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Par Karim Boukhari
Cinéma. En route pour La Mecque !
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Nicolas Cazalé et Mohamed Majd,
les deux protagonistes du
Grand Voyage.
(DR)
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À défaut dune distribution en salles, Le Grand voyage est diffusé cette semaine par la télévision marocaine. Juste ce détail : cest lune des meilleures pellicules de toute la filmographie nationale.
Attention, beau film. En France, un vieil homme demande à son fils de laccompagner pour accomplir son rêve de toujours : effectuer le pèlerinage à La Mecque. Mais en voiture ! Cest donc lhistoire dun pèlerinage à deux, long, très long à se dessiner. Le père est aussi croyant que le fils est désinvolte. Le vieux désire se rapprocher de Dieu, le jeune ne comprend pas dans quelle galère il sest embarqué.
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Le Grand voyage porte bien son nom. Cest un road-movie qui remonte toute lEurope avant de plonger en Asie, direction lArabie. Cest aussi un voyage vers la destination finale : la mort tout simplement. Mais pas nimporte quel voyage : en voiture, entre deux MRE si proches et si éloignés lun de lautre. Lécriture est moderne, le propos est fort, très fort. Et adulte. Exemple : dans lune des scènes du film, le fils (Nicolas Cazalé) abandonne son père (un Mohamed Majd tout en subtilité) dans une chambre dhôtel avant de revenir plus tard, éméché, avec deux filles de joie dans les bras !
La réussite du film tient aussi à la sobriété appliquée au traitement des rapports entre les deux personnages centraux. Le scénario respecte les deux partis pris antagonisés à lextrême : le père obsédé par Dieu et le fils qui sen fout un peu. Chacun est traité avec une égale distance, les points de vue sont respectés et, plus, humanisés, gagnant même en attractivité. En plus simple, le film ne juge personne, il essaie simplement, avec beaucoup de retenue, de donner à comprendre. Réalisé en 2004 et honteusement - jamais distribué en salles au Maroc, Le Grand voyage est lun des tout meilleurs films marocains des dernières années, à ranger entre Mille mois de Faouzi Bensaïdi et Adieu forain de Daoud Aoulad Syad. Irréprochable de bout en bout, profond mais agréable, le film invite largement à la réflexion. Sa fin, dailleurs, est un petit moment danthologie : le fils perd la trace de son père au milieu des pèlerins, le cherche dans la morgue, se pose des questions
Un peu comme si le scénario nous invitait à gommer les deux extrêmes représentés par le père et le fils, nous invitant, du coup, nous (télé)spectateurs, à nous identifier parfaitement à lun ou à lautre.
Quatre jours à La Mecque
Rien détonnant à ce que Le Grand voyage, comme nous la confirmé son auteur, continue aujourdhui encore de tourner dans les circuits parallèles (festivals, tables rondes, débats universitaires, etc). Cest un film appelé à vivre longtemps
même si les cinéphiles marocains ne lont jamais aperçu en salle. Je nai pas renoncé à distribuer mon film dans les salles marocaines. Je suis prêt à me battre pour cela. Un film de cinéma, même si son public est réduit, ne peut avoir comme cadre que le grand écran, explique Ismaïl Ferroukhi. On le rejoint parfaitement dans son analyse, ne serait-ce que pour donner loccasion aux (nombreux) amoureux du film de voir, en grandes dimensions, les très belles séquences tournées à La Mecque. Oui, à La Mecque. Jamais aucun film na été tourné à La Mecque, au milieu de vrais pèlerins, pas à ma connaissance. Même le Malcolm X de Spike Lee a dû faire appel au montage pour les scènes de La Mecque, confirme le cinéaste, qui a planté ses caméras, quatre jours durant, dans le lieu saint de lislam (Cela na jamais été facile, et il nous a fallu 48 heures de négociations avec les autorités locales avant de pouvoir tourner, malgré toutes nos autorisations officielles). Preuve, pour le reste, que si le propos du film est fort audacieux, il reste parfaitement respectueux des (vraies) valeurs de la religion
Vous savez ce quil vous reste à faire : vous brancher sur 2M, mardi 9 octobre à partir de 21h15. Et vous laisser embarquer dans ce profond et sincère voyage. |
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