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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Nasr Hajji,
dirigeant de l’USFP, ancien Secrétaire d’Etat et Parlementaire.


Plaidoyer. Pour une Refondation de l’USFP et de la Gauche

Nasr Hajji
(TNIOUNI / NICHANE)

Maintenant que l’USFP a consommé sa défaite électorale, et que la primature est revenue à l’Istiqlal, le parti socialiste n’a plus d’autre choix que de se “reconstruire”, en battant le rappel des autres formations de gauche.


Durant plusieurs décennies, l’USFP a été le moteur de la Gauche marocaine, et celle-ci a formé le socle du mouvement progressiste, réformateur et moderniste. Ce mouvement, marqué par l’engagement militant et par les sacrifices consentis par plusieurs générations, qui a incontestablement permis au Maroc d’avancer dans la voie de la
démocratisation et de l’ouverture de chantiers importants du développement économique et social.

Malheureusement, les forces de la Gauche sont aujourd’hui divisées : une dizaine de partis qui se réclament de la gauche et du socialisme (USFP, PPS, FFD, PSU, PADS, CNI, PS, PT, ANNAHJ, etc.) et qui sont en fait issus quasiment de la même matrice.

Aux élections de 2007, l’USFP a remporté 38 sièges parlementaires, contre 50 sièges obtenus en 2002. C’est là indiscutablement un recul dont il faut tirer toutes les conséquences. Si on continue à pratiquer la politique de l’autruche, la méthode Coué et l’autojustification infondée, on va sûrement au-devant de déconvenues encore plus sévères.

Reconnaître ses erreurs
La seule vraie politique est la politique du vrai. Il faut donc savoir reconnaître ses erreurs, faire son autocritique pour en déduire les leçons de ses échecs, afin de pouvoir avancer. Il nous faut cependant remarquer que la Gauche totalise dans son ensemble 77 sièges, soit 24% des députés, ce qui en ferait la première force politique idéologiquement cohérente si elle était unifiée.

Si nous voulons progresser et retrouver toute notre dynamique au cœur du mouvement de la société marocaine, nous ne pouvons aboutir qu’à une seule conclusion : refonder l’USFP et la Gauche marocaine.

Le temps de la division des forces de gauche et de l’exclusion est terminé. Celui du rassemblement est aujourd’hui nécessaire et urgent. C’est là une nécessité non seulement politique, pour l’efficacité de l’action, mais aussi une nécessité sociétale, pour offrir aux Marocaines et aux Marocains une alternative crédible et profonde et un espoir fort face à la vague de la réaction, qui surfe sur les tendances conservatrices passéistes et qui nous promet un sérieux retour en arrière.

La société marocaine est en effet fondamentalement traversée aujourd’hui par deux tendances idéologiques majeures : d’une part le courant progressiste, réformateur et moderniste, et d’autre part le courant conservateur, traditionaliste et passéiste. Dès lors, le combat du courant progressiste a besoin, pour prendre toute son ampleur, de susciter l’enthousiasme populaire autour des forces rassemblées et motivées d’une gauche unie et attractive.

L’USFP doit jouer un rôle moteur dans le rassemblement de la gauche, une gauche capable de lutter contre la démobilisation, de redonner tout son sens à l’action politique et de conférer un nouveau souffle au mouvement progressiste.

Mais pour cela, il y a des préalables. À l’époque de la compétition idéologique, de la mondialisation et de l’ouverture, l’esprit de sectarisme, de division et d’exclusion doit être banni. À l’ère de la société de l’information et de la communication, la langue de bois est à proscrire. À l’heure des grands enjeux et choix de société qui se posent au Maroc, les calculs purement politiciens et d’appareils ne sont pas de mise.

Une gauche unie
L’USFP et la Gauche ne peuvent faire l’économie d’une remise en cause profonde, et faire comme si rien ne s’est passé après le choc des élections de 2007, qui résonne comme un amplificateur d’une crise réelle. Nous devons, donc, refonder notre mouvement en révisant notre démarche, notre action et nos méthodes et pratiques.

À terme, j’appelle à la constitution d’un grand Parti Socialiste, ouvert à toutes les forces, sensibilités et personnalités de gauche, sans exclusive, représentant un pôle central de la restructuration du champ politique marocain. Cette recomposition politique autour de grands pôles est une nécessité reconnue pour clarifier les choix des citoyens autour de projets de société nettement identifiés, et non plus entre une trentaine de partis fragmentant et fragilisant l’espace politique.

Ce grand Parti Socialiste refondé et élargi ne peut se construire que si l’on admet en son sein l’expression des sensibilités et tendances, y compris sous forme de courants organisés. Cette expression n’entravera pas l’efficacité de l’action politique, puisqu’elle se fonde sur un référentiel commun, celui des valeurs universelles du socialisme démocratique. Au contraire, elle permettra d’enrichir la gauche unifiée par la diversité et le pluralisme, ce qui, inévitablement, rehaussera son attractivité, son rayonnement et son potentiel de mobilisation.

Un grand parti de gauche au Maroc, uni, fort, c’est un devoir. Une nécessité !

 
 
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