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Par Cerise Maréchaud
Télévision. Sitcom et t ais-toi !
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Youssef Ouzellal, acteur principal
de Mazmazelle Kamélia, la sitcom
déprogrammée de Narjiss Nejjar.
(DR)
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Indigestes, bâclées, sans génie ni originalité... Les critiques pleuvent sur les sitcoms marocaines du Ramadan. Et la faiblesse des moyens nexplique pas tout. Enquête.
Intérieur rouge, rideaux roses et décor à dominante beige. Des portes claquent, deux femmes sinvectivent, le mari sen mêle, et tout le monde se lance dans une bruyante dispute. Ce soir, dans le gigantesque studio de 2M, on tourne le 27ème épisode de la seconde saison dEl Aouni, le choix de la chaîne de Aïn Sebaâ pour nourrir les esprits et animer quelques zygomatiques à lheure du ftour. Deux, |
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trois prises
et hop ! Emballez, cest plié ! On tourne un épisode par jour, cest un record, lance, pas peu fier, Saïd Naciri. Lhomme aime aller vite : On avait bien tourné le long-métrage Bandia en trois semaines ! Tout est une question de préparation, poursuit-il. Naciri est aussi un homme-orchestre, pour ne pas dire homme à tout faire : scénariste (plutôt prolifique, avec quarante épisodes écrits en un mois), producteur, acteur principal
Il laisse cependant la casquette de la réalisation à Mohamed Lichir (Studio 2M). Moi, je mets en scène, précise sans fausse modestie lhumoriste. Le reste du casting est connu : Siham Assif, Amina Rachid, Hammadi Ammour, Salaheddine Benmoussa
La méthode aussi : grimaces, clowneries et grosses ficelles. La dérision, les traits forcés
les gens aiment ça, poursuit Saïd Naciri. Le plus important, ce nest pas le texte, mais lâme de la sitcom.
Naciri le précurseur
Et tant pis si le résultat laisse dubitatif. Car quon aime ou pas lhumour de Naciri, il faut bien reconnaître en lui le pionnier de la sitcom marocaine. Et Ana ou khouya ou mratou (avec Touria Alaoui, Hammadi Ammour et Abderrahim Bargach), diffusée sur la TVM en 1998 (puis suivie de Ana ou mrati ou nsabi en 1999), reste une référence en la matière. Javais mis une année à convaincre la chaîne que cétait possible, se souvient Naciri. Ils lont achetée pour 750 000 DH, il men restait 500 par épisode. La sitcom rafle les parts daudience (66% daprès lintéressé) et lance lhumoriste, qui décroche son premier contrat à 800 000 DH pour un spot de pub. À tel point quaujourdhui, de nombreux MRE ne me connaissent que pour mon personnage de Abbas, argumente Naciri.
Dix ans plus tard, la sitcom ramadanesque semble abonnée à une globale médiocrité, confortée par les taux faussement flatteurs de laudience à lheure de lincontournable ftour. Les VIP qui sy frottent y laissent souvent quelques plumes : retour décevant de la grande dame du théâtre Touria Jabrane avec Labass oualou bass, volée de critiques pour Aîla Mouhtarama jiddan du cinéaste Kamal Kamal, passage furtif de Soufiane, la tentative ratée de Noureddine Lakhmari malgré un casting emmené par Choumicha et Rachid el Ouali, sans parler des déboires actuels de Mazmazelle Kamélia de Narjiss Nejjar (lire encadré).
Aaaah ! Lalla Fatéma
Chaque année, la harira télévisuelle a comme un petit goût de nostalgie, qui peine à tenir ses promesses : on na pas fait mieux depuis Ana ou khouya ou mratou et, surtout, Lalla Fatéma (notamment la première saison) de Ali N Productions, lancée en 2001 sur 2M. Un succès qui ne doit rien au hasard. Cest la seule à avoir respecté les règles de lart, explique Noureddine Saïl, alors directeur de la deuxième chaîne. Si la télé a inventé quelque chose, cest bien la sitcom. Cest un genre à part, qui requiert un savoir-faire particulier de rythme et décriture. Bien ou mal utilisé, le fameux rire enregistré peut par exemple savérer hilarant ou totalement incongru.
