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N° 289
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

Zakaria Boualem a suffisamment de preuves pour affirmer qu’on se fout de sa gueule.

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Il se trouve aujourd’hui nombre de penseurs pour réfléchir sur les causes profondes du désintérêt tout aussi profond des Marocains pour les élections. Eh bien, Zakaria Boualem a trouvé la réponse. Il l’a trouvée par terre, le matin même du scrutin. Elle s’est présentée sous la forme d’un petit tract à la gloire d’une certaine “Union marocaine pour la démocratie”. On imagine les heures de débat qu’il a fallu aux responsables pour arriver à une dénomination tellement neutre qu’elle en devient vide. Mais là n’est pas la question. Le logo de cette estimable Union marocaine pour la démocratie, c’est un dauphin. C’est très bien. Et la phrase qui orne ce tract, l’unique phrase qui est censée déclencher l’acte de voter pour le dauphin, c’est la suivante : “Sawitou 3ala l'houta allati tanfa3ou nnass”.

En français, ça donne “Votez pour le poisson qui est utile aux gens”. Rassurez-vous, amis exclusivement francophones, ce n’est pas la traduction qui rend la phrase débile, c’est d’origine. En lisant cette étrange invitation, Zakaria Boualem a cru rêver, il l’a relue trois fois et elle avait toujours l’air aussi inepte. Soudain, il a compris. Le symbole, conçu à l’origine pour permettre le vote des personnes analphabètes, est devenu le cœur du débat. La forme a pris la place du fond, sans doute parce qu’il n’y a aucun fond. S’ils avaient eu comme symbole un mur, ils auraient pu nous expliquer qu’il fallait “voter pour le mur parce qu’il est dur”, ou “voter pour le poteau parce qu’il est haut”, et on peut
continuer à l’infini, c’est pas très compliqué… Un extraterrestre débarquant au Maroc pourrait penser, à la lecture de ce tract, qu’on nous demande de voter pour un véritable poisson. Un dauphin au Parlement, pourquoi pas ? Dans son aquarium, juste à côté d’un troupeau de chevaux et de quelques éléphants, le tout batifolant dans un champ de roses et de blé, éclairé à la lanterne… Quelle étrange vision ! On nage en plein délire…

Zakaria Boualem a rassemblé suffisamment de preuves pour être en mesure d’affirmer qu’on se fout de sa gueule. C’est tout, et voilà pourquoi les Marocains n’ont pas voté. Et il en profite pour demander à tous ceux qui veulent aller au Parlement de bien vouloir faire un peu plus d’efforts pour lui proposer un projet de société qui l’intéresse, et de se donner les moyens de l’appliquer. En attendant, il vous prie de ne plus le déranger avec des animaux qui n’ont rien fait pour mériter ça, et merci.

Pour continuer sur le chapitre “élections”, Zakaria Boualem souhaite rendre un vibrant hommage aux journalistes étrangers, en particulier les Français, qui ont abattu un boulot formidable le jour du scrutin. Après nous avoir expliqué longuement pourquoi il allait y avoir un raz-de-marée des “islamistes modérés” comme ils disent, ils ont enchaîné sans temps mort en nous expliquant pourquoi il n’avait pas eu lieu. Le plus difficile, dans ce genre de cas, c’est de ne pas perdre la face… C’est loupé.

Revenons aux choses sérieuses : le foot. Zakaria Boualem a noté avec surprise le remerciement de M’hammed Fakhir, l’homme qui nous a qualifiés à la CAN 2008. La Fédération pensait depuis le début que c’était un mauvais entraîneur, et le fait qu’il ait atteint ses objectifs n’a rien changé à l’affaire, puisque nous avons affaire à des hommes de conviction. Il était donc un mauvais entraîneur. Comme Troussier, Coelho, Zaki, Kasperczak, Blinda, Louzani… Tous de mauvais entraîneurs. On n’a vraiment pas de chance, de choisir toujours de mauvais entraîneurs. Qui les choisit ? Les dirigeants de la Fédération qui, eux, ne bougent pas. Des hommes de conviction, on l’a déjà dit, qui, par la pérennité et la continuité de leur action, assurent un minimum de stabilité au football national. Sans eux, ce sport serait vraiment mal barré. Ouf… Heureusement qu’ils sont là !

 
 
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