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N° 291
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Fahd Iraqi et Nadia Lamlili

Enquête. Casting gouvernemental Au cœur des tractations

Bientôt s’effectuera le passage
de relais entre le Premier ministre
sortant, Driss Jettou, et son
successeur, Abbas El Fassi. Ici
en compagnie de Chakib Benmoussa,
qui devrait rester au poste
de ministre de l’Intérieur.
(TNIOUNI / NICHANE)

Chargé de constituer un gouvernement plus compact et plus efficace, Abbas El Fassi devra composer avec le gros appétit de ses alliés de la majorité sortante. Coups de bluff, démonstrations de force et marchandages, tous les moyens sont bons pour gratter des portefeuilles supplémentaires. Dans les coulisses de négociations déjà houleuses.


Jeudi 20 septembre, au QG du Parti de l'Istiqlal. Abbas El Fassi réunit son bureau exécutif pour rendre compte de l'audience royale de la veille, qui l'a propulsé Premier ministre. Fier dans ses nouveaux habits
de chef du (futur) gouvernement, El Fassi exhibe un nouvel accessoire : une mallette en cuir marron où il regroupe toutes les lettres de félicitations qu'il a reçues.

Un photographe s'empresse d'immortaliser la scène, quand un responsable istiqlalien lui souffle à l'oreille : “Joli cliché. Si Abbas a finalement retrouvé sa 'haqiba'”. Abbas El Fassi a beau avoir collectionné les portefeuilles ministériels sous quatre gouvernements, sa dernière fonction de ministre d'Etat “sans portefeuille” est toujours un sujet de plaisanterie, même au sein des troupes istiqlaliennes. Sauf que les temps ont changé. Désormais, les portefeuilles, c'est Si Abbas qui les distribue (après l'aval du roi, bien sûr). Evidemment, son parti est censé se tailler la part du lion dans ce camembert gouvernemental, mais El Fassi doit d'abord constituer une majorité pour assurer l'exécutif. Fort heureusement, celle-ci est quasi prête. La coalition gouvernementale sortante a cumulé 185 sièges au Parlement, sans compter les alliances nouées après le 7 septembre par des partis comme le MP et le PPS. Il ne reste donc plus qu'à convaincre les partis de cette coalition de rempiler pour un nouveau quinquennat sous conduite istiqlalienne. Et dès le soir de ce jeudi 20 septembre, Abbas El Fassi a pris son bâton de pèlerin (et les clés de sa Mercedes) pour entamer une tournée chez les leaders politiques.

L'USFP s'accroche
Comme première escale, Abbas El Fassi choisit le domicile de Mohamed Elyazghi, dans le quartier huppé de Hay Ryad à Rabat. Un choix qui, selon des sources de l'Istiqlal, est dicté par cette alliance “sacrée” entre les deux partis. “Même si l'USFP n'a pas récolté le meilleur des scores aux législatives, il reste notre principal allié dans la Koutla. Et Abbas El Fassi lui-même a réitéré son attachement à cette alliance politique quelques semaines avant la tenue des élections”, explique cet Istiqlalien. Néanmoins, même sonné par les résultats des urnes, Elyazghi n'est pas du genre à faire profil bas. “La maison socialiste bouillonne depuis sa raclée électorale. Marchander au mieux sa participation dans le futur gouvernement reste le seul moyen pour Elyazghi de sauver la face et de garder son siège de premier secrétaire du parti”, explique un observateur. Le leader des socialistes, appuyé par son bureau politique, décide, du coup, de jouer le tout pour le tout. Un conseil national (voir encadré) est convoqué pour trancher sur la question de la participation au gouvernement. Une manœuvre qui permet de faire d'une pierre deux coups, comme l'explique un ex-Usfpéiste : “D'une part, c'est un moyen de calmer la base en lui faisant miroiter un semblant de démocratie interne. Et puis, simuler des négociations internes difficiles permet de justifier ses prétentions au sein d'une coalition qu'il finira par intégrer”.

Et les prétentions de l'USFP ne sont pas des plus modestes. Elyazghi et ses partisans prétendent à autant de valises ministérielles que le MP ou le RNI, deux partis qui pèsent pourtant plus lourd en termes de sièges parlementaires. Le parti se montre également sélectif quant à la nature des portefeuilles. Les bruits de couloir rapportent que l'USFP chercherait à reprendre les départements dont ses ténors avaient la charge dans le gouvernement sortant, “afin de poursuivre les chantiers qu'ils avaient amorcés”, tels ceux des Finances et de l'Education nationale. Une approche qui est loin de faire l'unanimité chez la base. Pour ce militant socialiste, “le parti fera la faute de sa vie en se maintenant dans des départements sociaux trop exposés, qui ont contribué à sa défaite électorale”.

