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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Abdeslam Kadiri

Belgique. Secousses dans le plat pays

Yves Leterme, le chef du Parti
démocrate chrétien flamand.
(AFP)

Cent jours sans gouvernement, un Etat fédéral bloqué, la séparation entre Flamands et Wallons envisagée… la Belgique plonge en pleine crise.


Les Belges vivent une crise inédite. Plus de trois mois après les élections du 10 juin, le pays n’est toujours pas parvenu à former une coalition gouvernementale, la fameuse “Orange bleue”. Les négociations menées cet été par Yves Leterme, l’homme fort du parti démocrate chrétien flamand (CD&V), ont capoté, faute d’accord entre Flamands et Wallons sur une réforme du très compliqué système
fédéral belge. Aujourd’hui, le divorce entre Flandre et Wallonie n’est plus un tabou. Les quatre partis victorieux des élections - les Flamands du CD&V / NVA et Open VLD, les Wallons du MR et CDH - n’arrivent pas à s’entendre. Les Flamands s’estiment méprisés par les Wallons. “Pendant huit ans, ils ont rongé leur frein sous le gouvernement de Guy Verhofstadt, qui reportait sans cesse les questions communautaires (notamment la scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde)”, nous explique Martin Buxant, journaliste à La Libre Belgique.

Historiquement, les raisons de la fracture entre Flamands et Wallons sont profondes. La Belgique naît en 1830, arrachée à la Hollande. Le pays est alors aux mains des seuls Wallons, maîtres de l’économie comme de la culture. Au nord du pays, on s’efforce de continuer à parler néerlandais et de résister. Le mouvement flamand voit le jour. Il a failli disparaître en 1940, lorsque les Flamands collaborent avec l’Allemagne, convaincus que celle-ci leur donnera l’indépendance tant rêvée. Cassé, le mouvement renaît après-guerre grâce au miracle économique. Il prospère alors que la Wallonie industrielle, elle, s’écroule. Pour contenir cet équilibre boîteux, la Belgique a accouché d’un Etat fédéral divisé entre trois régions : Flandre, Bruxelles-Capitale et Wallonie. Aujourd’hui, la coalition “Orange bleue” a vécu.

Van Rompuy, le sauveur ?
Sans réclamer l’indépendance, comme le font les extrémistes du Vlaams Belang, les partis flamands exigent un rééquilibrage des pouvoirs. Ils demandent que la Flandre ait les coudées franches pour gérer son économie et que son caractère néerlandophone soit reconnu et renforcé. Ils veulent un transfert de compétences du fédéral vers les régions... quitte à transformer la Belgique en simple confédération ! “Les partis flamands ne peuvent pas exiger une réforme de l’Etat, obtenir un poste de premier ministre avec Leterme et imposer un programme socio-économique. Ils doivent négocier avec les francophones qui ont, jusque-là, fait le dos rond, en ne réclamant rien, objecte Martin Buxant. Il faut tenter d’arriver à une voie médiane, qui est bien étroite. Car même si un accord est trouvé, il risque de voler en éclats dès les élections régionales de 2009”.

Pour la première fois de son règne, le roi Albert II a joué un rôle de médiateur. Il a confié une mission d’“explorateur” à Herman Van Rompuy, le président de la Chambre des représentants. Contrairement au tapageur Yves Leterme, qui a rassemblé les négociateurs dans un château bruxellois encerclé par la presse, Van Rompuy travaille dans la discrétion et devrait remettre son rapport dans quelques jours. En attendant une sortie de crise, le pays fonctionne sous l’égide du cabinet sortant de Guy Verhofstadt, dont les compétences sont réduites aux affaires courantes. Le monde économique belge s’impatiente, dans l’attente du Budget 2008 qui ne peut être ficelé que par un “vrai gouvernement”.

Certains ont utilisé l’humour pour alerter l’opinion sur ce déchirement. Mardi, un internaute belge s’est amusé à mettre en vente… la Belgique sur le site de vente aux enchères ebay.com ! Après 26 offres, l’annonce avait atteint 10 millions de dollars. Mais “attention à la dette de l’Etat de 300 millions d’euros”!”, plaisantait le vendeur, Gerrit Six, un ex-journaliste qui déconseillait de toute façon d’acheter...

 
 
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