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Par Fahd Iraqi
Consommation. Lait : ça va bouillir !
Face à la flambée des cours du lait à linternational, lEtat a dû consentir des baisses spectaculaires des droits de douane, histoire damortir la hausse des prix auprès du consommateur. Mais, tôt ou tard, ce dernier finira par trinquer
Cela fait des années déjà que les vaches européennes sont devenues folles, mais ce nest que récemment que le Maroc commence à subir leur démence
ou plutôt la parcimonie de leur pis. Quon se rassure, le cheptel marocain nest pas touché par la maladie dencéphalite spongiforme bovine. Cest plutôt la flambée des prix du lait à linternational qui est en train de bouleverser toute la filière marocaine.
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Au Maroc, la consommation mensuelle de lait oscille entre 55 et 60 millions de litres. Près du cinquième de ce volume est importé sous forme de lait en poudre, utilisé pour la production des yaourts et autres produits dérivés
et dont les prix ont connu une hausse vertigineuse sur le marché mondial. Nous sommes passés dun prix moyen de 20 000 dirhams la tonne en 2005, à plus de 25 000 dirhams cette année, explique Abdelmajid Boura, chef du service des études tarifaires à lAdministration des douanes. Confrontés au renchérissement de cette matière première, les producteurs nationaux ont entamé dès le mois de mars des négociations avec le ministère des Finances. Objectif : décrocher une révision des droits de douane sur cette denrée très protégée, avec des taux de 60%. Dans un premier temps, le département dOualalou a fait la sourde oreille. On le comprend : les 12 000 tonnes de lait en poudre importées lui rapportent chaque année pas moins de 110 millions de dirhams. Une manne destinée à alimenter le budget de lEtat ainsi que le fonds spécial de développement agricole.
Un lobbying puissant
Mais les producteurs, conduits par le leader du marché, la Centrale laitière, ont dû abattre toutes leurs cartes. Quand la Centrale laitière négocie, cest toute la puissance de lobbying du holding royal Ona qui se met en branle. Une efficacité qui a été démontrée auparavant, quand il sest agi de taxer les coopératives laitières, explique une source proche du dossier. Surtout que dans ce rapport de forces, ce ne sont pas les armes qui manquaient à la filière de lindustrie laitière. Les opérateurs avaient déjà opéré une augmentation de prix au courant du mois de mars pour amener les pouvoirs publics à la table des négociations. En plus, ils menaçaient de suspendre les importations, ce qui aurait créé une pénurie sur le marché durant le ramadan, où la consommation explose à 70 millions de litres, poursuit notre source.
Les pouvoirs publics finissent par céder. Dès le mois de juin, ils invoquent dailleurs largument ramadan pour opérer une spectaculaire baisse des droits de douane. Ceux-ci sont ainsi ramenés de 60% à 35% pour le lait en poudre et de 102% à... 2,5% pour limportation de lait UHT, ce qui équivaut au passage dune surprotection à une quasi-exonération.
On sen doute, leffet de cette mesure fut immédiat. Rien que durant le mois de juillet, 2620 tonnes de lait en poudre ont été importées, soit pratiquement les deux tiers du volume importé tout au long du premier semestre, détaille le chef du service des études tarifaires de lAdministration des douanes. Sauf quentre-temps, les prix à linternational ont poursuivi leur tendance à la hausse. Certains importateurs, qui avaient mal négocié leurs contrats dapprovisionnement à terme, se sont retrouvés à payer plus de 36 000 dirhams la tonne de poudre de lait. Ladministration consent alors un nouveau geste, en rabaissant, vers fin août, les droits de douane à 17,5%.
Vers lexonération totale ?
Et tout laisse penser que cette nouvelle baisse ne sera pas la dernière, vu que la hausse des cours internationaux nest pas près de sarrêter. Au-delà des mesures sanitaires prises aux différentes frontières européennes (destinées à bloquer limportation des génisses pour endiguer le risque vache folle), plusieurs autres paramètres expliquent ces perturbations sur le cours mondial du lait.