Le gros appétit du MP
Abbas El Fassi prend acte de la position du parti socialiste sans tiquer. La tournée des consultations en est à peine à ses débuts. Le nouveau Premier ministre quitte alors la villa d'Elyazghi, en direction du domicile de Mahjoubi Aherdane, président de la Haraka. Quelques heures plus tôt, Mohand Laenser, le crétaire général du parti, avait improvisé une réunion expresse avec les membres du bureau politique du MP, pour avaliser l'accord de principe d'intégrer le futur gouvernement. Néanmoins, pas question pour les Harakis de se retrouver à nouveau “lésés”, avec un nombre réduit de portefeuilles ministériels. Lors des dernières législatures, le MP servait d'appoint à l'Istiqlal et l'USFP pour compléter leur majorité. Mais cette fois-ci, le parti est bien décidé à obtenir une représentativité digne de son poids dans l'hémicycle. D'ailleurs, Aherdane et Laenser donnent le ton dès le début de la rencontre avec Abbas El Fassi, en lui signifiant qu'ils n'ont pas apprécié que les consultations démarrent par l'USFP. “Le MP est le deuxième parti en termes de résultats électoraux parmi les formations de la coalition sortante et la logique aurait voulu qu'il soit le premier consulté”, explique ce cadre influent du parti. Mieux encore, le MP a pu renforcer sa représentativité au Parlement pour atteindre 61 sièges en rassemblant autour de lui le MDS de Mahmoud Archane, le PRE de Chakir Achehbar et enfin le PED d'Ahmed Alami. Une position qui lui permet, en toute légitimité, de jouer à la star dans la future formation gouvernementale, en exigeant la présidence du Parlement. Le parti va même jusqu'à lorgner les départements qui ont fait la popularité de l'Istiqlal. “L'Equipement, l'Habitat et le Tourisme sont des secteurs de développement qui jouissent d'une attention royale particulière. Cela améliore forcément les chances de réussite pour les ministres qui les prennent en charge”, explique ce Haraki. Contre ces départements, la formation de Laenser est même prête à abandonner le portefeuille de l'Agriculture (et de la Pêche), malgré les nombreux sympathisants que compte le parti dans ces deux secteurs. “La popularité d'un ministre de l'Agriculture dépend de la pluie. Une année de sécheresse suffit pour compromettre tout un bilan”, s'indigne ce dirigeant Haraki.

Le PPS lucide, le RNI ambitieux
Au terme de cette première soirée de consultations, Abbas El Fassi, en politicien chevronné, est bien conscient que ses alliés se sont lancés dans une surenchère. Logique. “ça se passe toujours comme ça. Les partis mettent la barre très haut, avant de revoir leurs ambitions à la baisse, au fur et à mesure de l'avancement des négociations”, confie une source proche d'El Fassi. Mais comme s'il avait besoin de se rassurer, le Premier ministre démarre la deuxième journée de sa tournée en consultant un allié qui ne risque pas de se montrer trop gourmand : le PPS. El Fassi s'invite donc chez Ismaïl Alaoui dans l'après-midi du vendredi 21 septembre, pour recueillir la vision qu'ont les “camarades” de leur contribution au futur gouvernement. L'ex-parti communiste, qui a récolté 17 sièges aux élections, a dû s'allier au FFD de Thami El Khyari, pour avoir droit de cité en tant que groupe parlementaire. Cela dit, le PPS connaît bien ses limites et ne cherche pas forcément à arracher le maximum de portefeuilles. “Nos prétentions sont à la hauteur de notre poids sur l'échiquier politique”, affirme, réaliste, un militant du PPS. Les camarades parlent ainsi d'un quota de deux portefeuilles tout au plus. Ils sont même prêts à accepter des portefeuilles de “troisième division”, que ne courtiseraient pas les autres partis. D'ailleurs, le tête-à-tête entre El Fassi et Alaoui a été assez bref. “Nous avons eu un entretien d'une demi-heure serein et constructif, où le Premier ministre a nettement manifesté sa volonté de garder la majorité actuelle”, commente le leader du PPS.

