Gouvernement. Le casse-tête d'El Fassi
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Nadia Lamlili

Gouvernement. Le casse-tête d’El Fassi

Abbas El Fassi n’est toujours
pas au bout de ses peines, après
plusieurs rounds de négociations
infructueuses avec les partis
politiques. (AIC PRESS)

Abbas El Fassi s’est lancé dans un troisième round de négociations, en vue de boucler son équipe gouvernementale avant le 12 octobre. Et vu l’appétit des partis de sa majorité, ce ne sera pas facile.


“J’en ai assez de vos histoires. Que voulez-vous au juste ? Que je me retire pour laisser de plus hautes instances décider ?”. En ces temps de dures négociations gouvernementales, Si Abbas n’est pas à prendre avec des pincettes. L’homme a les nerfs à fleur de peau, comme l’illustre cette phrase qu’il aurait lancée à un dirigeant d’une des quatre
formations de la coalition, en lice pour former, avec l’Istiqlal, la prochaine équipe gouvernementale. C’est qu’il ne comprend pas pourquoi ses futurs partenaires font la fine bouche devant le menu qu’il leur a savamment, et péniblement, concocté, soit une vingtaine de portefeuilles ministériels à se partager entre les cinq partis : 6 pour l’Istilqlal, 4 pour l’USFP, 4 pour le MP, 4 pour le RNI et 2 pour le PPS. Avec cette répartition, le nouveau Premier ministre espérait “contenter tout le monde”. Pourtant, en face, personne ne semble satisfait.

L’USFP revendique un portefeuille ministériel de plus, pour atteindre une représentation gouvernementale en rapport avec sa “légitimité historique”. Le MP, malgré la très sérieuse option qu’il a prise sur la présidence du Parlement, demande à son tour à être “augmenté”. Même le PPS demande un troisième portefeuille. Quant au RNI, il va jusqu’à appeler à la révision de la structure gouvernementale, jugée “totalement inadéquate avec les aspirations du Maroc d’aujourd’hui”.

De quoi mettre le Premier ministre dans tous états ! D’où sa menace de tout lâcher et de laisser “les hautes instances” intervenir directement pour régler les différends.

En réalité, depuis le début des consultations, le Premier ministre se déplace régulièrement au Palais pour obtenir la bénédiction royale sur chaque étape franchie. Le OK du souverain, généralement transmis par l’un de ses conseillers (Mohamed Moâtassim en l’occurrence), reste un incontournable préalable. Le vrai problème d’El Fassi est alors de trouver un équilibre entre les directives du Palais (en gros, un gouvernement jeune et restreint) et l’appétit des partis de sa majorité.

Ce qui n’est pas une mince affaire pour un Premier ministre qui doit composer, en plus, avec les récalcitrants au sein de son propre parti. Samedi dernier, par exemple, M’hamed El Khalifa s’est déchaîné en pleine réunion du bureau politique. L’ancien député de Marrakech-Ménara, battu dans sa propre circonscription, n’a pas renoncé à la ministrabilité, arguant qu’“elle n’a jamais été conditionnée par une victoire électorale” ! Abbas, pour le moment, se barricade derrière les directives royales pour dissuader les assaillants qui n’ont pas été élus. Mais, à en croire cette source istiqlalienne, il est toujours possible que les non-élus obtiennent des “compensations” (principalement des nominations aux ambassades et aux Offices).

Les soucis d’Elyazghi
Mohamed Elyazghi n’est pas forcément mieux loti que Si Abbas. Le numéro 1 de l’USFP a subi les foudres de son bureau politique, qui l’accuse de négocier secrètement (avec El Fassi). “D’après certains dirigeants, Elyazghi aurait même négocier, en catimini, les noms des futurs ministres socialistes”, affirme cette source ittihadie. Elyazghi a beau nier, ses “amis” n’en démordent pas. Au premier rang des mécontents figure Driss Lachgar, mal remis de sa défaite électorale. Son “mentor” ne l’a pas inclus dans ses petits papiers, lui préférant Abdelouahed Radi, le numéro 2 du parti, voire Mohamed Ameur, actuel secrétaire général au ministère de l’Aménagement. “Aujourd’hui, le véritable défi pour Elyazghi est de gérer des gens comme Driss Lachgar”, résume notre source.

