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Cinéma. Sorties : bientôt la rentrée
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Ziraoui

Cinéma. Sorties : bientôt la rentrée

Après la trêve du ramadan, la rentrée cinématographique marocaine s’annonce plutôt riche, rassemblant un pot-pourri de films très attendus aux thématiques assez diverses. De la chronique sociale à la fresque historique, en passant par le mélo larmoyant et le conte urbain, il y en aura pour tous les goûts. Pourvu que la qualité soit au rendez-vous…


C’est quand tu veux, Lola !

Quatre ans après Une minute de soleil en moins - qui ne s’est distingué que par les polémiques qu’il a suscitées – et une floppée de longs-métrages produits dans le cadre de la film Industry, Nabil Ayouch a remis sa casquette de réalisateur pour tourner Whatever Lola wants (en anglais dans le texte). “Même si nos sources de financement sont étrangères, ce film reste marocain de cœur”, s’amuse Nabil Ayouch, pas revanchard pour un sou. Il faut dire que des sous, le golden boy du cinéma marocain en a eu besoin pour s’offrir un casting cosmopolite et un film aux prétentions plus “internationales”. Si le chiffre exact est encore tenu secret, on parle déjà du “plus gros budget jamais accordé à un réalisateur marocain”, notamment par la major française Pathé.
Whatever Lola wants (Tout ce que Lola désire) raconte l’histoire d’une jeune danseuse new-yorkaise, Lola, interprétée par Laura Ramsey (Le pacte du sang, de Renny Harlin, et She’s the man, de Andy Fickman), dont le cœur balance entre deux Egyptiens. Tout oppose Youssouf, son meilleur ami, un gay passionné de danse orientale, à Zack, un fiancé symbolisant le conservatisme, rôle interprété par le plus que prometteur Assâad Bouab, révélé dans Marock. L’ex-grand frère barbu du film de Leïla Marrakchi a remplacé Saïd Taghmaoui, initialement pressenti pour camper Zak. Le scénario a été retouché une dizaine de fois en trois ans, et co-signé par Nathalie Saugeon, déjà auteur du script de Ali Zaoua. Dans les salles avant la fin de l’année.


Pour l’amour de Pasolini

L’accouchement fut long et douloureux, notamment pour des raisons financières, mais le nouveau-né semble bien se porter. Après un an de gestation, le quatrième long-métrage de Daoud Aoulad Syad voit le jour, sous le signe de l’originalité et de l’audace, menu habituel du réalisateur. “L’idée du film nous est venue il y a trois ans quand, avec Youssef Fadel, co-auteur du scénario, nous avions visionné Ouarzazate Movie (Ndlr : le documentaire de Ali Essafi dédié aux figurants marocains)”. Inspiré de faits réels, En attendant Pasolini se déroule dans les années soixante, quand le cinéaste italien Paolo Pasolini séjourne au Maroc pour le tournage de son film Oedipe Roi. Thami, un jeune habitant de la région, est figurant pour le film. C’est là qu’il rencontre le cinéaste, dont il devient l’amant. “Nous sommes partis de ce personnage réel, avant de dévier sur une fiction”. Quarante après le départ du maître, une équipe de tournage italienne débarque à Ouarzazate et l’ancien figurant croit savoir que Pasolini en fait partie. Son village se prend alors d’un intérêt soudain, autant pour Thami que pour le cinéma. “C’est une manière comme une autre de rendre hommage aux figurants marocains. Ils sont les vraies stars de ce film”, résume Aoulad Syad. Nous lui souhaitons autant de fulgurance que ses prédécesseurs (Adieu Forain et Cheval de vent), et un meilleur destin commercial.


Le côté obscur de Casa

Fin d’année chargée pour Noureddine Lakhmari, qui, après avoir bouclé trois épisodes de la série Al Kadia pour 2M, planche sur les dernières retouches de son deuxième long-métrage, intitulé Casa Negra. Un titre pour le moins évocateur : “Casa Negra entend montrer la réalité de la rue. Casablanca est une ville aussi généreuse que brutale et c’est ce que nous avons souhaité mettre en évidence”, résume Lakhmari, avant d’oser le parallèle avec La cité de Dieu du Brésilien Fernando Meirelles, excusez du peu ! Le parti-pris artistique emprunte, quant à lui, au maître Scorsese, avec “un cocktail d’esthétisme et de violence”.
Sur le casting de cette production 100% marocaine, signée Sigma, Lakhmari a fait appel à deux novices du grand écran : Anas El Baz et Omar Lotfi. Le duo interprète un tandem de jeunes désoeuvrés, Adil et Karim, prêts à tout pour améliorer leurs conditions de vie dans une mégapole sans pitié. “Ces deux jeunes qui voguent de galère en galère représentent le Maroc d’aujourd’hui. Ils se demandent chaque jour ce qu’il va advenir d’eux”, explique Lakhmari. “Mais nous nous gardons de faire dans la morale, explique l’intéressé. Ce film tient plus de l’étude anthropologique. C’est pour ça que nous n’avons pas voulu éluder cette violence qui est propre à la ville. Il faut dire qu’en la matière, Casablanca est une source d’inspiration intarissable”, lance Lakhmari.