Le dernier maillon de cette majorité sortante n'est autre que le RNI. Abbas El Fassi se rend l'après-midi même chez Mustapha Mansouri, numéro un des “Bleus”. Contrairement aux autres chefs de parti, le leader du RNI a choisi de négocier avec le nouveau Premier ministre sur la base d'un cahier revendicatif écrit. L'un des points de ce document consiste à répartir les portefeuilles ministériels stratégiques entre les partis qui ont remporté le plus de sièges au Parlement. Le RNI est pour la logique des blocs ministériels. Le premier bloc comprendrait les ministères les plus lucratifs politiquement : l'Equipement, les Finances, la Justice, l'Agriculture et l'Aménagement. Chaque parti se servirait dans ce panier en fonction des scores obtenus aux élections. Et à en croire des responsables du RNI, El Fassi aurait même apprécié ce principe.

Des pôles pour gouverner
Et pour cause, la proposition du RNI est assez proche de l'architecture gouvernementale qui se dessine dans les coulisses du Parti de l'Istiqlal. En fait, le futur gouvernement devrait se constituer autour de grands pôles. Pour chaque pôle, il est question de désigner un “super-ministre” qui devra animer une équipe de ministres délégués ou de secrétaires d'Etat chargés de domaines particuliers de ces ministères. Une idée de génie que Abbas aurait sortie de sa fameuse mallette marron ? “L'idée a été soufflée par le Palais. Le roi aurait même suggéré de confier chaque pôle à un parti politique”, confie une source du Parti de l'Istiqlal. L'architecture semble intéressante, dans la mesure où elle permettrait une certaine cohérence dans l'action gouvernementale, mais surtout la responsabilisation de chaque parti par rapport à l'un des secteurs-phares du pays. Toute la difficulté réside cependant dans l'identification de ces pôles. Certains regroupements paraissent déjà logiques. Le chantier prioritaire du Social inclurait ainsi les départements aujourd'hui gérés par Abderrahim Harouchi et Yasmina Baddou. Un autre pôle, dit “Développement”, pourrait comprendre le Tourisme, l'Artisanat, le Commerce et l'Industrie. L'Habitat et l'Urbanisme, de leur côté, pourraient être rattachés à l'Aménagement du territoire. Même pour les ministères de souveraineté, cette architecture semble être retenue. Ainsi, il n'est pas exclu de voir le ministère de l'Intérieur englober la Défense nationale.

Une équipe restreinte
La structure de ces pôles devrait devenir encore plus claire lors du deuxième round des négociations que devrait entamer Abbas El Fassi, une fois rassuré au sujet de la participation de toutes les composantes de la majorité sortante, et particulièrement de l'USFP. Néanmoins, le Premier ministre semble être ferme au sujet des profils des membres de sa future équipe. Ses proches collaborateurs ne se lassent de répéter que “le premier critère dans le choix d'un membre du gouvernement est la compétence et l'aptitude à gérer la chose publique”. Le casting est d'autant plus difficile à boucler que le nombre de portefeuilles à répartir devra être restreint. Les conseils royaux (pour ne pas dire les ordres) que Abbas El Fassi dit vouloir “respecter à la lettre” sont clairs : pour gagner en efficacité, le gouvernement doit être resserré. “Les partis auront moins de portefeuilles à distribuer à leurs troupes. On risque alors de voir les leaders qui tiennent les appareils des partis s'accaparer des ministères, alors qu'ils ne sont pas forcément les mieux qualifiés. Sans parler du risque de voir la gent féminine totalement exclue”, analyse un observateur.

En effet, sur la base d'un gouvernement composé de 25 membres, l'Istiqlal compte se réserver 8 portefeuilles. “C'est l'Istiqlal qui dirige ce gouvernement, il est donc légitime qu'il en constitue la colonne vertébrale”, explique ce membre du bureau exécutif. Aux ministres istiqlaliens, il faudrait ajouter au moins un trio de ministres de souveraineté (Intérieur, Affaires islamiques, Affaires étrangères), parachuté directement par le Palais. Ce qui laisserait aux autres grandes formations politiques (RNI, MP et USFP) une poignée de portefeuilles. Un quota, on s'en doute, loin de satisfaire ces formations politiques, assaillies par les prétendants de tout bord aux ministères.