Il y a dabord la sécheresse en Australie, lun des premiers fournisseurs mondiaux. Et puis, le vaste programme russe de renforcement du cheptel qui consiste en limportation de quelque 50 000 génisses sur 5 ans met la pression sur le marché. À cela sajoute la forte consommation observée, ces dernières années, dans deux grands pays que sont la Chine et lInde, explique Mhamed Loultiti, président de la coopérative laitière Copag, basée à Taroudant. Une telle configuration du marché laisse présager de fortes perturbations du marché durant les prochains mois. Il nest pas exclu dassister à de véritables pénuries de lait vers la fin 2007 et le début 2008, assure Loultiti. Cest certainement pour cette raison que les pouvoirs publics ont décidé de prolonger cette mesure exceptionnelle pour le lait en poudre jusquà la fin de lannée. Et dans les couloirs, on nexclut pas une nouvelle révision à la baisse des droits de douane. La décision sera prise en fonction de lévolution du marché, assure une source auprès de la direction de lélevage au ministère de lAgriculture.
Et pour cause, à raison de 4000 dollars la tonne, même une suppression totale de cette taxe est loin de minimiser le coût de cet intrant pour les producteurs. Dautant que les grands opérateurs comme Centrale Laitière nont plus de points de productivité à grignoter. La marge dexploitation de la société stagne depuis quelques années déjà, fait remarquer un analyste financier.
Ainsi, pour continuer de faire leur beurre, au propre comme au figuré, les producteurs nauront dautre choix que de répercuter la hausse sur les prix de vente. Les prix des produits laitiers sont totalement libres. Les producteurs sont seulement tenus daviser le ministère du Commerce 15 jours avant son entrée en vigueur pour quune hausse des tarifs soit légale, explique une source du ministère de lAgriculture. Et il suffit quun seul opérateur franchisse le pas pour que les autres suivent. La preuve, il y a quelques mois, quand Centrale Laitière a opéré une légère augmentation sur le prix du lait UHT, son principal concurrent, Copag, na pas attendu longtemps avant de saligner. De toute façon, les distributeurs vendent nos produits au même prix que ceux de nos concurrents. Si nous naugmentons pas nos prix, ce sont eux qui conserveront cette marge supplémentaire, tout en mettant une grande pression sur nous au niveau des commandes, explique le président de Copag.
Une augmentation du prix du lait paraît donc inéluctable à court terme. Et si elle na pas été opérée jusque-là, cest uniquement pour ménager le panier de la ménagère, qui na pas encore digéré le renchérissement du prix de la baguette de pain. |
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Source : Administration des douanes
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Importations de lait en poudre (en milliers de dirhams)
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2001
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245 832
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2002
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244 585
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2003
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162 434
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2004
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158 664
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2005
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205 269
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2006
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192 618
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Danone Centrale Laitière. Les prémices dun divorce ?
Danone, marque dont le nom est synonyme de yaourt au Maroc, continue à dominer de la tête et des épaules le marché des produits laitiers dérivés (avec une part dépassant les 70%), en sappuyant sur un partenaire solide, la Centrale Laitière. Pourtant, depuis quelques mois, le logo du groupe français sest fait plus discret dans les rayons : remplacée par la marque ombrelle Yawmi, lidentité visuelle de Danone est désormais à peine visible sur les emballages des produits qui sortent des usines de la Centrale Laitière. Beaucoup voient dans cette nouvelle orientation marketing les premiers signes de tension entre les deux partenaires. Cest quand même curieux quune marque aussi puissante, qui axe toute sa stratégie de communication dans le monde autour de son nom, ait aussi facilement accepté de le voir relégué au second plan, affirme un observateur. Certains vont jusquà annoncer un futur divorce entre la filiale de lONA et son partenaire de longue date, à limage de la séparation du holding royal avec nombre de ses partenaires hexagonaux (AXA, Veolia ou Auchan). Contactée à ce sujet, la direction de la Centrale Laitière est restée injoignable. Se dirige-t-on vers un nouveau divorce à lamiable ? Mystère. Sauf quune telle opération sera plus compliquée que les précédentes. Car en plus des 30% du capital que détient Danone dans Centrale Laitière, le géant français est également présent dans le tour de table de Sotherma (qui produit leau minérale Aïn Saïss) et du fabricant de biscuits Bimo. Wait and see... |
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