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Festival. Des mots pour le dire
N° 291
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Ayla Mrabet

Festival. Des mots pour le dire

The Last Poets, pionniers du slam
et tête d’affiche du festival
Slam&Klam.
(DR)

Le festival Slam&Klam se présente comme un curieux cocktail expérimental des expressions poétiques contemporaines, où le slam côtoie le malhoun et les arts vidéo. À découvrir.


Tout a commencé en mai dernier, par une idée saugrenue : oser la rencontre improbable entre les enfants du hip hop, art urbain par excellence, et les gardiens du temple du malhoun, poésie populaire mise en musique, dont les origines remontent au quinzième siècle. Le projet, mené de concert par la Fondation Esprit de Fès - qui se défausse pour une fois de son image élitiste et intello - et l’inévitable
L’Boulevard, avait pour ambition de proposer des relectures de textes du malhoun par les artistes de la “nouvelle scène” musicale. Avec, dans le rôle de “chef de projet”, le DJ Karim Rafi, Zayan Freeman pour les intimes. “Lorsque la Fondation Esprit de Fès m'a fait part de son projet, j’ai aussitôt pensé à monter une résidence musicale. C’était le seul moyen de voir s’il était possible de combiner les deux genres musicaux”, se rappelle Zayan Freeman. Celle-ci allait réunir, à Meknès, les H-Kayne, et le chanteur de malhoun Saïd El Meftahi, pour une révision de la chanson Naker Lehsane, popularisée dans les années 70 par Jil Jilala (voit TelQuel n° 274).

Et le résultat fut visiblement concluant : non seulement cette version revue et corrigée de la qsida figurera sur le prochain album de H-Kayne, mais, surtout, l’accouplement entre les deux genres a enfanté un festival en bonne et due forme. Répondant au doux nom de “Slam & Klam”, la manifestation, dédiée aux poésies urbaines et à la culture orale, se tient du 27 au 29 septembre.

Poésies d’aujourd’hui
En passant du stade d’idée à celui de réalité, le concept ne se limite plus à un crossover entre malhoun et rap. Ce qui pouvait ressembler à une énième récupération de la fameuse “nouvelle scène” s’est transformé en un événement autour des formes d’expression poétique contemporaine. Et si zajal et malhoun y ont effectivement leur place, c’est pour côtoyer slam, musique narrative et art vidéo ! Il fut même question d’intégrer l’art de la halqa dans la programmation. Du coup, l’intitulé du Festival peut paraître trompeur, sinon réducteur. “Il s’agit plus globalement de réhabiliter la poésie populaire sous une forme actuelle, de redonner aux jeunes l’envie des mots. Dans cette optique, le malhoun joue plutôt le rôle de parrain”, précise Zayan Freeman, directeur artistique du festival.

Cette première édition de Slam&Klam est présentée par ses organisateurs comme une “pré-édition” : une sorte de happening expérimental qui dessinera l’avenir du Festival, et dont l’objectif est moins d’ameuter le public que d’initier des rencontres entre des artistes d'horizons a priori bien éloignés. Chanteurs de malhoun, rappeurs, slammeurs… et même des rockeurs ! Tout ce beau monde se rassemblera pour des concerts, mais surtout à l’occasion de tables rondes et autres ateliers de création (joliment baptisés “Lab’Oratoire”). Et histoire de jouer la carte de l’interactivité, les séances de lecture seront ouvertes au public, permettant au simple badaud de lire ses propres textes.

Une programmation bigarrée
Les moins inspirés préféreront découvrir une programmation pour le moins éclectique. Celle-ci réunit une flopée d’artistes locaux (dont DJ Toto, des Fez City Clan, Khalid de Haoussa ou encore Zouhaïr des ZWM) et quelques figures étrangères, dont le très intéressant franco-marocain Naab. Quant à la tête d’affiche, elle est assurée par le légendaire groupe américain The Last Poets, véritable pionnier du Slam. Plus inattendue est la programmation d'Aoki Takamasa, jeune compositeur japonais et chantre de la musique narrative, cette “musique qui n'a pas besoin de textes pour raconter des choses”. “L'exemple de Takamasa est très important, souligne Zayan Freeman. Il a su faire revivre l'âme du patrimoine japonais, pourtant très codifié, dans une musique moderne”. Encore faut-il que le public soit au fait des subtilités de la musique traditionnelle nippone… “Nous voulions sortir des sentiers battus et faire découvrir au public des choses nouvelles. Cela revient bien sûr à prendre des risques, mais aussi à se faire plaisir”, conclut le directeur artistique du Festival.

 
 
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