Depuis le lancement des consultations, la direction du MP est d'ailleurs inondée de CV. “Je reçois des tonnes de CV à longueur de journée. Les gens croient que ma position de proche de Laenser peut influer sur son choix. En désespoir de cause, j'ai fini par suggérer à ces candidats de déposer leur CV à l'Anapec”, confie, un brin ironique, un responsable du parti. Idem chez le RNI, où l'on raconte que plus d'une centaine de CV ont atterri sur le bureau de Mustapha Mansouri. “À ce train, même le chaouch du siège du parti viendra à son tour déposer son CV”, s'emporte ce dirigeant du parti.

En définitive, Abbas El Fassi se retrouve devant une équation des plus complexes : comment constituer un gouvernement efficace, restreint, ouvert aux partis de l'ancienne majorité et, cerise sur le gâteau, comptant plus de femmes que le gouvernement sortant ? À cela s'ajoute la contrainte du temps, puisque le Premier ministre, engagé dans une véritable course contre la montre, devra, sur injonction royale, former son gouvernement avant l'ouverture du Parlement, prévue pour le 12 octobre. Heureusement pour lui, Si Abbas a d'autres cartes en main pour consoler, éventuellement, les recalés du casting gouvernemental : des promesses de nomination aux postes d'ambassadeur ou de directeur d'Office. Des cartes qui seront probablement dévoilées dès le deuxième round des négociations. À suivre...



USFP. Un conseil national… pour la forme

Depuis sa défaite aux urnes, l'USFP a réuni son bureau politique plus de sept fois ! Différentes questions (raisons de l'échec, justification de certaines accréditations électorales…) ont été abordées lors de ces réunions, mais c'est la participation au futur gouvernement qui a cristallisé toute l'attention. Entre partisans et détracteurs, la maison socialiste est divisée. “Nombreux sont les militants qui estiment qu'il est plus judicieux pour l'USFP de revenir à l'opposition et de profiter de cette législature pour se refaire une santé, en essayant de rassembler les différentes sensibilités d'une gauche éclatée”, explique un observateur. Une telle option pourrait cependant s'avérer périlleuse pour un Mohamed Elyazghi, qui s'accroche plus que tout à son fauteuil de premier secrétaire du parti. Partant de là, Elyazghi et sa garde rapprochée n'ont aujourd'hui qu'un seul but : pousser vers une participation au gouvernement El Fassi. Chose qui semble faire l'affaire de tout le monde… sauf l'USFP, où la base serait plutôt tentée par un retour à l'opposition.
Voilà, en tout cas, ce qui explique la convocation expresse du Conseil national de l'USFP pour le 27 septembre, histoire d'entériner “démocratiquement” la participation au gouvernement. Sauf accident, ce sera donc un Oui. “À qui le parti peut-il s'opposer au Parlement ? L'Istiqlal ? Non, puisque c'est un allié de la Koutla. Le roi ? Pas évident, du moment que Mohammed VI a signifié, lors d’un aparté avec le premier secrétaire, qu'il n'imaginerait pas une nouvelle dynamique au Maroc sans l'USFP”, note cet observateur. Non, sauf énorme surprise, l'USFP de Mohamed Elyazghi ne basculera pas dans l'opposition. Reste à savoir ce que Si Abbas (et le roi) voudront bien leur accorder comme portefeuilles.



PJD. C'est reparti pour l'opposition

Avec son habileté politique coutumière, le PJD a su entretenir le flou artistique au sujet d'une éventuelle participation au gouvernement El Fassi. Dans leurs diverses déclarations, les figures de proue du parti ont pris le soin de ne pas claquer définitivement la porte devant le Premier ministre nommé, sans pour autant lui tendre clairement les bras. Saâdeddine El Othmani a été d'ailleurs un des premiers leaders politiques à décrocher son téléphone pour féliciter El Fassi de sa nomination. Le quotidien Attajdid, porte-parole officieux du parti islamiste, y a même vu un démarrage des consultations avec le PJD. Il s'est même lancé dans une spéculation autour d'un gouvernement qui ne reconduit pas forcément la majorité sortante. Que nenni ! Abbas El Fassi a choisi de consulter, en priorité, les quatre partis composant le gouvernement sortant. Ce n'est que le lundi, après un week-end relativement calme, qu'il prend enfin contact avec El Othmani. Le leader islamiste étant en plein déménagement, rendez-vous est alors donné chez le Docteur El Khatib, fondateur du PJD à la retraite depuis quelques années déjà. Et pour cette rencontre, Abbas El Fassi a mis sa plus belle jellaba blanche pour faire son entrée après les Tarawih. Malgré sa petite inquiétude de voir l'USFP prendre son temps avant d'officialiser son entrée au futur gouvernement, le Premier ministre ne cherche même pas à explorer la piste d'une alliance avec le PJD. “C'était une simple visite de courtoisie, pendant laquelle le Premier ministre s'est contenté d'exposer sa vision du futur gouvernement”, confie un responsable du PJD. Le scénario d'une alliance avec le parti islamiste semble alors définitivement abandonné, surtout que les cadres du PJD excluent l'éventualité d'une nouvelle rencontre entre les deux chefs de parti. Le PJD, l'UC ainsi que le PSU, que le chef du prochain gouvernement a rencontrés en début de semaine dernière, ne devraient pas être impliqués dans le deuxième round des consultations, limité aux seuls partis de la majorité. À moins que, hypothèse bien peu probable, l'USFP ne décide, à la dernière minute, de retourner à l'opposition. Auquel cas, El Othmani et ses compagnons s'inviteront pour de bon à la table des négociations.



