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Par Selma Mestiri,
Envoyée spéciale au Caire
Egypte. Moubarak punit la presse
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Le président Moubarak, plus
que jamais contesté par la rue,
envisage sa succession
dans la tourmente.
(AFP)
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Cet été, la presse indépendante et dopposition égyptienne a eu laudace de relayer des rumeurs sur la santé du président Hosni Moubarak. Mal lui en a pris
Hosni Moubarak va très bien, merci. Bon pied bon il, à 79 ans, le président égyptien semble toujours au meilleur de sa forme. On ne peut pas en dire autant de la presse dans son pays. Flash-back. Cest le mois daoût, lEgypte tourne au ralenti. Et Hosni Moubarak nest pas là. Pendant plusieurs jours, le président, habituellement omniprésent, est pratiquement invisible. Les multiples interrogations ne trouvent |
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aucune réponse dans les milieux officiels, peu rompus à la transparence et à la communication. Des rumeurs sur son état de santé commencent à circuler.
Moubarak serait-il souffrant ? Se fait-il soigner à létranger ? Les premiers bruits apparaissent sur Internet, se propagent par SMS, monopolisent les conversations, pour finalement atterrir dans la presse. Al Dostour, Al Badil, Al Karama, Al Masri Al-Yom
les quotidiens indépendants et dopposition sen donnent à cur joie, avec plus ou moins de prudence. Alors quAl Masri Al Yom traite les rumeurs sur la santé du président par le biais danalystes interrogés sur leur portée politique, Al Dostour évoque sans ambages les problèmes de santé de Moubarak, en citant une source proche de son équipe médicale. Aux yeux des autorités, le phénomène prend des proportions inquiétantes. Il faut réagir, et vite. Le président sort alors de sa retraite pour une apparition publique surprise
aussitôt suivie dune deuxième, retransmise en direct par la télévision dEtat. Le 4 septembre, comme pour montrer quil reste un acteur-clé sur la scène régionale, Moubarak rencontre Tony Blair, le nouvel envoyé spécial du Quartette pour le Proche-Orient, le roi Abdallah II de Jordanie et le chef de la diplomatie italienne, Massimo dAlema. Leffervescence est retombée, mais le régime est furieux de laudace que sest permise la presse. Il décide alors de sévir.
Sanctions démesurées
Début septembre, lun des critiques les plus mordants du régime, le rédacteur en chef du quotidien indépendant Al Dostour, Ibrahim Issa, est convoqué par le Parquet de sécurité de lEtat. Il est interrogé pendant plusieurs heures sur le traitement par Al Dostour des rumeurs sur la santé du président. Quelques jours plus tard, il apprend quil sera jugé dès le 1er octobre pour avoir publié, de mauvaise foi, de fausses informations et des rumeurs sur la maladie du président, nuisant à l'intérêt général. Le journaliste est même accusé d'avoir nui à l'économie du pays, car les rumeurs publiées auraient incité les investisseurs étrangers à retirer leurs investissements de la Bourse pour une valeur de 350 millions de dollars, selon le communiqué du Procureur. Coïncidence ? La veille de sa convocation, Suzanne Moubarak, l'épouse du président, avait déclaré à Al Arabiya que ceux qui propageaient des rumeurs sur l'état de santé de son mari devraient rendre des comptes.
Le surlendemain, Ibrahim Issa est condamné, avec trois autres journalistes - Abdel Halim Qandil (Al Karama), Adel Hammoud (Al Fagr) et Waël Al Ebrachi (Sawt Al Oumma) - à un an de prison et une amende de 20 000 livres égyptiennes (2500 euros) pour nuisance à l'intérêt général dans des articles écrits en 2006. Daprès le juge, les quatre hommes ont diffamé le Parti national démocrate (PND) et ses dirigeants, dont Gamal Moubarak, fils du président, en présentant le parti au pouvoir comme dictatorial. La peine nest pas exécutoire, mais la mesure est symbolique.