Pour raconter le quotidien de la famille Benzizi, nous avons commencé à écrire quatorze mois avant le Ramadan, rappelle Nabil Ayouch, producteur de Lalla Fatéma. Appelée en renfort, Sylvie Bailly, une spécialiste de lécriture de sitcoms, a tenu un atelier de dix jours avec les auteurs marocains. Elle a permis un gros travail sur la psychologie des personnages pour les faire exister, poursuit Ayouch. Des personnages dailleurs campés avec brio : Khadija Assad et Aziz Saadallah, le couple mythique du Théâtre 80, Mohamed El Khalfi, qui a vu sa carrière relancée, et Amale Atrach, qui a catapulté le personnage de la bonne dans le cinéma marocain, souligne Noureddine Saïl.
Et pour finir, côté réalisation, AliN Productions a mis la main à la poche pour faire venir Patrick Nicolini, lun des artisans de H, la série culte de Canal+. Dommage quil ne soit resté quune saison, sans avoir eu suffisamment de temps pour réaliser un solide transfert de compétences, regrette aujourdhui Noureddine Saïl. Les saisons 2 et 3 (ndlr : réalisées par Ali Tahiri puis Abdessamad Dini) étaient très correctes, mais il manquait peut-être un zest de technicité. Les suites ne font jamais aussi bien que la première saison, relativise Nabil Ayouch. Même pour des séries mythiques comme Desperate Housewives ou 24 Heures.
Quoi quil en soit, avant de disparaître des programmes, Lalla Fatéma aura rapporté à 2M plus de trois fois le montant investi (5,5 millions de dirhams pour la saison 1, et 7 millions les saisons 2 et 3), soit entre 18 et 20 millions de dirhams en chiffre daffaires publicitaire. Cest le principe de la sitcom : ne pas coûter trop cher et rapporter gros. On a atteint jusquà 72% de taux daudience (cabinet Créargie), rappelle Nabil Ayouch. Les régies publicitaires nous appelaient, pour nous dire quelles navaient jamais eu ça. Problème : à la vue du jackpot (surtout pour le diffuseur, les productions exécutives ne récoltant en moyenne que 15% de recettes), tout le monde sest mis en tête que la sitcom, cétait facile, souffle ce responsable de la SNRT. Du coup, alors quil ny a pas plus prévisible - à une lune près - que le mois sacré, cest le culte de la dernière minute qui règne dans la production de sitcoms marocaines.
Vite fait
mal fait
Alors que la seule post-production requiert près dune semaine de travail par épisode, diffuseurs et producteurs ne se réveillent que quatre, voire deux mois avant le ramadan
se rejetant mutuellement la responsabilité de la désorganisation générale. On avait présenté le pilote à 2M au printemps 2005, raconte Moulay Ahmed Belghiti, producteur (via sa société Vidéorama) de la sympathique Ana wyak (réalisée par Farid Yamini et actuellement rediffusée avant le ftour). Ils se sont montrés intéressés, nous ont fait faire des changements de casting, mais ne se sont formellement engagés que fin août pour un ramadan en octobre. On ne sait pas qui lit, qui sélectionne les projets au sein des chaînes, note cet observateur averti, soupçonnant un certain copinage entre responsables et sociétés de production.
Si le principe déconomies déchelle est au cur du genre sitcom, on ne peut pas se passer dun vrai travail de complicité et de confiance entre la chaîne et le producteur, insiste Noureddine Saïl. Nabil Ayouch abonde dans le même sens : Lexpérience Lalla Fatéma serait impossible à réaliser avec lactuelle direction de 2M. Ils veulent se mêler de tout. Car en 2001, même si son coût était plus élevé, Saïl avait préféré jouer la carte de lexternalisation. Si quelque chose ne me plaisait pas avec le décors, le cadrage ou le maquillage, je convoquais les chefs de postes et on changeait ce quil fallait changer. Aujourdhui, la préférence va à la production en interne. Les moyens techniques de la chaîne sont là. Autant les amortir et optimiser leur utilisation, justifie le PDG de la SNRT, Fayçal Laraïchi. Au risque de favoriser un certain laisser aller ? Cest du moins ce que soutient un producteur, qui requiert lanonymat : En tant que fonctionnaires, les techniciens sont moins stimulés par lurgence et la qualité de la sitcom que leurs pairs dans les sociétés de production.
En face, ces dernières traînent la réputation de travailler à léconomie, de vouloir gratter au maximum. La plupart se soucient peu du résultat tant quils peuvent livrer le produit à temps, lance Noureddine Lakhmari, amer contre la société Big Shot, qui ne lui aurait pas donné les moyens de finir correctement sa tentative de sitcom. Sur Soufiane, nous en étions arrivés à monter deux épisodes par jour !.