Ministrables. Des noms et des postes

Istiqlal. la part du lion
À tout seigneur tout honneur. L'Istiqlal se réservera la plus grosse part du gâteau gouvernemental. Il brigue ainsi 7 à 8 portefeuilles. De quoi allécher plusieurs cadors, comme Abdelhamid Aouad, M'hamed El Khalifa et Ahmed Khalil Boucetta, à qui l'on prête une forte intention d'intégrer ce gouvernement malgré leur défaite électorale. Mais pour l'instant, les noms qui reviennent le plus ont une certaine légitimité. Ainsi, Yasmina Baddou, propulsée 1ère Istiqlalienne dans la circonscription Casablanca-Anfa, prendrait des galons. On parle d'elle à la tête d'un pôle social. Nizar Baraka, beau-fils de Abbas El Fassi, ferait également son entrée dans ce gouvernement à travers un ministère stratégique, celui des Affaires générales. Le ministère des Finances serait confié à l'ex-banquier Adil Douiri. Quant à Karim Ghellab et Taoufik Hjira, ils se tiennent à la disposition de Abbas !

USFP. Elyazghi et les autres
Il y a de fortes chances qu'Elyazghi fasse partie du prochain gouvernement. À en croire ses proches, le patron de l'USFP voudrait bien hériter du poste de ministre d'Etat, le même qu'avait… Abbas El Fassi dans le gouvernement sortant. Reste à savoir si ce sera avec ou sans portefeuille ! Quant aux autres candidatures socialistes, elles ne réservent pas vraiment de surprises. Selon toute vraisemblance, les dinosaures partent favoris : Abdelouahed Radi, Driss Lachgar, Habib El Malki, etc. À côté de ces poids lourds, l'USFP pourrait aussi proposer un jeune ministre, pour tenter de coller à l'orientation royale. On parle du (relativement) jeune
Khalid El Hariri, élu à El Jadida. Mais rien n'est encore sûr. Les tractations qui auront lieu au lendemain du Conseil national devraient apporter des confirmations.

MP. Le perchoir avant tout !
Mohand Laenser est très embêté par le flot de candidatures émanant de ses collègues du parti. Tout le monde se bouscule au portillon, mais le secrétaire général du MP a déjà son idée. Il devrait être le premier servi, en s'installant au perchoir de l'hémicycle parlementaire. En parallèle, il tentera de caser de puissantes figures du parti, comme Saïd Oulbacha, actuel secrétaire d'Etat à la Formation professionnelle, et Youssef Aherdane, fils de son père, actuellement responsable d'une direction du département de l'Energie et des Mines, où siège déjà le Haraki Mohamed Boutaleb. Ce dernier serait d'ailleurs partant pour un autre mandat, même si sa défaite électorale ne plaide pas en sa faveur. D'autres candidatures sont avancées, comme celles d'Abdelaziz Sentissi, maire de Salé, et de Fatna El Kihel, l'une des femmes les plus en vue de la Haraka.

RNI. Les patrons d'abord !
C'est Mustapha Mansouri qui guiderait la liste des ministrables de ce parti. Mais les Rnistes comptent aussi propulser des jeunes figures, histoire de confirmer le renouveau des “Bleus” depuis le départ d'Ahmed Osman. Et le parti regorge de profils intéressants. D'abord, Salaheddine Mezouar, Mohamed Boussaïd et Anis Birou, qui ont laissé une très bonne impression dans le gouvernement sortant, risquent de rempiler pour un nouveau mandat. Mais de nouveaux visages pourraient également rejoindre l'équipe El Fassi. On parle, entre autres, de Mohamed Abbou, ancien président du groupe parlementaire, et Wadiî Benabdellah, président de la Commune Casablanca-Anfa. En tout, c'est une quinzaine de candidatures “sérieuses” qui ont été sélectionnées par Mansouri.