Les réactions ne se font pas attendre : outré, le syndicat des journalistes estime que les condamnations interviennent dans le cadre dune campagne d'intimidation contre la presse, les qualifiant de déclaration de guerre contre la liberté de presse. Il exige également l'abrogation de toutes les lois autorisant de telles condamnations. De nombreuses ONG égyptiennes et internationales dénoncent le tour de vis des autorités. Reporters sans frontières (RSF) soutient que laffaire Issa nest qu'un prétexte pour régler des comptes avec le journaliste. Quant à Gasser Abdel-Razek, porte-parole de Human Rights Watch (HRW) au Caire, il estime quelle est surtout l'occasion de faire pression sur les journaux les plus critiques, un moyen commode pour les autorités de tenter de faire taire la presse indépendante.
La succession en question
Née au début des années 2000, aux côtés des mastodontes pro-gouvernementaux, cette presse a su peu à peu se faire une place dans le paysage médiatique. Mais la liberté de la presse n'existe pas dans un pays où l'Etat peut vous jeter en prison simplement pour avoir critiqué le président, estime Sarah Leah Whitson, responsable de HRW pour le Proche-Orient et l'Afrique du Nord. Ironiquement, Moubarak a répondu à ces critiques en qualifiant la couverture par les journaux de sa santé datteintes à la liberté de la presse. Je ne suis pas contre les critiques, mais il y a une différence entre les critiques constructives qui cherchent à améliorer la société, et les critiques destructrices qui cherchent à miner la société, a-t-il ajouté.
Le retour de bâton du régime contre la presse indépendante nest que le dernier en date dune cascade de mesures répressives, prises à lencontre de lopposition pour tenter de museler toute critique. Lopposant et ancien président du parti libéral Al Ghad, Ayman Nour, coupable davoir défié le Pharaon, comme le qualifie Ibrahim Issa, a été jeté en prison. Le mouvement Kefaya a été laminé. Les Frères musulmans, le premier groupe dopposition du pays, officiellement interdits mais relativement tolérés, sont visés depuis plusieurs mois par une campagne darrestations. Mais si le régime a réagi aussi vivement à laffaire des rumeurs, cest parce que derrière létat de santé de Moubarak, cest la question de sa succession qui se pose. Une question très sensible en Egypte, à lheure où Gamal, le fils du président, est en train de simposer sur la scène nationale, alimentant les craintes dun pouvoir héréditaire à la syrienne. La réaction des autorités, qui semblent aux abois, reflète lanxiété face à lavenir et lincertitude qui entoure la succession de Moubarak, au pouvoir depuis plus dun quart de siècle. M. Issa, comme beaucoup dautres, est convaincu que Gamal Moubarak se prépare à succéder à son père. Son tort est de le faire savoir... |
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Presse. Une guerre fratricide
Frères ennemis, les journaux officiels et ceux de lopposition lont toujours été. Une véritable guerre des mots a éclaté entre les deux familles au cours de laffaire des rumeurs sur la santé de Moubarak. Les premiers ont lancé une virulente offensive contre leurs confrères indépendants, les accusant de chercher à déstabiliser le régime, voire menacer la sécurité nationale, en colportant ces rumeurs. Les deuxièmes ont rétorqué en les accusant dêtre les porte-voix du régime. La presse pro-gouvernementale a été la première à réclamer des sanctions contre son homologue indépendante. Abdallah Kamal, le rédacteur en chef de Roz Al Youssef, proche de la jeune garde du parti au pouvoir, a demandé que certains de ses confrères soient sévèrement punis pour avoir incité au désordre public. Un ton plus modéré est venu de léditorialiste Salama Ahmed Salama : La presse indépendante ne devrait pas publier dinformations fausses. Les journalistes de la presse étatique ne devraient pas traiter leurs confrères en ennemis. Et le gouvernement ne devrait pas attendre quun journal fasse une erreur pour réagir dune manière qui aura des répercussions négatives. |
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