Exécutif. En attendant le gouvernement...
Algérie. La violence, encore et toujours
Marchés. Des urnes et des thunes
Portrait. Le retour du couple éternel
Musique. La radio à Manu
N° 289
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Abdeslam Kadiri
(avec agences)

Algérie. La violence, encore et toujours

L’attentat qui a ciblé la
caserne de Dellys, le 8 septembre,
a fait 30 victimes.
(AFP)

En deux jours, l’Algérie a été frappée par deux attentats, faisant 52 victimes. Directement visé par l’une des attaques, Abdelaziz Bouteflika maintient pourtant sa politique de réconciliation nationale.


Après l’attentat de Batna, qui avait visé, jeudi 6 septembre, le cortège du président Abdelaziz Bouteflika, et celui de Dellys, deux jours plus tard, qui a ciblé une caserne de garde-côtes, les Algériens sont sous le choc. Le bilan est lourd : 52 morts et plus de 150 blessés. Les deux attaques ont été, d’après la chaîne Al Jazeera, revendiqués par la
branche d’Al Qaïda au Maghreb islamique (ex-GSPC algérien), qui se replace ainsi dans l’actualité.

Le 6 septembre d’abord, c’est le président qui a été visé. Le chef d’Etat s’était rendu à Batna, dans le cadre d’une tournée qu’il effectuait dans l’Est algérien, pour faire taire les rumeurs sur son état de santé. Le kamikaze attendait l’arrivée du président algérien, dissimulant son engin explosif dans un sac en plastique. Mais l’homme, visiblement trop nerveux, se fit remarquer par la foule et les services de sécurité. Paniqué, il actionna sa bombe prématurément. Bilan : 22 morts et 100 blessés. Au lieu de regagner Alger, Bouteflika choisit de prolonger son séjour à Batna. Il se rendit sur les lieux de l’attentat, aux abords de la mosquée Al Atik, assista à la prière du vendredi et présenta ses condoléances aux familles des victimes.

Deux jours plus tard, c’est la caserne militaire située à Dellys, ville portuaire de l’Est algérien, qui a été attaquée. Des terroristes ont volé une fourgonnette qui servait à l’approvisionnement de la caserne, l’ont chargée d’explosifs avant de la lancer contre le bâtiment. Là encore, le bilan est lourd : 30 personnes tuées et 47 blessés.

La réconciliation, malgré tout
Une nouvelle fois, le profil des kamikazes échappe à toute grille de lecture ou tentative de “profilage”. Celui qui visait le président s’appelait Houari Belazreg. Âgé de 29 ans et issu du quartier populaire de Médiouni, à Oran, il aurait été vendeur à la sauvette. Quant à l’auteur de l’attentat de Dellys, il n’avait pas plus de 15 ans ! Nabil Belkacemi venait du quartier de Bachjarah, à Alger, et avait quitté le domicile parental il y a deux mois. Des jeunes comme eux, il en existe des milliers en Algérie et c’est ce qui inquiète la population comme les forces de sécurité. Comment en sont-ils arrivés à commettre de tels actes ? La misère sociale, la pauvreté et l’exclusion n’expliquent pas tout. Ont-il été enrôlés par la branche d’Al Qaïda au Maghreb islamique ? Et qui est réellement derrière ce mouvement ?

On s’attendait à une riposte vigoureuse de la part des autorités. Il n’en fut rien. Le Pouvoir reste rivé à sa ligne de conduite. Sitôt revenu de ses émotions, le président algérien a ainsi réaffirmé la poursuite de sa politique de réconciliation nationale, qui accorde la grâce aux islamistes repentis qui remettent leurs armes aux autorités. “Je dis au peuple algérien et au monde entier que nous avons choisi la voie de la réconciliation nationale. Nous n’y renoncerons pas, quel que soit le prix à payer”, a lâché Bouteflika. D’après lui, cette politique de concessions aux islamistes radicaux “est une option stratégique de l’Algérie”. Certains titres de presse, comme El Watan, estiment pourtant que cette voie a atteint ses limites, en amnistiant des milliers de terroristes… sans obtenir de garanties de sécurité. De plus, les “barons” de l’islamisme radical demandent, en échange d’une reddition, une islamisation de la société et le droit de créer un parti politique.