Impertinence, où es-tu ?
Mais plus que le professionnalisme des uns et des autres, cest probablement sur le terrain des scénarios que le bât blesse. Il y a une pénurie de bons scénarios. Tout le monde dit organiser des ateliers décriture, mais ça fait huit ans que ça dure, lance Fayçal Laraïchi, un rien blasé. Cest à se demander si on va continuer de diffuser des sitcoms
Il est vrai que les chaînes se doivent dêtre exigeantes sur la qualité, mais cest aussi aux producteurs dinvestir davantage dans les scénarios, estime Ali Essafi, directeur artistique de la SNRT. Et il n y a pas de secret. Pour le scénario de Ana wyak, probablement lune des sitcoms récentes les plus satisfaisantes, Vidéorama avait fait appel à Eric Lavaine, auteur de sketches des Guignols de linfo et directeur artistique de H. Aujourdhui, la société de production sapprête à envoyer dix de ses auteurs en stage à Paris, dans le fameux atelier de Robert McKee, véritable gourou international de la scénarisation.
Mais quand bien même les scénarios seraient bétonnés, peut-il y avoir de bonne sitcom (de situation comedy) sans impertinence ? Non, répond-on de concert. Au Maroc, nous avons trois tabous : le sexe, le pouvoir politique et la religion. Mais ce sont ces trois interdits qui font le plus rire, explique Nabil Ayouch. Reste la satire sociale pour contourner lobstacle. Sauf que les mêmes ingrédients, plutôt conventionnels (tracasseries administratives, conflit générationnel, voisinage empoisonnant
), sont ressassés jusquà la nausée, sans grande créativité ni réel message. Pour Lalla Fatéma, si lidée de départ était construite autour dune femme forte qui tient son foyer à bout de bras, la troisième saison sétait autorisé quelques métaphores grinçantes, comme cet ancien hippy qui sortait de 28 ans de coma, et dont lentourage, pour le ménager, devait recréer lunivers des seventies.
Indigestion cathodique
Et si le vrai handicap de la sitcom marocaine provenait de sa dépendance vis-à-vis du mois de ramadan ? Car pourquoi se soucier de qualité quand, par la force du ftour, 2M et Al Aoula rassemblent à elles deux, et sans véritable effort, 84% de taux daudience. Un pourcentage fort bien rentabilisé : les tarifs des espaces publicitaires de trente secondes, en prime time ramadanien à rallonge, passent de 28 000 à 40 000 DH sur Al Aoula - selon Salim Cheikh, le directeur du SAP (Service autonome de publicité, régie de la SNRT) - et avoisineraient les 55 000 DH sur 2M ! Les jeûneurs sont devenus des tubes digestifs cathodiques, sindigne un obversateur. Tant que la production des sitcoms marocaines sera cette harira bon marché, le ftour aura décidemment du mal à passer. |
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Polémique. En attendant Mazmazelle Kamélia...
Décors psychédéliques, ambiance loufoque, impertinence décalée
On attendait Mazmazelle Kamélia de pied ferme en prime time sur Al Aoula. Jusquà ce que la sitcom de Narjiss Nejjar, coréalisée avec son complice Mohamed Achaour, soit déprogrammée à la dernière minute. Lencre du communiqué de la SNRT avait à peine séché que les gorges puritaines se gargarisaient. Ouf ! La société marocaine avait échappé de peu à une effronterie morale sans nom : lhistoire dun jeune blédard qui rêve de Hollywood et qui se grime en jeune fille modèle pour trouver une colocation en ville, qui plus est avec une amatrice de chiens. Et tout cela en plein mois sacré !
Pourtant, la polémique avait bien peu à voir avec les vraies raisons, bien plus terre-à-terre, de la déprogrammation de la sitcom : à la veille du ramadan, la chaîne nen avait reçu que trois épisodes sur les trente prévus. Et la SNRT en est probablement la première déçue : ses responsables, tout comme des téléspectateurs réunis en focus group, avaient plébiscité le premier épisode. Mais doù vient donc ce cafouillage ? Du côté dAl Aoula, on avance que la sitcom nécessite plus de travail, alors que sa réalisatrice soutient que la diffusion de Mazmazelle Kamélia nétait pas initialement prévue pour le ramadan. Ils ont eu peur de ne pas avoir le contrôle sur ce qui allait être diffusé, avance-t-elle après avoir demandé à la chaîne la diffusion dun démenti de son communiqué. Courage Narjiss, plus que vingt-sept épisodes à finir... |
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