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Par Youssef Ziraoui
Société. Good Morning Oukacha
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Séance de répétiton de la pièce
Des anges derrière les barreaux,
sous loeil de son auteur
et metteur en scène,
Abdelmajid Bensouda (de dos).
(TNIOUNI / NICHANE)
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Depuis trois ans, lémission Des jeûneurs derrière les barreaux, diffusée sur la radio nationale, fait le tour des prisons du royaume à la recherche de talents cachés. Première étape : la prison casablancaise de Oukacha.
Vendredi 24 septembre. Cette première journée de ramadan nest pas anodine pour une quinzaine de détenus de la prison de Oukacha. Ils ont rendez-vous avec leur quart dheure de gloire, dans Des jeûneurs derrière les barreaux, un programme de la radio nationale. Lémission, animée par Samir Raïssouni, fait depuis trois ramadan le tour des |
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prisons du pays, allant à la rencontre de détenus au profil singulier. Cette année, le zoom est braqué sur les talents artistiques embastillés. Le pourquoi de cette émission ? Disons que cest notre devoir de donner la parole à ces artistes inconnus, justifie Raïssouni. Et de booster le taux daudience, avec un programme un tantinet racoleur
Ponctuel comme un coucou suisse, lanimateur attend les guest-stars de lémission devant lentrée principale de la prison de Oukacha. Il est accompagné de Mustapha Baghdad, ancienne figure de la radio de Dar El Brihi. Les deux devisent sur le petit incident qui a émaillé lenregistrement de la matinée. Entre deux prises de son, le détenu que nous étions en train dinterviewer avait disparu, raconte Raïssouni. Les gardiens, paniqués, ont cru quil sétait évadé. Mais cétait une fausse alerte. Il était juste parti faire un petit tour.
Visiblement, léquipe de la SNRT nétait pas très au fait des petites habitudes dans la prison casablancaise, première étape dans le périple de lémission. Nous commençons notre tournée par Oukacha, avant de visiter les prisons de Tanger, Fès, et Agadir, explique Raïssouni. Particularité de Oukacha ? Sa troupe de théâtre mixte, menée par lun des détenus, Abdelmajid Bensouda. Dans lune des pièces de Bensouda, un homme jouait le rôle dune femme enceinte, explique El Maâti Bouiza, directeur du centre pénitentiaire de Oukacha. Jai trouvé quil était absurde de travestir un homme, alors que nous avions beaucoup de femmes parmi nos pensionnaires. Cest de là quest née lidée de mélanger les deux sexes. Depuis, les filles ont fait du chemin, au point que Bensouda leur a consacré une pièce.
Une troupe et des guest-stars
Las dattendre des invités qui se font désirer (Tagadda et Hanane El Fadili, qui ne viendra finalement pas
), Raïssouni décide de passer de lautre côté de limposant portail métallique. Passé lexamen furtif du gardien de nuit, lanimateur et son équipe sengouffrent dans les locaux administratifs de létablissement pénitentiaire, où une petite salle a été improvisée en studio denregistrement.
Quatre détenus les y attendent déjà : Abdelmajid Bensouda, auteur et metteur en scène, Ali Lemsali, comédien, Redouane Taguemouss, Monsieur informatique de la troupe, et Mustapha Benhassou, poète amateur. Ils sont bientôt rejoints par le directeur de la prison qui, déformation professionnelle oblige, tient à garder un il sur ses ouailles. Lhomme nest pas peu fier de ses bons élèves. Au début, on ne nous prenait pas au sérieux. Mais après plus dune dizaine de représentations dans des universités et des complexes culturels, les résultats parlent pour nous, lance-t-il.
Début de lenregistrement. Baghdad, premier arrivé, est le premier servi. Un peu pris de court (il vient tout juste de découvrir les manuscrits de Bensouda), il improvise une tirade de circonstance sur la littérature carcérale. En plein exercice de style, lhomme est interrompu par les grésillements dun talkie-walkie abandonné dans la pièce par un gardien tête-en-lair. Dun geste expert, Bensouda se dévoue pour le mettre en mode veille. Cest à ce moment quun groupe de filles, chaperonnées par une gardienne, fait son entrée. Tirées à quatre épingles, elles donnent davantage limpression de revenir dun après-midi shopping au Maârif que de sortir du pavillon féminin de Oukacha.
