s’est vérifié par la suite.

 
 
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