PPS. Deux portefeuilles, SVP !
Dans le meilleur des cas, le PPS ne décrocherait que deux portefeuilles dans le gouvernement El Fassi. Il n'y a donc pas de véritable enjeu pour déclencher une concurrence au sein du parti. Du coup, les camarades ne s'enflamment pas outre mesure. À ceux qui demandent des noms, ils répondent qu'ils ne veulent pas “mettre la charrue avant les bœufs”. Entendez : “pas avant que le Premier ministre n'ait concrètement dévoilé ses intentions”. Le ministrable le plus probable reste Ismaïl Alaoui, qui avait cédé la place en 2002 à Nabil Benabdellah, pour prendre l'unique portefeuille ministériel du PPS. Le nom du ministre de la Communication continue d'ailleurs de circuler, même si son échec électoral joue contre lui. Les camarades évoquent aussi Thami El Khyari, leader du FFD, qui aurait conditionné son alliance parlementaire avec le PPS par un retour aux affaires en tant que ministre.

Ministères de souveraineté.
On reprend (presque) les mêmes…

Le roi ne fera pas de cadeau à la classe politique. Il placera directement ses hommes dans au moins trois départements de souveraineté : Affaires étrangères, Intérieur et Affaires islamiques. Chakib Benmoussa garderait ainsi son portefeuille de l'Intérieur, mais, cette fois-ci, sans un ministre délégué à ses côtés (puisque Fouad Ali El Himma siègera au Parlement). Taïeb Fassi Fihri serait promu ministre des Affaires Etrangères à la place de Benaïssa, dont il était (officiellement) le numéro 2. Les Affaires Islamiques devront néanmoins connaître du changement avec le remplacement d'Ahmed Taoufiq par un nouveau visage. Par ailleurs, le ministère de la Justice devrait rester entre les mains des politiques pour revenir, éventuellement, à l'Istiqlal.



Plus loin. Immuable souveraineté

Abbas El Fassi a beau être un ministre politique, son gouvernement ne le sera pas à 100%. Le roi, en plus de disposer du “final cut” sur le casting proposé par son Premier ministre, garde aussi la main sur les ministères de souveraineté. Ce n'est même pas une surprise. Nos hommes politiques ont pris l'habitude de rester à l'écart des questions dites sensibles, comme la gestion des Affaires étrangères, de l'Intérieur, de la Défense ou des Affaires islamiques. Sous Hassan II, ces ministères étaient liés à des personnages mythiques. À son arrivée, Mohammed VI n'a pas hésité à “rajeunir” ces départements, en baissant l'âge moyen des titulaires au poste. Il est même allé jusqu'à concéder l'un de ces ministères, la Justice en l'occurrence, à un parti politique (ce qui n’a en rien améliorer l’indépendance de la justice). Ce n'est pas pour autant que l'on risque de voir un Premier ministre politique (encore moins un Abbas El Fassi) pointer du doigt le cas de ces ministères royaux. Leur appellation, à elle seule, laisse perplexe. Que signifie réellement le terme “ministères de souveraineté” ? Les autres ministères ne sont-ils pas ceux d'un Etat souverain ? Faut-il que le roi soit derrière pour qu'un ministère mérite cet honneur ? Auquel cas, autant élargir ce système de souveraineté à des départements qui ont besoin d'une attention particulière. L'enseignement, par exemple, dont les réformettes n'ont jamais rien donné de bon. En fait, en restant confiné aux seuls départements (censés être) cruciaux pour la stabilité du régime, le concept de ministères de souveraineté devient le véhicule d'un message vicieux : le roi ne fait pas confiance au monde politique pour gérer les questions dites “sensibles”. Comment s'étonner, dès lors, du mépris et du peu de considération dont jouissent les icônes de la scène politique ? Que répondre alors à des “gens normaux” qui (se) demandent : “Si les choses sérieuses sont gérées par Sidna, pourquoi les Marocains prendraient-ils la peine d’élire leurs représentants ?”.

Fahd Iraqi et Nadia Lamlili

 
 
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