Imperturbable, Raïssouni poursuit son dialogue avec Baghdad, qui sétait déjà lancé dans un commentaire sur luvre de Bensouda. Je suis agréablement surpris par la qualité de son travail. M. Bensouda gagne à être connu, senthousiasme-t-il. Mais M. Bensouda est déjà très connu, le reprend Raïssouni. Sa troupe a fait des représentations dans plusieurs lieux prestigieux.
Le concerné esquisse un sourire gêné. Au micro, il explique comment lui est venue lidée décrire des pièces de théâtre. Jai commencé à écrire mes premiers poèmes en prison. Mais rapidement, je me suis rendu compte que jétais plus à laise avec la prose. Jai finalement opté pour le théâtre, où lexercice est plus libre. Aujourdhui, il en est à quatre pièces, toutes jouées par des détenus, ou des anciens détenus qui reviennent nous voir après leur libération, tient-il à préciser.
Nadia, starlette des geôles
Peu attentives au déroulement de lémission, les filles sont trop occupées à taquiner Afaf, leur jeune garde-chiourme, lui lançant des Mama Afaf. Cette dernière feint dêtre vexée, avant de trahir sa complicité par un sourire difficile à contenir. Cest alors le tour de Ali Lemsali, le seul mâle de la troupe, dêtre la cible des railleries : Alors, tu tes remis de la beïda de cette après-midi ?, lui lance une fille, en référence à lhumiliation suprême, subie par Ali lors dun match de foot disputé par des détenus contre les jeunes de lémission Al Kadam Addahabi (renforcés par les vétérans Aziz Bouderbala et Salaheddine Bassir).
Les blagues sarrêtent net quand Raïssouni appelle des volontaires féminines à le rejoindre. Les filles, plus à laise sur scène que devant un micro, déclinent tour à tour linvitation en détournant le regard. Cest finalement Nadia Badri qui se dévoue. Il faut dire que la jeune femme est rompue à lexercice, elle qui avait participé à lédition 2007 de Studio 2M.
Elle a intégré depuis un an la troupe de Bensouda, dont elle est la chanteuse attitrée. Elle a même composé lintégralité des chansons de la pièce intitulée Des anges derrière les barreaux et dédiée aux enfants nés ou ayant grandi en prison.
Cest dailleurs lune de ces chansons quelle espère interpréter ce soir
Refus autoritaire de Raïssouni : Non, ce nest pas ce quon avait convenu. Tu ne vas pas chanter ce soir. On va juste annoncer la chanson que tu as interprétée cet après-midi pour les besoins du montage.
Nadia fait la moue, avant de lâcher un Je vais vous chanter Farid El Atrach sans conviction. Ikram Titoua, lune de ses co-détenues, prend le relais pour expliquer son choix dintégrer la troupe : Grâce aux ateliers théâtre, le temps passe plus vite. Et les représentations à lextérieur nous permettent de respirer de temps à autre.
Entre-temps, les Tagadda, en guest-stars retardataires, sétaient déjà discrètement installés dans le studio dun soir. Le courant passe rapidement avec Bensouda qui, entre deux chansons, leur propose de tenir une représentation pour les prisonniers. Ces derniers acceptent linvitation sans se faire prier. Penché vers le micro, Ali Lemsali clôturait les interviews : Nous ne demandons pas laumône. Tout ce que nous attendons des gens de lextérieur, cest quils assistent à nos représentations et quils jugent leur valeur artistique. |
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Portrait. Bensouda le surdoué
Abdelmajid Bensouda est un rescapé du couloir de la mort. Recruté à la fin des années 80 par un certain Driss Basri, ce docteur en criminologie, diplômé de lUniversité de la Sorbonne (également titulaire dune maîtrise de Lettres), a longtemps officié en tant que professeur à lEcole nationale de police. En 1990, il est condamné à la peine capitale pour homicide volontaire. Javais tout simplement perdu le contrôle. Ce jour-là, jai commis une erreur. Et il suffit dune seule erreur pour détruire toute une vie. Auteur de quatre pièces de théâtre, toutes écrites en période de détention, Bensouda a aussi signé deux livres. Si Crime et traitement pénitentiaire, son premier ouvrage, na jamais été édité, Bensouda espère un meilleur sort à son second livre, qui relate son vécu dans le milieu carcéral. Je cherche la rédemption. Jai pardonné à la société de mavoir oublié pendant tant dannées. Aujourdhui, cest peut-être à elle de me pardonner, espère-t-il. |
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