À bicyclette

“Une société qui se respecte doit remettre en question la loi, a fortiori lorsque celle-ci est d’inspiration religieuse”. Ceci n’est pas un extrait du prêche d’un hypothétique imam progressiste, mais une déclaration de Hamid Faridi, ancien fils de pub reconverti dans le Septième art. Après s’être fait les dents sur le court-métrage, avec des résultats plus qu’encourageants, Faridi s’essaie donc au long, avec Le Vélo. “Le Vélo est un film libre, qui refuse d’être prisonnier d’un quelconque modèle”, philosophe cet ancien de l’agence Shem’s. Pourtant, il n’évite guère le thème rabâché de la chronique sociale, virant inévitablement vers le mélo. L’histoire ? Un père de famille désargenté élève tout seul ses deux filles (dont l'une est trisomique). Un parent malintentionné s’allie à un flic ripoux pour déloger le patriarche de son terrain, pour de sombres histoires de spéculations immobilières. La promenade initiatique à bicyclette du père avec sa fille (clin d’œil inévitable à Pascal Duquenne, l’acteur trisomique du Huitième jour, de Jaco van Dormael) donne au film son titre.
Lors de sa projection en avant-première, en juillet dernier, ce mélo-type n’avait pas laissé un souvenir impérissable. “Une voix me disait de présenter le film, sans même attendre la mouture finale, explique Faridi. Mais Le Vélo est un film fort sur le plan émotionnel, qui vous prend à la gorge. Actuellement, nous retravaillons le tout. Nous attendons le bon moment pour programmer le film dans les salles, il faut bien choisir le timing, mais il devrait sortir avant la fin de l’année”. Le temps de revoir la mécanique du deux-roues ou de tester un pack “pop-corn / kleenex” ?


Ne me quitte pas, Moshé !

Hasard de calendrier ou simple opportunisme ? En tout cas, Où vas-tu Moshé ?, de Hassan Benjelloun, se penche, comme le nouveau film de Mohamed Ismaïl, sur l’exode des juifs marocains. C’est à croire que les deux cinéastes se sont passé le mot, bien que chacun revendique la paternité de l’idée. Qu’à cela ne tienne ! L’arbitrage se fera sur le grand écran…
“À l’origine, Où vas-tu Moshé devait s’appeler le Bar”, précise Hassan Benjelloun. Et pour cause : le lieu sert presque autant de personnage principal que de décor de fond à cette production maroco-canadienne, dont la sortie marocaine est imminente (après une avant-première au Festival international du film de Namur, en Belgique, qui aura lieu du 28 septembre au 5 octobre). Le pitch : quand Mustapha (Abdelkader Lotfi), le gérant du seul bar de la petite ville de Bejaâd, apprend que les juifs – sa principale clientèle – quittent la petite ville du Tadla, il comprend que la survie de son commerce est menacée. Il tente alors de tout mettre en œuvre pour retenir ses concitoyens. Au final, il ne convaincra que Shlomo de rester. Ce personnage servira de prétexte au scénario pour suivre, à travers une correspondance avec ses coreligionnaires, l’itinéraire de la diaspora juive marocaine. “Ce point de vue me permet de réaliser un vrai film de fiction, évitant ainsi le piège du faux documentaire”, conclut Benjelloun. On attend pour voir...


Lalla Bovary

Avant même sa sortie nationale, Les Jardins de Samira (Samira Fi Adayaa), de Latif Lahlou, est déjà auréolé de deux prix internationaux : ceux du meilleur scénario et de la critique internationale, dans la catégorie “compétition mondiale” de la 31ème édition du Festival des films du monde de Montréal. Pour la petite histoire, le jury n’a pas pu décerner le prix à Lahlou en mains propres, ce dernier ayant subi une attaque cardiaque (causée par l’émotion, certainement…), à quelques heures de la cérémonie de clôture. Aujourd’hui en convalescence, Lahlou s’est déjà remis au travail, consacrant une heure par jour aux dernières retouches de son Madame Bovary à la sauce marocaine. En effet, Les Jardins de Samira raconte les tribulations d’une jeune fille qui se retrouve isolée en pleine campagne, après avoir accepté un mariage de raison avec un homme âgé. Quand la fraîche Samira découvre que son mari est dans l’incapacité de tenir son devoir conjugal, commence pour elle une véritable guerre des hormones… arbitrée par le neveu de son époux. “Les jardins de Samira est une critique de la société dans laquelle nous vivons, et des règles qu’elle impose. Je montre les conséquences de ces règles à l’échelle individuelle”. Vaste programme...


Adieu mamans

Sept ans ont passé, entre l’écriture du scénario et le premier clap d’Adieu mères. Dans ce long-métrage, dont l’avant-première est programmée pour le Festival de Tanger en octobre, Mohamed Ismaïl revient sur un épisode mal connu de l'histoire du Maroc : l'exode clandestin des juifs marocains vers Israël, au début des années soixante. Le film narre ainsi l’histoire d’amitié entre Brahim (Rachid El Ouali) et Henri (Marc Samuel), un musulman et un juif associés dans une scierie, séparés par l’Histoire, la grande, celle du départ massif des juifs. “L'idée m'est venue en discutant avec des juifs de Tétouan. Nous avons un passé commun, pourtant, il ne s’est trouvé personne pour parler d’eux au cinéma (Ndlr, hormis son confrère Hassan Benjelloun)”, assène Ismaïl. Et d’ajouter : “J’ai passé un an à surfer sur le net, à la recherche d’informations, pour compléter ma documentation et maîtriser mon sujet”. Le tournage a débuté à Tétouan, avant de se poursuivre à Casablanca. Détail croustillant : dans un souci de crédibilité, la production a eu recours au service d’un ancien agent secret israélien. “Il était mandaté au Maroc, par son gouvernement, pour encadrer l'émigration des juifs vers Israël”, nous explique-t-on. Mais ne comptez pas sur Ismaïl pour révéler son identité… ni comment il l’a déniché.

 
 
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