Au sein de la Haraka, l’ambiance n’est pas plus sereine. Mohand Laenser a du mal à calmer ses troupes, surtout après la divulgation de certaines candidatures proposées par le “président” Mahjoubi Aherdane… dont celle de son propre fils, Youssef. Aherdane père aurait, si l’on en croit plusieurs sources, “conditionné sa bénédiction (de la participation du MP au gouvernement) à l’octroi d’un portefeuille ministériel à son rejeton”. Mais rien ne dit que le vœu du patriarche sera exaucé. En fait, la fièvre a gagné les rangs du MP depuis que des “ministrables” ont eu vent d’une liste proposée par Laenser à El Fassi, énumérant les 20 candidats officiels du parti. On y trouve notamment Driss Sentissi, maire de Salé, Mohamed Moubdiî, ancien président de la Commission de l’Intérieur au Parlement, et Omar Bahraoui, l’homme fort de Rabat-Chellah… toujours poursuivi pour fraude électorale.

7 ou 8 ministres de souveraineté
Pendant ce temps, le RNI et le PPS semblent bénéficier d’une (relative) sérénité. La formation de Mustapha Mansouri a même créé la surprise en remettant en cause la structure de la prochaine équipe gouvernementale, qui prévoit, entre autres, la suppression des ministères de l’Enseignement supérieur et de la Santé, remplacés par de simples secrétariats d’Etat. Un dirigeant rniste explique ainsi la position critique de son parti : “Réduire ainsi l’importance du département de la Santé signifie qu’elle n’est plus une priorité, ce qui serait une grossière erreur. Et comment un secrétaire d’Etat à l’Enseignement supérieur pourrait faire valoir son autorité auprès des présidents d’université, qui ont pratiquement le rang de ministres ?”. Bonnes questions. “On dirait que ceux qui ont conçu ces réaménagements n’ont jamais vécu au Maroc”, poursuit-il.

C’est donc en recevant, noir sur blanc, les réserves du RNI que Abbas El Fassi est sorti de ses gonds... “Il voulait savoir pourquoi le RNI ne s’est pas comporté de la sorte avec Abderrahmane Youssoufi, révèle notre source. Nous lui avons simplement répondu que les temps ont changé et que les enjeux ne sont pas les mêmes, d’un quinquennat à l’autre”.

Comme on le voit, Abbas El Fassi, qui a entamé mercredi un nouveau round de négociations (le troisième depuis sa nomination), a encore du pain sur la planche avant d’officialiser la composition du prochain gouvernement. Il devra en plus composer avec les sept portefeuilles de souveraineté qui s’ajouteront à sa vingtaine de ministres. Les sept “invités”, dont le choix relève du Palais, seraient affectés à l’Intérieur (un ministre et un ministre délégué), aux Affaires étrangères (un ministre et un ministre délégué), aux Affaires islamiques, au Secrétariat général du gouvernement et à la Défense nationale. Et aux dernières nouvelles, même la Justice risque de retourner dans le giron de “la souveraineté”.



Nominations. Vite, avant le 12 octobre

Abbas El Fassi a eu beaucoup de mal à arracher un semblant de consensus au sein de son propre parti, qui devra s’adjuger la plus grosse part du gâteau gouvernemental. Sauf surprise, les Taoufiq Hjira, Karim Ghellab et Yasmina Baddou conserveraient leurs portefeuilles actuels, avec la possibilité d’élargir leurs ministères respectifs à d’autres secteurs. Les choix de Nizar Baraka, proposé aux Affaires générales, et Abdellah Bakkali, actuel numéro 1 de la Chabiba istiqlalia, au ministère de la Jeunesse et Sports, semblent également se préciser. En revanche, la candidature de Adil Douiri aux Finances est toujours sujette à discussion “à cause des pressions de certains milieux financiers, qui ne veulent pas de lui”, comme nous l’explique cette source à l’Istiqlal. Reste bien sûr à départager l’USFP, le MP et le RNI, qui lorgnent tous les départements stratégiques, avec une préférence pour les portefeuilles déjà passés entre leurs mains. L’option de les répartir en fonction des résultats électoraux, proposée par le RNI et le MP, ne sera vraisemblablement pas retenue… à la grande joie de l’USFP. Le dernier tour de piste d’El Fassi devrait donc être bouclé avant le début de la semaine prochaine, ce qui lui permettra de présenter la mouture définitive de son gouvernement avant l’ouverture du Parlement, attendue pour le vendredi 12 octobre.

 
 
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