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Si lUSFP était passée à lopposition, la vie politique marocaine aurait eu - enfin - le début dun sens.
Les négociations vont donc bon train. Dès quil a été nommé Premier ministre, Abbas El Fassi a programmé des rencontres avec les principaux chefs de parti, dans le but de former un nouveau gouvernement. Idéalement, le processus devrait être le suivant : on décide dabord de la future coalition, en fonction des affinités idéologiques et de la compatibilité des programmes des différents partis. Puis, une fois la coalition arrêtée, on propose des ministères aux partis qui la constituent, en fonction de trois critères : le nombre de sièges obtenus au Parlement par chacun, limportance et le prestige comparés des ministères à pourvoir, et la compétence des candidats-ministres. Correctement pondérés, ces trois critères devraient normalement guider les négociations en cours.
Mais il est à craindre que les critères de M. El Fassi, comme ceux des chefs de parti avec lesquels il discute, soient tout autres
Au-delà des calculs dépicier (admirablement illustrés par le MP qui, avant même douvrir les discussions, sest empressé de sallier à une brochette de petits partis pour peser 61 sièges au Parlement - alors que sur le terrain, il nen a décroché que 41), on parle beaucoup de
vengeance ! LIstiqlal, estimant quil avait été lésé dans la formation du gouvernement 2002, piaffe de prendre sa revanche sur lUSFP, en ne lui accordant que peu de ministères, et pas des plus reluisants. Mais Mohamed Elyazghi nest pas né dhier. Le leader des socialistes fait ainsi monter les enchères, en montrant peu dempressement à rencontrer son homologue de lIstiqlal, et en assujettissant la participation de son parti au gouvernement à
une décision de son Conseil national. Louable démarche démocratique ? Plutôt le must de la morgue ! El Fassi sy connaît bien en morgue, lui aussi. Mais il ne peut pas se permettre de traiter lUSFP par-dessus la jambe, sous peine de le voir choisir lopposition
et de se voir contraint de se rabattre sur le PJD. Que de grandes manuvres !
Dans tout cela, la qualité des ministrables semble un terme marginal, sinon oublié, de léquation. Il nest pas exclu que le futur gouvernement se prive des compétences qui ont le plus servi le gouvernement sortant. Le fameux trio Ghellab-Douiri-Hjira risque en effet de ne pas être reconduit, ni même remplacé par des profils équivalents. En effet, les caciques de lIstiqlal, pour lesquels le sacre de Abbas a été une grande victoire, ne décolèrent pas que ces jeunes blancs-becs à laffiliation partisane récente (sauf pour Hjira) aient pu être considérés par la presse comme des premiers ministrables. Eux aussi risquent dessuyer une vengeance, même sils nont vraiment rien fait pour.
Quant à la cohérence de la future coalition gouvernementale, nous devons, apparemment, déjà en faire le deuil. Avant même la nomination dEl Fassi, lIstiqlal a appelé, tout comme lUSFP et le PPS, au maintien de la Koutla. En créant cette alliance il y a 16 ans, ces partis historiques voulaient se démarquer des partis de ladministration (RNI, UC, PND, etc.), artificiellement créés et propulsés par Driss Basri. Aujourdhui, cette ligne de démarcation na plus aucun sens. Car le PJD, parti ni historique ni administratif mais crucial quand même, sest invité dans le jeu
et a dessiné une nouvelle ligne de démarcation : dune part, les islamo-conservateurs (Istiqlal et PJD, plus quelques satellites administratifs pour faire le compte), de lautre, les démocrates progressistes (USFP et PPS, plus les petits partis issus des scissions successives de lUSFP). Bref, si on schématise à gros traits, la droite contre la gauche. Si ces deux pôles se constituent, que lun gouverne et que lautre soppose, la vie politique marocaine aura, enfin, le début dun sens.
Japprends à linstant que le Conseil national de lUSFP vient de dire oui à Abbas. Ce joli rêve vole donc en éclats, mitraillé par les petits calculs. Hélas, encore...
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