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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Adil Boukhima

Assurances. Objectif : concentration

En introduisant Atlanta en Bourse,
le groupe Holmarcom espère jouer
dans la cour des grands…
de l’assurance.
(AIC PRESS)

Le secteur des assurances est aujourd’hui en pleine reconfiguration, avec une tendance de fond : la concentration. Et dans ce jeu de Meccano, plusieurs scénarios restent possibles.


Ce lundi 24 septembre, l’ambiance est pour le moins animée au siège de la Bourse de Casablanca. Dans l’assistance, un seul homme concentrait toutes les attentions : Mohamed Hassan Bensaleh. Large sourire aux lèvres, le patron du groupe Holmarcom avait du mal à cacher sa fierté. En décidant d’introduire en Bourse 17% du capital de
la compagnie d’assurances Atlanta, Bensalah a franchi une étape décisive dans le plan de développement du groupe.

L’opération n’a pas surpris grand-monde. L’entrée de la CDG dans le capital de la compagnie a annoncé la couleur : transformer le pôle assurances en un véritable moteur de croissance du holding. Et dans ce schéma, le passage par la Bourse était incontournable. D’abord pour booster la valeur marchande de l’entreprise, mais aussi pour renforcer sa politique de transparence et accéder directement aux sources de financement des marchés financiers. Autant d’éléments qui devraient conforter la position de la compagnie dans le secteur. Et sur ce registre, Holmarcom est plutôt ambitieux. Le groupe espère atteindre 18% de parts de marché dans les quatre ans (contre un peu moins de 13% aujourd’hui). Pour atteindre cet objectif, le groupe peut aussi compter sur le potentiel de la compagnie Sanad, également propriété du groupe. Pour le moment, les deux entités resteront distinctes, aucun projet de fusion n’étant à l’ordre du jour. “Un rapprochement ne serait qu’un aboutissement. Au préalable, il faut réunir un certain nombre de conditions, notamment en termes de maturité, de rapprochement des cultures et des systèmes informatiques”, explique Hassan Bensaleh. Mais il y a un élément beaucoup plus important : “Compte tenu de la réglementation actuelle, on n’a aucun intérêt à se priver d’un agrément. Cela reviendrait à détruire de la valeur au lieu d’en créer”, explique-t-il.

Reconfiguration
L’introduction en Bourse de la compagnie Atlanta intervient à un moment où le secteur est en pleine reconfiguration, avec une tendance de fond : la concentration. Alors qu’elles étaient une trentaine dans les années 70, les compagnies d’assurance ne sont aujourd’hui qu’une douzaine. Et le mouvement de regroupement se poursuit. Dernière opération en date : le rachat, il y a un peu moins d’un an, d’Essaada par le groupe Saham, propriétaire de la CNIA. Depuis, les spéculations vont bon train sur l’avenir des deux compagnies. “Nous sommes en train d’étudier les différents scénarios possibles. La décision devrait être prise avant la fin de l’année”, explique Ahmed Chami, directeur général du groupe Saham. Mais là aussi, l’option d’une fusion est pratiquement écartée. “Le groupe a tout intérêt à garder les deux agréments. Il pourra ensuite vendre l’une ou l’autre avec un prix fort”, explique un professionnel du secteur. En attendant, le groupe a décidé de procéder à une augmentation de capital de la compagnie Essaada, de près d’un milliard de dirhams. Objectif : renforcer la structure des deux entités, première étape pour préparer le terrain à une nouvelle offensive. Moulay Hafid Elalamy n’a en effet jamais caché ses ambitions dans le secteur des assurances. En mettant la main sur la CNIA, l’actuel patron des patrons avait réussi à créer la surprise, coiffant au poteau le Groupe Banques populaires, qui était également dans la course. Une opération assez spectaculaire, qui a signé le retour d’Elalamy, sans jamais remettre en question les rapports de force sur le marché : Axa, Wafa Assurance et RMA Watanya dominent toujours le secteur. Mais peut-être pas pour longtemps : certains professionnels n’écartent pas la possibilité d’un rapprochement entre le groupe Saham, Holmarcom et la CDG. Une opération qui pourrait donner naissance à un géant des assurances, cumulant des parts de marché supérieures à 33% ! Mais pour le moment, il ne s’agit que de simples spéculations.

La BP attendra
Plus qu’un calcul stratégique, la concentration est devenue une véritable condition de survie. Avec la libéralisation progressive du marché et la signature des accords de libre-échange (notamment avec les Etats-Unis), l’arrivée des mastodontes étrangers de l’assurance au Maroc n’est plus qu’une question de temps. Cet intérêt pour le Maroc a déjà commencé à se faire sentir. D’après des sources au ministère de Finances, des Canadiens auraient récemment exprimé leur souhait de créer une compagnie d’assurances au royaume.

Le marché marocain intéresse également une autre catégorie d’opérateurs : des intermédiaires français et espagnols sont venus en prospection pour étudier la possibilité d’une installation au Maroc. Ils ne reviendront pas de sitôt : le Code des assurances autorise uniquement les personnes de nationalité marocaine à exercer le métier d’intermédiation. L’arrivée de compagnies étrangères pourrait par ailleurs coïncider avec la création de nouvelles entités. La Banque populaire avait toujours émis le souhait d’avoir sa propre compagnie d’assurances. Une volonté qui trouve son origine dans le développement sans précédent de la bancassurance. Forte d’un large réseau d’agences, la banque au cheval veut absolument profiter de cette manne et par la même occasion reprendre Addamane Achaâbi, son portefeuille géré actuellement par la CNIA. Jusqu’à présent, ses tentatives n’avaient pas abouti : la CNIA, Essaada et Sanad lui ont successivement filé entre les doigts.

Et à défaut d’une acquisition, la banque n’aura d’autre alternative que de créer sa propre compagnie. Mais les choses ne sont pas aussi simples : la demande adressée dans ce sens par la BP au ministère des Finances a essuyé un niet catégorique du comité représentant la profession. Même si ce comité n’a qu’un rôle consultatif, il influence généralement la décision du ministère. D’après des professionnels du secteur, une nouvelle demande de la BP devrait connaître le même sort. “Le marché n’est pas suffisamment important pour justifier la création d’une autre compagnie. En plus, le lobby des compagnies actuelles bloquera jusqu’au bout la création d’une nouvelle concurrente”, conclut un professionnel du secteur.



Atlanta. Le détail de l’introduction

L’introduction en Bourse de la compagnie Atlanta se fera par cession de 17% du capital (soit 1 005 720 actions), pour un montant global oscillant entre 1,056 et 1,206 milliard de dirhams, sur la base d’une fourchette de prix située entre 1050 et 1200 dirhams par action. Avant cette offre publique de vente, la compagnie d'assurance était détenue à hauteur de 50% par le groupe Holmarcom, 40% par le groupe CDG et 10% directement par la famille Bensalah. La période de souscription s’étalera du 1er au 4 octobre prochain. Toutefois, une clôture dès la fin du deuxième jour de la période de souscription est envisagée, si l’importance de la demande le justifie. Objectif : éviter une trop faible allocation pour les petits souscripteurs, comme ce fut le cas pour les récentes introductions, notamment celles de Promopharm et de CGI.

 
 
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