Dans les faits, la démarche est moins tranchée. Les autorités ont, depuis quelques semaines, sévi contre des groupes armés qui refusaient de se rendre. Plusieurs de leurs chefs, dont Abdelmalek Droukdel, présumé “patron” d’Al Qaïda au Maghreb, ont été condamnés à mort par contumace. Ali Belhadj, ex-numéro 2 du FIS dissous, a été arrêté dimanche pour avoir qualifié le général Smaïn Lamari “d’instrument de répression terroriste qui utilise le terrorisme d’Etat”.

La surprise vint plutôt de la dénonciation par Bouteflika de “la main de l’étranger” dans ces attaques. Les kamikazes “œuvrent pour le compte de dirigeants étrangers “, a-t-il lancé. Pour la première fois, “des capitales étrangères” sont accusées d’instrumentaliser le terrorisme algérien. Lesquelles ?

Tous derrière Bouteflika
Ces attentats ont suscité une vague d’émotion au sein du peuple algérien. “Tout le monde est contre ces attentats. La société n’est pas clivée sur cette question. Il n’y a pas de débat là-dessus. La population est horrifiée, hantée par le spectre de la guerre civile”, nous explique l’historien Benjamin Stora. À l’appel de plusieurs partis politiques et syndicats, des manifestations spontanées ont eu lieu dans les principales villes du pays pour dénoncer le terrorisme. Les 5000 personnes à Alger scandaient “Non au terrorisme” ou “Ne touche pas à mon Algérie”.

Un peu partout dans le monde, les témoignages de solidarité ont afflué. Rabat a réaffirmé sa volonté de coopérer avec l’Algérie pour “nettoyer” la région du terrorisme. La Jordanie, l’Iran, l’Espagne et la France ont aussi fermement condamné ces violences. L’Union Européenne, le Conseil de sécurité de l’ONU et la Ligue arabe ont fait de même.

Alger a été frappée quatre fois par des attentats depuis le 11 avril. Deux attaques simultanées à la voiture piégée avaient visé ce jour-là le palais du gouvernement (dans le centre d’Alger) et un commissariat, faisant 32 morts et plus de 200 blessés. Un autre attentat-suicide avait ciblé, le 11 juillet, une caserne de l’armée à Lakhdaria, faisant 10 morts. Plus récemment, Al Qaïda au Maghreb islamique avait menacé, via Internet, de s’attaquer à des installations portuaires.

Malgré ce nouveau coup dur, Alger veut garder le cap. Le Pouvoir sait que les effectifs des groupes armés, qui subissent régulièrement des pertes, est en diminution continue (ils ne seraient plus que 500 hommes). Surtout, ces derniers ne bénéficient plus du soutien de la population. Mais que peut faire Alger contre le travail d’endoctrinement, dont de plus en plus de jeunes sont la cible ? Selon des experts algériens de l’antiterrorisme, la branche maghrébine d’Al Qaïda aurait constitué une brigade de kamikazes parmi les jeunes recrues du maquis, dont le fils de Ali Belhadj, Abdelqahar, âgé de 20 ans. Le pire est-il encore à craindre ?



Al Qaïda au Maghreb. Un casse-tête régional

On sait peu de choses sur la branche d’Al Qaïda au Maghreb islamique (BAQMI), l’ex-GSPC algérien. Le GSPC a annoncé son ralliement à la nébuleuse de Ben Laden dès septembre 2006, avant de changer officiellement de nom en janvier 2007. L’organisation s’est alors lancée dans une série d’attaques meurtrières, en élargissant son action au Maroc, à la Tunisie, la Libye, la Mauritanie, ainsi qu’au Niger et au Mali.
Dirigée par Abdelmalek Droukdel, la BAQMI veut unifier les mouvements islamistes armés au Maghreb et dans le Sahel. La mouvance a revendiqué tous les attentats qui ont frappé l’Algérie depuis le 11 avril. Chose préoccupante, le mouvement a “importé” la technique de l’attentat-suicide, jamais utilisée jusque-là par les groupes islamistes en Algérie. D’après les experts algériens, la BAQMI aurait changé de mode opératoire en constituant récemment un commando de kamikazes composé de jeunes recrues venues des quartiers pauvres des grandes villes, où les islamistes restent très actifs. Ces jeunes sont endoctrinés et placés sous la tutelle d’émirs tout puissants dans les maquis. Les autorités algériennes, qui ont manifesté leur inquiétude face à ce nouveau phénomène, réfléchissent toujours à une parade efficace.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2008 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés